ANALYSE Acte 2 : La Comedia dell’ Dinant

publié le:22/01/2016 18:20:00 - mis à jour: 22/01/2016 21:53:40

Comment exister face au rouleau compresseur qu’est Richard Fournaux ? Cela fait 20 ans que l’opposition dinantaise se pose la question. Elle a encore essayé sur le plateau d’Acte 2. Elle y est arrivée, parfois.

Il est bourgmestre depuis 21 ans, il a obtenu trois fois la majorité absolue sous deux couleurs politiques différentes. A Dinant, depuis une génération, on vote pour Fournaux plus que pour un parti. Face à lui, les leaders de l'opposition ont changé. Leur défi est resté le même : faire entendre ses idées, affirmer sa présence sur le terrain politique mais aussi médiatique, exister, tout simplement.

Cette obligation, presque vitale pour les trois partis de l'opposition, de faire entendre leur voix aggravée par le caractère bien trempé de Richard Fournaux qui déteste la contradiction provoque inévitablement des débats animés tant au conseil communal que sur les plateaux de télévision.

« Pas besoin d'abonnement au théâtre, on a le conseil communal » (proverbe dinantais)

Que l'on compare son conseil communal à un théâtre où on crie, rit et applaudit, cela ne dérange nullement Richard Fournaux. Au contraire, il en est même plutôt fier.

« C'est ça, la démocratie. C'est peut-être un théâtre mais c'est surtout dû au fait qu'il y a beaucoup de dossiers. »

Les autres acteurs ne rejettent pas non plus la comparaison. Ils regrettent plutôt la distribution des rôles. L'omniprésence du bourgmestre agace. Le sentiment de n'être qu'un figurant frustre.

 Axel Tixhon (cdH) : « Il y a une stratégie qui consiste à garder le crachoir pour soi de façon à éviter les questions un peu difficiles. »

John-Laurent Nève (Ecolo) : « On a le sentiment d'être écouté. Entendu, ça c'est autre chose. On parle, on parle mais au final, c'est cause toujours ! »

Laurent Belot (PS) : « Sur la forme, oui, on nous écoute poliment, de manière conviviale mais sur le fond, on est très peu entendu. »

Dès les premières minutes du débat, le canevas de la pièce est donné : ce sera un contre tous. Cela n'émeut guère le Bourgmestre qui, pendant que ses adversaires attaquent, joue avec sa chevalière en regardant le plafond. Il s'anime lorsque Axel Tixhon et Laurent Belot affirment que son premier échevin, Robert Closset, n'a pas la confiance du reste du collège.

« C'est vous qui le dites. Moi, je peux vous dire que quand le collège se met d'accord sur un projet, tout le monde défend la même ligne et le même projet. »

Axel Tixhon et Laurent Belot tentent d'argumenter. En vain. Richard Fournaux s'est tu trop longtemps, il crie maintenant plus fort que les autres.

« Taisez-vous ! Taisez-vous ! Seul compte le résultat et voyez les résultats obtenus, les projets qui se concrétisent. »

Les deux hommes  auront beau demander de quels projets parle Richard Fournaux ou lui reprocher son attitude péremptoire. C'est trop tard, le mayeur n'écoute plus.

Parking, payant ou pas payant ?

Dinant possède également cette faculté particulière de transformer en saga un dossier qui, dans d'autres communes, se règle en une séance de conseil communal. Le meilleur exemple, la gestion du parking payant. Dans cette pièce aux nombreux rebondissements, l'opposition tente, une fois encore, d'imposer ses solutions alternatives.

On vous épargne les 272 premiers épisodes. Sachez seulement qu'aujourd'hui, pour faire simple, les commerçants réclament une heure gratuite, le PS, une zone bleue et le cdH, une surveillance du stationnement par un agent communal assermenté. De son côté, la majorité réfléchit à la prochaine convention qui liera la ville à une société privée tout en repoussant les idées des autres :

« Il est vrai que le parking payant génère des recettes pour la ville mais la zone bleue, elle, ne génère que des dépenses parce qu'il faut quand même payer quelqu'un pour effectuer les contrôles. »

Quand le Bourgmestre affirme étudier la possibilité d'offrir 15 ou 20 minutes gratuites, même le flegmatique Ecolo en perd son sang-froid :

« Entre 15 et 20 minutes, allez, c'est vraiment se foutre de la gueule des gens ! On sent bien qu'au sein de la majorité, le dossier n'est pas mûr, que techniquement, il n'est pas maîtrisé non plus. Alors qu'on est dans une situation dramatique, moi, personnellement, je trouve ça particulièrement consternant. »

Sur ce dossier, ô combien sensible, comme sur tant d'autres moins médiatisés, Richard Fournaux ne cède pas d'un pouce. Lui veut voir la bouteille à moitié pleine alors que les autres la voient toujours à moitié vide. Lui reçoit dans son bureau des commerçants (ceux qui ne manifestent pas avec la DCCV) qui réclament un parking payant. Lui rappelle que les chiffres de fréquentation de la citadelle n'ont jamais été aussi bons. Axel Tixhon, excédé, tente de placer une réplique :

« Cela n'a rien de comparable. La Citadelle, ce n'est pas le centre-ville et puis c'est normal que les chiffres soient bons, tout le monde va au-dessus ! »

Et là, commence la grande scène, passage obligé de tout débat dinantais, celle où tout le monde hausse le ton, où plus personne ne s'écoute et où, avouons-le, les journalistes ont bien du mal à ramener le calme. Là encore, une voix semble porter plus que les autres, celle, vous l'avez deviné, de Richard Fournaux qui, assis sur le bord de son fauteuil, le corps penché en avant vers ses opposants, finit par crier :

« Arrêtez de détruire, construisez ! Faites comme moi, construisez la ville ! »

Comment passer d'un solo à une chorale ?

Finalement, quel que soit le dossier abordé, l'opposition demande d'abord à pouvoir y jouer un plus grand rôle. Tout simplement. Laurent Belot qui, depuis le début, essaye de garder son calme, résume :

« Même sur les gros projets, la Croisette l'a démontré (une idée PS, financée par un ministre cdH et mise en œuvre par le MR, ndlr), je pense qu'on doit inverser la méthode. On doit en discuter avant, tous ensemble. »

Dix ans que le MR gouverne tout seul, dix ans qu'il définit les priorités pour la ville, dix ans qu'il met en œuvre ses solutions. Finirait-il par être sourd ? C'est, en tout cas, ce que pense l'opposition et quand elle lui reproche de ne pas l'informer des dossiers en cours, Richard Fournaux ironise :

« Tout est dans mon bureau. Tout le monde sait bien que mon bureau est ouvert à tous les Dinantais et à tous les conseillers communaux. Vous devriez venir plus souvent me voir. Au lieu de parler à la gazette, parlez à Richard Fournaux. »

Y a-t-il un simple problème de communication entre Richard Fournaux et les trois chefs de file de l'opposition ? C'est sans doute plus compliqué que cela. Il existe de réelles divergences sur certains dossiers. Cependant, il faut bien reconnaître qu'avant de s'opposer à lui sur le fond, PS, cdH et Ecolo reprochent souvent au Bourgmestre la manière avec laquelle il dirige la ville. Celle d'un rouleau compresseur qui monopolise la parole, qui consulte peu et qui empêche les autres, échevins comme opposants, d'exister. Dans une longue interview-vérité, il nous avait affirmé en être conscient et vouloir changer. Chacun appréciera. 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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