À Beauraing, le nouveau hall omnisports de l'INDSC n'ouvrira pas cet automne. Plus de 400 mètres de fissures sur la chape bloque le chantier, condamnant élèves et professeurs à subir un sixième hiver dehors.
C'est une douche froide dont l'Institut Notre-Dame du Sacré-Cœur (INDSC) de Beauraing se serait bien passé. Alors que la livraison du nouveau hall omnisports, détruit par la tornade de 2021, était promise pour cette rentrée scolaire, une découverte de dernière minute a brutalement stoppé le chantier. La présence de plus de 400 mètres de fissures sur la chape en béton empêche la pose du revêtement sportif. Un coup de massue pour la direction, mais surtout pour l'équipe éducative et les élèves, repartis pour un sixième hiver consécutif à affronter la pluie et le froid.
Une tuile technique à 400 mètres de fissures
L'illusion aura été de courte durée. Réceptionné à la fin du mois d'août, le bâtiment semblait enfin prêt. La salle d'escalade venait d'être équipée quand l'entreprise chargée de poser le sol sportif dans la partie principale a posé son veto. En cause : l'apparition soudaine d'un réseau impressionnant de petites crevasses, comme l'explique Bernard Desmarets, administrateur du Pouvoir Organisateur (PO) :
L'entreprise a refusé de mettre le revêtement parce qu'on avait vu se développer un grand nombre de fissures. Pour donner un chiffre, il y a quand même plus de 400 mètres de fissures qui sont réparties quasi uniformément sur toute la surface.


Face à l'imbroglio, un expert indépendant a été dépêché sur place. Les analyses ont écarté tout mouvement de terrain ou problème structurel du bâtiment : il s'agit d'un phénomène classique de retrait et de désolidarisation de la chape. Pour y remédier, des injections de résine spéciale doivent être réalisées afin de consolider le sol avant de relancer le chantier.
Cette nouvelle péripétie s'ajoute à deux années de travaux déjà complexes, marquées par des soucis d'assemblage de la toiture et d'étanchéité. Le PO espère désormais passer commande des travaux d'ici la fin du mois, visant une ouverture au mieux pour la fin de l'année ou le début 2027.
Le mauvais calcul du retrait du chapiteau
Ce retard est d'autant plus difficile à encaisser que l'école pensait avoir fait le plus dur. Durant cinq ans, un chapiteau provisoire servait d'abri de fortune dans la cour. Confiante quant aux délais annoncés pour l'automne, la direction avait fait le choix d'interrompre sa location en avril dernier, comme le raconte Valérie Collin, la directrice de l'institut :
On a fait le choix début avril d'enlever le chapiteau qu'on louait parce que pour nous, il était clair qu'à cette rentrée scolaire-ci, les élèves pouvaient profiter pleinement du hall. Le plus difficile, ce sont les enseignants et les élèves. Ça fait 5 ans qu'ils se retrouvent à l'extérieur.
La situation est particulièrement critique pour un établissement qui propose une section en Transition Technique (TT) Éducation physique, où le sport occupe 8 heures du programme hebdomadaire. Sans compter l'impact pour la commune de Beauraing et ses clubs de sport, qui auraient pu compter sur ce nouvel équipement pour s'entraîner.
Le « Système D » au quotidien pour les professeurs
Sur le terrain, les professeurs d'éducation physique accusent le coup. Amélie Lambert, enseignante à l'INDSC depuis 2018, a vécu toute la transition. Avec ses collègues, elle doit jongler au quotidien avec les moyens du bord : déplacer les bancs en classe pour faire de l'acrogym ou aménager un couloir de l'internat en salle de gym improvisée :
On en a un peu ras-le-bol de passer notre temps dehors. Quand il pleut, c'est horrible. On a une seule douche, on a froid toute la journée, on a les pieds trempés et on doit prendre quatre paires de baskets différentes sur la journée. Quand les températures chutent à 3 ou 4 degrés, la manipulation de balle devient impossible et les sports collectifs doivent être remplacés.
Pire encore : avec cinq années de chantier, certains élèves (notamment ceux qui bouclent leur rhéto cette année) auront effectué l'intégralité de leur cursus secondaire sans jamais avoir pu utiliser le gymnase de leur école.
Malgré la frustration d'aborder un sixième hiver dehors, l'équipe garde le sourire et salue l'attitude des jeunes.
Les élèves sont motivés, ils jouent, ils bossent... On va dire qu'ils sont bons en endurance pour l'instant !