La réforme du paysage hospitalier a été débattue ce mardi en commission de la Santé du Parlement de Wallonie. Le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, insiste : « rien n’a encore été validé. »
Où irons-nous nous faire soigner demain ? La réforme du paysage hospitalier en Belgique, combinée aux recommandations d'experts et à l'annonce d'un plan géostratégique du CHU UCL Namur, suscite de nombreuses interrogations dans le sud de la province de Namur.
Pour rappel, le plan du CHU UCL Namur, qui anticipe en partie la réforme politique, prévoit la disparition du site de Godinne, la reconstruction d'un site universitaire ailleurs (plusieurs emplacements seraient à l'étude) et la transformation, d'ici 2031, de l'hôpital de Dinant en centre médical local. Autrement dit, une structure principalement ambulatoire, sans maternité et possiblement sans urgences ni soins intensifs.
"Un rapport d'experts, pas une décision politique"
Dans une région rurale comme la nôtre, de surcroit en proie à la pénurie de médecins généralistes, la réorganisation hospitalière touche à une question fondamentale : l'accessibilité aux soins de santé.
Ce mardi, le débat s'est invité en commission Santé du Parlement de Wallonie. Interrogé par plusieurs députés, dont les Namurois Stéphane Hazée (Ecolo) et Eliane Tillieux (PS), le ministre a tenu à temporiser.
L'Engagé rappelle d'abord que le rapport d'experts présenté en décembre 2025 à la CIM Santé publique, groupe qui réunit les ministres fédéraux et régionaux, «formule des recommandations ». Les critères évoqués, notamment 186 lits aigus et 600 accouchements par an pour conserver un statut d'hôpital régional (et que l'hôpital de Dinant ne remplit qu'à 90 %) « ne sont pas validés », note le ministre :
Ce rapport constitue une base de travail, pas une décision politique.
Au-delà des quotas de lits ou d'accouchements, le ministre assure que d'autres critères essentiels devront être pris en compte, notamment l'accessibilité des soins, la densité de population, l'équité entre citoyens et la cohérence territoriale.
Nous sommes au préalable d'une restructuration de l'offre hospitalière autour de quatre catégories d'hôpitaux qui va prendre 10 à 15 ans, avec une évaluation à mi-parcours.
Disparition de Godinne : « L'AViQ n'a été saisie d'aucun dossier »
Concernant plus précisément le CHU UCL Namur, le ministre a indiqué que l'AViQ n'a, à ce stade, « été saisie d'aucun dossier relatif à un plan géostratégique pour la réorganisation des sites de Sainte-Elisabeth, Dinant et Godinne ».
Il rappelle par ailleurs que les compétences diffèrent selon les sites : Godinne, en tant qu'hôpital universitaire, relève de l'agrément et du financement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tandis que les sites généraux de Sainte-Elisabeth et de Dinant relèvent de la Région wallonne.
La construction éventuelle d'un nouveau site universitaire soulève donc une question centrale: celle de son financement par une institution déjà étranglée.
L'argent, le nerf de la guerre
La question du financement des projets déjà en cours, comme c'est le cas à Dinant, a également été abordée.
Le ministre a précisé que les projets d'infrastructure déjà validés par le gouvernement wallon ne seraient pas remis en cause, notamment pour des raisons juridiques. En revanche, certains établissements pourraient devoir ajuster leurs projets pour les rendre cohérents avec la future organisation hospitalière.
Suite aux décisions prises par la CIM Santé publique et aux grandes orientations qui seront définies, il reviendra aux hôpitaux d'évaluer si leurs projets d'investissement sont toujours nécessaires afin de répondre au projet médical et à leur nouveau “statut”.
Yves Coppieters insiste : « Je parle bien d'adaptation, pas de faire marche arrière ».
Par ailleurs, une modification des critères de financement des infrastructures hospitalières est en cours d'adoption via un décret-programme, apprend-on.
Et l'hôpital de Marche-en-Famenne ?
Enfin, la situation de l'hôpital de Marche a également été évoquée. Au regard des critères avancés dans le rapport des experts, son bilan semble encore plus fragile que celui de Dinant.
« Cela ne signifie toutefois pas que son sort est scellé », nuance le ministre:
En fonction des avis rendus par les organes consultatifs et des grandes lignes décidées en CIM, d'autres orientations pourront être définies, notamment pour les zones rurales peu desservies.
Prochaine étape? Chaque entité fédérée doit remettre les avis de leurs organes consultatifs pour fin avril. Les grandes orientations politiques seront alors seulement définies au sein de la CIM (Conférence interministérielle) et des gouvernements concernés.