Politique

ANALYSE | Richard Fournaux ne regrette rien

publié le:16/10/2025 14:42:00 - mis à jour: 18/10/2025 10:19:01

A l’issue des élections communales, Richard Fournaux choisit d’ouvrir sa confortable majorité absolue. La décision a laissé des traces mais un an plus tard, l’homme fort de Dinant n'a aucun regret.

Les élus dinantais cultivent ce don de ne pas faire les choses comme tout le monde même quand il s'agit de s'offrir une crise politique. Parce que depuis les élections communales, crise il y a bien eu mais pas entre les gagnants et les perdants du scrutin mais plutôt au sein même de la liste arrivée largement en tête. 

 

Le soir du 13 octobre, on chante au QG de la liste Ambition de Richard Fournaux. Après six ans de purgatoire provincial, l'homme au nœud papillon est de retour en bord de Meuse et il balaie tout sur son passage. Sa liste obtient une écrasante majorité absolue de 15 sièges sur 23 et les 8 meilleurs scores individuels. Un triomphe. 

 

Richard Fournaux a toutes les cartes en main pour régner sans partage sur Dinant. Sauf que… 

 

Il ne croyait pas un tel score, il y croyait tellement peu qu'il avait pris soin de négocier un accord pré-électoral avec Dinamic, la liste de tendance Engagés, emmenée par Omer Laloux et Camille Castaigne. L'accord qui avait été contre-signé par David Clarinval, le président du MR provincial, et Maxime Prévôt, président des Engagés, prévoyait deux places au collège pour Dinamic. Difficile de déchirer un papier avec de telles signatures apposées dessus sans se mettre à dos le partenaire du MR aux autres niveaux de pouvoir. 

 

Les colistiers de Richard Fournaux qui, pour la plupart, découvrent l'accord après les élections sont furieux. Ambition menace d'imploser. Il faudra l'intervention de Georges-Louis Bouchez et tout le leadership de Richard Fournaux pour que les frondeurs rentrent dans le rang. 


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Le pacte de majorité entre Ambition et Dinamic est finalement signé le 8 novembre, soit près d'un mois après les élections. Il laisse sur le carreau Clément Beghuin et Audrey Bernard de la liste Ambition qui auraient accédé au collège sans l'accord, ainsi qu'Omer Laloux, le deuxième score de Dinamic, qui voit passer devant lui, Lionel Naomé. Les vieilles rancœurs du passé ont refait surface et Ambition aurait mis son veto contre lui. 

 

Aucun regret

 

Cette crise a évidemment laissé des traces. Lors des séances du conseil communal, tout le monde fait bonne figure mais les blessures demeurent. Cependant, les deux chefs de file de la majorité restent aujourd'hui convaincus que c'était la chose à faire. Richard Fournaux développe : 

 

Je sais que les circonstances à l'époque ont été mal vécues par certains et c'est tout à fait légitime. Mais dans l'intérêt de la ville, le fait d'avoir une majorité qui est en totale cohérence avec la majorité provinciale, avec la majorité Fédération Wallonie-Bruxelles, avec celle bien sûr de la Région wallonne, et même un peu avec le fédéral, tout ça est d'une cohérence implacable et nous aide considérablement dans plusieurs dossiers. Si on était une commune riche où on a besoin de personnes pour nous aider, on pourrait vivre en autarcie et faire ce qu'on veut, mais ça n'est pas le cas. 

Et Richard Fournaux de citer les contacts fructueux avec les ministres étiquetés Engagés pour faire avancer les dossiers dinantais, à commencer par celui de la rénovation de la Collégiale.

 

Qu'une commune ait besoin de calquer sa majorité sur celle des autres niveaux de pouvoir, ni Camille Castaigne, ni Richard Fournaux, n'y voient un problème démocratique. Camille Castaigne explique : 

 

Je ne sais pas s'il faut forcément avoir des majorités communales qui reflètent les majorités à d'autres niveaux de pouvoir. Maintenant, ça facilite les choses en tout cas, puisqu'effectivement on a des contacts plus directs avec les administrations que si on avait un gouvernement régional PS, mais pour le reste, je ne sais pas si c'est un vrai problème de démocratie.

Le calme après la tempête

 

Richard Fournaux avait promis un climat apaisé au conseil communal, force est de constater que depuis le début de la mandature, à l'exception de l'une ou l'autre pique, il a tenu parole. L'ambiance est infiniment plus sereine que celle qu'on a pu connaître ces dernières années. 

 

Richard Fournaux l'explique par son attitude et celle de son équipe. Il n'a pas voulu entrer dans une « guerre historique » avec Thierry Bodlet, le bourgmestre sortant, en faisant état « des cadavres retrouvés dans les placards ».

 

De son côté, Thierry Bodlet avance une autre explication. 

 

Jusqu'à présent, il ne s'est pas passé grand-chose, il y a eu assez peu de dossiers qui aurait pu susciter beaucoup de conflits. Il y a eu des accrochages, que ce soit pour Lidl ou Gims. Mais à part ça, il n'y a quand même pas eu grand-chose. Cela ne fait qu'un an qu'il y a eu un changement de majorité. Je ne critique pas la majorité actuelle sur ce fait-là, parce qu'il faut le temps de se mettre en place, de faire le bilan, de voir où on en est financièrement, etc. Cela ne permet pas de décider des choses ou de proposer des choses immédiatement.

Des deux côtés de la table, on parle de discussions constructives, chacun reconnaissant à l'autre la volonté de travailler pour le bien de Dinant. La majorité voit d'ailleurs dans cette sérénité retrouvée une des explications au redécollage dinantais qu'elle perçoit. 

 

Une politique sous oxygène

 

Dès sa prestation de serment, Richard Fournaux avait annoncé la couleur : la mandature sera marquée par les difficultés financières et il n'y aura pas de nouveaux projets sans nouveaux moyens. 

 

La Ville et le CPAS sont sous « Plan Oxygène », ils bénéficient d'un prêt de 13 millions d'euros en 4 ans pour les aider à payer les cotisations de responsabilisation, c'est-à-dire, pour simplifier, les pensions de leur personnel statutaire. Cette aide garantie par la Région donne un droit de regard à cette dernière sur les choix budgétaires dinantais qui se doivent d'être irréprochables. 

 

Cette réalité sous-tend toute l'action de la nouvelle majorité. Richard Fournaux l'a répété à de nombreuses reprises : les projets financés uniquement par la Ville seront rares : 

 

En réalité, la Ville de Dinant, maintenant, est surtout là en soutien. Quand une personne vient avec un projet, on pousse, on permet aux gens de se rencontrer parce que chacun a des contacts. Mais effectivement, les investissements viennent du privé. Ce qui est important, c'est que ces investisseurs veulent investir à Dinant. La ville reste visiblement un pôle touristique, commercial, ou simplement pour les entreprises, qui est très attractif. 

Une même vision libérale mais des philosophies différentes

 

Thierry Bodlet ne s'oppose pas fondamentalement à cette politique. Il partage avec Richard Fournaux une même vision libérale de l'action publique. 

 

Mais comme souvent, le diable se cache dans les détails. Si Thierry Bodlet accepte voire applaudit la participation du privé à la redynamisation de la ville et à la réaffectation des nombreux bâtiments à l'abandon, il se montre beaucoup plus critique sur la participation de la Ville dans le montage des projets.  

 

Il faut essayer d'inciter des privés à investir, à avoir des projets. Ça, ça me semble tout à fait normal. Maintenant, on n'est pas obligé à chaque fois d'impliquer la ville et le privé dans le même projet. Je n'ai pas vu beaucoup de partenariats publics privés où le public n'était pas lésé. Mais je n'ai rien contre ce principe-là, je ne suis pas obtus parce que tous les cas sont différents. Moi, j'aime bien que les choses soient bien claires et bien séparées. Quand on a un privé qui fait un investissement, c'est très bien, on n'est pas obligé d'avoir la ville qui est impliquée, parce que c'est toujours alambiqué. 

Pour Thierry Bodlet, ce qui le différencie de Richard Fournaux, c'est avant tout « la philosophie ». 

 

Disons que j'ai quand même une façon beaucoup plus stricte d'aborder la politique, par rapport aux réglementations et par rapport à certains principes. 

On est très loin des noms d'oiseaux qui avaient volé en 2015 entre les deux hommes lorsque le bourgmestre Richard Fournaux avait fini par exclure l'échevin Bodlet de son collège mais on ne peut s'empêcher de penser qu'un rien pourrait remettre le feu aux poudres entre eux deux. Cela pourrait amener quelques nouveaux éclats de voix dans l'enceinte du conseil communal mais vu le rapport de force – 2 sièges contre 21 – Thierry Bodlet ne sera pas en mesure de contrecarrer les projets de la majorité. Celle-ci, vu sa taille, pourrait même se permettre de perdre quelques électrons libres en cours de route. Une éventualité jamais impossible en bord de Meuse. 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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