ANALYSE Beauraing: l’ex-bourgmestre revient (de loin)

publié le:11/12/2015 19:00:00 - mis à jour: 16/12/2015 14:18:17

Fait marquant du débat: l'ex-bourgmestre Jean-Claude Maene envoie un signal fort qu'il est de retour. Prêt à en découdre. Avec Pour et Ecolo, Marc Lejeune devra désormais composer avec une opposition critique.

Il a retenu les leçons du passé, Jean-Claude Maene. En 2012, lors du débat pré-électoral, le bourgmestre sortant était apparu crispé, sur la défensive, face à des candidats bien préparés et boostés par un vent de changement. Sur notre plateau, Marc Lejeune, qui avait réussi l'union du CDH et du MR sur une liste Energies Beaurinoises, avait planté, banderille après banderille, les jalons de son futur succès dans l'échine de son adversaire. Une expérience cuisante pour Jean-Claude Maene.

Il n'y eut certes pas de débâcle électorale : la liste PS, désormais pluraliste et rebaptisée Pour, n'avait reculé que d'un point aux élections de 2012. Mais Energies Beaurinoises, avec ses 54%, emportait la majorité absolue et délogeait Maene du fauteuil de bourgmestre. L'amère pilule de la défaite fut difficile à avaler : le groupe Pour mena une opposition généralement considérée comme « dure » les premiers mois. Puis il devint soft. Et son leader peu visible. On voyait de moins en moins Jean-Claude Maene au conseil communal... Se représenterait-il seulement en 2018 ? Même au sein de Pour, la question se posait. Puis il y eut un déclic. Récent. Très récent même.

Comme une pouliche au Grand Prix d'Amérique

Jean-Claude Maene a trois ans pour reconquérir le pouvoir. Il n'a que trop perdu de temps. Il s'en rend compte. Mais il est prêt. Ce débat, c'est sa revanche sur 2012. Aminci, le verbe affûté, le costume chic à rayures italiennes qui-fait-jeune, les poches pleines de « petites phrases » qui font mal, il signe son retour. Fringant et nerveux comme une pouliche le matin du Grand Prix d'Amérique. Et il n'a rien laissé au hasard, cette fois.

Après une minute et 25 secondes de débat, il attaque. Est-ce que la majorité vous écoute, M.Maene ?

« Cela reste difficile, mais c'est un débat qu'Energies Beaurinoises doit avoir en interne. »

Vous n'avez pas compris ? Nous non plus. Pas encore. C'est la technique de la fissure. Jean-Claude Maene veut ébrécher la belle image de « l'équipe 100% soudée » chère au bourgmestre Marc Lejeune. Il y reviendra en fin de débat, en affirmant que Marc Lejeune « doit encore s'affirmer au sein de sa majorité » ou qu'il « n'a pas facile tous les jours en interne. »

Pas de petit poucet Ecolo

Michel Thomas, pour l'opposition Ecolo, n'est pas en reste. Sa stratégie: éviter de faire de la figuration. Il a un siège au conseil. Il se retrouve avec un bourgmestre et un ex-bourgmestre. Pas question d'être le petit poucet vert de la politique beaurinoise. Il veut apparaître « à équidistance » des deux, selon ses propres termes.

Alors il assure dès sa première intervention : « On est dans un dialogue de sourd. » Plus tard, il dira :

« On est frustré de ne pas être écouté : la majorité arrive au conseil avec des lapins tirés du chapeau ».

"On est frustré de ne pas être écoutés"

Marc Lejeune balaie:

« C'est une mauvaise impression. On est très attentifs. L'opposition rend meilleures les majorités. On prépare mieux nos dossiers, on se demande comment va réagir l'opposition. Nous avons une opposition qui n'est ni musclée, ni soft, mais une opposition sérieuse. »

Marc-le-Rassembleur avec un grand R. Flatteur ? Non, on le sent concerné par ce qu'il affirme. Mais un discours calculé, quand même. Avec un signal clair : je ne vous taquine pas, vous ne me taquinez pas. Raté : quelques minutes plus tard, Michel Thomas « taquine » :

« La majorité a oublié un travail important : soumettre aux Beaurinois et au conseil un programme qui soit fouillé. On se pose la question de savoir où va la majorité. »

Marc Lejeune avait anticipé la remarque. Il sort ses « éléments de langage », comme on dit : action, équipe, concret :

« Si les Beaurinois ont voté pour nous, c'est parce qu'ils savaient exactement où nous voulions aller. Quand on commence à nous critiquer sur la ligne politique, c'est parce qu'on n'a plus rien à dire. La politique, c'est de l'action, des décisions, des concrétisations. J'ai une équipe extraordinaire, tout le monde est au charbon. Oui, en ce début de mandat, nous concrétisons des dossiers initiés avant nous, mais c'est ce que j'avais annoncé en 2012 : à l'époque, il y avait de bonnes idées, mais on ne les concrétisait pas. »

Le dossier des Trois Moulins

Dossier emblématique de cette législature : le rachat et la transformation du site des Trois Moulins (anciennement Mobichalet) pour y loger le services des Finances du SPF, une crèche et des salles pour les événements.

« Une opportunité d'acheter un bâtiment exceptionnel, estime Marc Lejeune, de préserver notre patrimoine et de répondre à des demandes de salles que le centre culturel ne peut pas couvrir. Avec les subsides, cela coûte 615.000 euros à la commune, pour 90 ares à bâtir et 2.500 mètres carrés de surface. Je vous pose la question : pourquoi les Beaurinois devraient-ils aller à l'extérieur pour fêter leurs événements privés ? »

Jean-Claude Maene douche l'enthousiasme du bourgmestre :

« On a un dossier qui a évolué en permanence et qui est tout à fait différent du projet initial. On fait rentrer au chausse-pied des projets pour justifier l'achat. Or il y a des lieux communaux qui existent et on pourrait les mettre à disposition des Beaurinois sans frais. Si on veut faire plus grand, regardons les autres communes, où des salles existent mais sont peu remplies, comme à Ciney, Dinant, Givet et Rochefort. Pour occuper une grande salle, il faut une population suffisante et je ne suis pas sûr qu'il y ait un réel besoin. »

Michel Thomas est aussi critique :

« Ce qui nous a étonné, c'est l'empressement. En début de législature, on nous annonce que des difficultés financières. Et puis la majorité se lance dans un achat qui va coûter, avec les travaux, dans les trois millions d'euros. Est-ce que c'est le moment alors qu'il y a d'autres priorités en terme d'emploi, de logement ? Si on me donnait cet argent, je l'investirais ailleurs. »

La circulation en centre-ville

La mise en boucle de la circulation au centre-ville est l'autre gros dossier 100% Energies Beaurinoises. Marc Lejeune en a fait un dossier-phare pour le développement et l'attractivité de Beauraing. Une phase de test grandeur nature doit avoir lieu en avril prochain. Mais pour Jean-Claude Maene, le dossier est plié :

« Quand on fait un effet d'annonce, il faut se réserver une marge. Ce que j'entends, c'est que le projet est finalisé. OK pour une phase de test mais qu'on soit respectueux des résultats. »

Michel Thomas est nettement plus positif sur ce dossier :

« Le projet est intéressant car il engage Beauraing dans une vision prospective. A ce stade, il n'y a pas de prise de décision, ce n'est pas figé. »

Marc Lejeune rebondit sur ce soutien d'Ecolo:

« M.Maene me fait un mauvais procès d'intention. J'aime mieux le discours de M.Thomas qui est plus honnête. »

"J'aime mieux le discours d'Ecolo, qui est plus honnête"

Jean-Claude Maene, du tac au tac :

« Quand tu dis que tu préfères un discours, ça m'inquiète directement. »

Marc Lejeune continue, imperturbable :

« Je regrette mais on est dans la concertation, que ce soit à la CCAT ou en réunion avec les commerçants. On doit retravailler sans cesse l'image de la Ville et la circulation, c'est essentiel. Et je rassure : le dernier mot sera celui des Beaurinois. »

Mauvais bulletins

L'opposition était sévère jusqu'à présent, elle devient implacable au moment de décerner ses bulletins.

La piste de formation à la sécurité routière ? 10/10. L'école de Dion ? 10/10. Mais… Le plan logement : 0/10 pour Ecolo (« un seul projet accepté sur 11, la majorité est allée au clash »). Baronville : 0/10 selon Pour (« je mets un zéro pour l'emploi, qui était la priorité dans la déclaration de politique de la majorité »). La diminution de subside pour l'Office du Tourisme : 0/10 pour Ecolo (« c'est la conséquence d'une crispation politique »). Le renvoi de la directrice du centre culturel : 0/10 chez Pour (« il y avait des reponsabilités partagées »).

Marc Lejeune encaisse sans broncher. Mais il est en mauvaise posture. La critique est très lourde. Il a compris que c'est le moment de sortir l'artillerie (et ses éléments de langage) :

« Quand on donne des 0/10 sur des réussites totales, c'est qu'il y a une crispation de l'autre côté. Nous, on est une équipe qui travaille à 100%. On voit les choses de manière complètement différente, je suis dans le concret, l'action. En face de moi, je veux bien faire de la philosophie, mais c'était ça le problème de l'ancienne législature : ça n'aboutissait pas. »

Marc Lejeune n'est pas venu faire du tourisme

Marc Lejeune a aussi gardé le souvenir du débat de 2012. Etre sur la défensive, c'est mauvais. Alors il passe à l'offensive. Deux fois. Il interpelle l'opposition : savent-ils combien il y a de logements sociaux à Beauraing ? Regard offusqué de Jean-Claude Maene, mais pas de réponse… Marc Lejeune enchaîne. Savent-ils combien il y a d'emplois à Beauraing ? Pas de réponse non plus. Marc Lejeune enchaîne et assoit en deux questions son image d'homme du concret, d'homme de chiffres. Lui non plus n'est pas venu au débat faire du tourisme. Il était prêt.

Ainsi, lorsque Jean-Claude Maene se plaint d'apprendre sur le plateau l'existence d'un projet sur l'ancien stade de foot, Marc Lejeune lui lance: « Vous n'aviez qu'à venir au conseil ». Piqué au vif, Jean-Claude Maene rétorque : « J'ai été absent une fois ! » Une fois ? Ce n'est pas l'impression qu'il nous a laissée. Après le débat, vérification. Selon les compte-rendus du conseil disponibles sur le site communal, il s'avère que Jean-Claude Maene a été absent une fois… sur trois ! Sur 29 conseils communaux, Jean-Claude Maene a été excusé dix fois. Le record de cette législature. L'ancien bourgmestre signe son come-back, mais il revient de loin.

L'impression générale de ces échanges est que la législature est à un tournant. Les dossiers vraiment nouveaux arrivent. L'opposition, critique « mais constructive » selon la formule consacrée, s'est ressaisie. Et « l'équipe qui bosse à 100% » a intérêt à réussir ses dossiers aussi à 100%.

Revoir Le Journal

CDJ

22H30