Carnet rose à Yvoir : Etienne Defresne, le nouveau bourgmestre, est en train de naître à la fonction. Il décide (et le dit). Il tacle ses opposants (et il l’assume). 100% bourgmestre.
Il ne suffit pas d'être nommé bourgmestre pour être bourgmestre. Prenez Charles Paquet, successeur éphémère d'Ovide Monin de 2011 à 2012. Nommé certes, mais, de l'avis général, pas à l'aise dans sa fonction. Nouveau scénario 2015 : Ovide Monin passe de nouveau le relais, à Etienne Defresne cette fois. Etienne Defresne, c'est « Monsieur Rondeur ». Monsieur « Voyages pour 3x20 ». Il est allié à un jeune loup ambitieux : Bertrand Custinne. Et opposé à un grand prix d'éloquence : Patrick Evrard. Serait-il taillé pour le job ? Vérification.
Autorité : 6/10 (mais dialogue 9/10)
A la question de savoir si Etienne Defresne ne laisse pas un peu trop traîner les débats en longueur, celui-ci se défend :
« Une bonne gestion des débats, c'est savoir écouter l'autre. Certains estiment que je ne suis pas assez directif, oui, mais ce n'est pas dans ma nature. »
Décisionnel : 9/10
L'opposition reproche à la majorité d'avoir des difficultés à mettre tout le monde autour de la table, comme dans le dossier de la plaine de jeux « qui tourne au vinaigre » selon la minorité. Etienne Defresne s'en défend :
« Mettre tout le monde autour de la table ne me pose aucun problème, mais il y a un moment où la majorité élue doit prendre une décision. »
Offensivité : 9/10
A propos de la demande d'extension de la carrière à Haut-le-Wastia, à propos de laquelle la majorité a donné son feu vert (sous conditions), mais sur laquelle la minorité était plus réservée, le bourgmestre a dégainé :
« Ce que je voudrais mettre en évidence, c'est que nous sommes face à une opposition qui dit oui du bout des lèvres ou non mais avec des conditions tellement lourdes qu'on arrive à une situation de blocage. »
Première flèche.
Sens du « coup vache » : 10/10
La scène se passe dans les dernières minutes du débat. Patrick Evrard, chef de La Relève, se refuse à classer les élus du Collège : pour lui, c'est un bon travail d'équipe auquel on assiste.
Etienne Defresne aurait pu être flatté mais sort une banderille qu'il avait gardée jusqu'au bout :
« Je ne lui retournerais pas le compliment. Patrick Evrard monopolise d'une certaine manière la parole au sein de l'opposition, il n'y a plus beaucoup d'espace d'expression. »
La tête de Patrick Evrard indique qu'il n'apprécie que très moyennement, mais plus possible pour lui de répliquer. Vache.
Le jeune loup
Et le partenaire EPY là-dedans ? On se souvient que son chef de file, l'échevin Bertrand Custinne, avait dû faire face à de vives critiques de la part de l'opposition au moment de ses déboires avec la commission de vigilance interne au PS. De vives critiques dictées aussi par un sentiment de revanche puisque Bertrand Custinne avait quitté La Relève pour créer sa liste, qui emporta trois sièges. Mais la page est tournée. Au niveau des instances d'arrondissement, le PS ne semble plus en faire une priorité en tout cas... Et le climat au conseil est apaisé. Et La Relève, désormais, le ménage. C'est donc un échevin sans casseroles qui est venu défendre son bilan.

Le PCDR ? Bon bulletin pour la sécurisation des abords de l'école de Dorinne.
Le charroi de camions dans les villages ? En tant qu'échevin de la mobilité, il pourrait se le voir reprocher. Ce n'est pas le cas. La Relève considère à juste titre que la responsabilité communale est légère dans ce dossier, que c'est la Région qui doit assurer la sécurité sur ses voiries. Et salue le plan intercommunal de mobilité qui va objectiver cette problématique du charroi.
Et dans l'équilibre délicat d'exister dans le débat en tant que « petit » partenaire d'une liste qui aurait pu prétendre à une majorité absolue, il s'en sort bien. Etienne Defresne évoque le papy boom auquel il convient de répondre par une augmentation de l'offre d'appartements : Bertrand Custinne lui prend la parole et précise que c'est important pour les jeunes aussi, avec un prix du terrain de 70€ le mètre carré. La touche « djeun » : 10 points.
Et Bertrand Custinne, avec sa « chapelle » de 3 élus qui le rend indispensable pour toute coalition, n'hésite pas à bousculer l'opposition :
« Dans le dossier du zoning à Spontin, je m'étonne d'entendre une opposition parce qu'en commission d'aménagement du territoire, M.Evrard a voté favorablement, avec une remarque sur l'égouttage. »
L'intéressé a beau bondir et rectifier, Bertrand Custinne a fait passer le message : il n'est pas là pour faire de la figuration.
Patrick Evrard : l'art de la nuance
Et l'opposition là-dedans ? La Relève, forte de ses 6 élus, constitue une minorité remarquable, foi d'observateur de la vie politique. Le duo Patrick Evrard – Chantal Eloin est redoutable. Bosseurs infatigables, ils ajoutent jusqu'à 4 ou 5 points supplémentaires aux ordres du jour établis par la majorité. Trois heures de débat pour venir à bout d'un ordre du jour présumé light ne comptant que 15 points, c'est normal à Yvoir. Pointilleuse, La Relève ? Patrick Evrard le reconnaît :
« Oui, nous sommes pointilleux. C'est vrai qu'on regarde les dossiers en détail et si on constate des choses qui pourraient poser problème pour la commune, nous intervenons. »
Patrick Evrard est chef de file de La Relève. Brillant orateur, jamais agressif, homme de dossiers, c'est un candidat bourgmestre crédible pour 2018 si les urnes lui sont favorables. Très crédible.

Une chose peut le desservir néanmoins : son art de la nuance. Parfois trop subtil. Ce que le bourgmestre n'hésite pas à lui rappeler au conseil :
« Entre notre « oui si » et votre « non mais », le bouquet est différent mais ce sont les mêmes fleurs. »
Patrick Evrard l'admet : « On n'est pas des obsédés de la composition des bouquets ». Malgré tout, il a travaillé ce point faible. Persuadé qu'un exposé pédagogique remporte tous les suffrages, il commence néanmoins à percevoir qu'une vraie opposition, c'est aussi un discours assumé.
Ainsi, sur le dossier de projet de zoning au Quesval, unique dossier chaud de ce début de législature, qui s'est heurté à une pétition de 400 signatures, Patrick Evrard met la gomme : « Nous ne soutenons pas du tout la majorité sur ce dossier. » Au moins, cela a le mérite d'être clair. Finie la nuance.
Selon lui, il y avait d'autres possibilités de sites pour un zoning à Yvoir : Durnal, et même les Sources de Spontin. Mais le BEP a évacué un peu vite ces possibilités, et la commune a accepté un peu facilement le parti-pris du BEP. Si on faisait un mini-zoning de 6 ou 7 petites entreprises aux Sources, on réhabiliterait du même coup un chancre.
La majorité contre-attaque. Normal : 400 signatures, dont 350 d'habitants de la commune, ça compte dans une élection. « Le BEP nous a dit que c'était là ou que ça ne se faisait pas », indique Bertrand Custinne. « Entre de l'emploi ou rien du tout, je préfère de l'emploi. » Etienne Defresne n'est pas en reste : « Prétendre qu'on puisse placer 6 ou 7 entreprises aux Sources, c'est complètement farfelu. »
Mais Patrick Evrard, à qui était réservée une question bien dichotomique (de quoi cabrer son « sens de la nuance »), a eu le dernier mot. Monsieur Evrard, si vous étiez bourgmestre en 2018, est-ce que vous stopperiez le dossier, oui ou non ? Pas une seconde d'hésitation : « Oui ».
Le jeu est ouvert
Patrick Evrard sera-t-il l'homme qui mettra fin à la tradition des bourgmestres "longue durée" à Yvoir? Etienne Defresne gardera-t-il son écharpe mayorale après 2018? Patrick Evrard est un concurrent sérieux au pouvoir. Mais il part avec un handicap de taille: la Liste du Bourgmestre totalise 10 sièges, soit 4 de plus que La Relève. Et ce débat a dévoilé un bourgmestre en titre plus combatif qu'il veut bien le laisser paraître. En terme de popularité par contre les deux hommes sont au coude-à-coude: en 2012, Etienne Defresne scorait à 907 voix, Patrick Evrard à 858. Le prochain scrutin risque d'être âpre et serré!