Ciney : « l’affaire » Deville rebat les cartes

publié le:05/09/2016 15:33:00 - mis à jour: 01/02/2017 12:11:01

Affaire judiciaire mais aussi éminemment politique, le cas Deville agite le landerneau cinacien. Les partis de la minorité se positionnent. Le PS ne dit pas non à un pas de danse avec le MR.

Qui ignore encore les ennuis judiciaires de l'échevin Frédéric Deville à Ciney ? Personne. Le cas fait grand bruit. Non, plus personne n'ignore que la Justice reproche à Frédéric Deville une prise illégale d'intérêts dans le cadre de sa fonction publique. Plus personne n'ignore non plus que l'affaire a des relents politiques. La popularité de Frédéric Deville, alliée à une ambition que certains qualifient de dévorante, lui valent d'être la personne à abattre au sein du Collège. Deville fait de l'ombre au bourgmestre et encore plus à d'autres échevins qui pourraient prétendre au titre de favori à la succession de Cheffert. Il n'aura échappé à personne que ce sont justement deux échevins qui ont déposé des documents « à charge » de Frédéric Deville…

Le contexte est explosif, jugez-en plutôt : le bourgmestre Cheffert voudrait faire voter une motion de méfiance contre Deville mais sa majorité ne tient qu'à une voix… Un scénario « à la dinantaise » (éviction de l'échevin Bodlet) est donc exclu.

Un scénario "à la montoise"?

Cheffert aura besoin de voix dans l'opposition, quitte à remanier sa majorité. Mais qui prendrait le risque, dans l'opposition, d'aller flinguer l'hyper-populaire Deville ? Pour Ecolo et le cdH, l'affaire est réglée : c'est non. Pour le PS, c'est non… mais oui. En effet, un autre scénario pourrait se dessiner, « à la montoise » : MR et PS signent à Ciney un nouveau pacte de majorité, ce qui implique automatiquement un remaniement du Collège sans devoir passer par la motion de méfiance.

Pour le PS, c'est l'opération idéale : retour aux affaires en gardant les mains propres dans le meurtre du fils. Pour le MR, c'est l'opération la moins catastrophique : ils gardent le pouvoir et esquissent même les contours d'une future majorité 2018-2024. Comment les deux ennemis d'hier et d'aujourd'hui justifieront leur alliance sans passer pour de cyniques opportunistes ; là est toute la question, mais il reste deux ans avant les élections…

Pierre Adam (PS) : « Il y a un moment où il faut prendre ses responsabilités »

Pour Pierre Adam (PS), il n'est pas question de participer à l'éjection de Frédéric Deville :

« Je ne vois pas en quoi nous serions bien placés pour éjecter une personne. Pour nous, Frédéric Deville n'est pas un escroc jusqu'à preuve du contraire. »

Le PS n'échappe néanmoins pas à une certaine ambiguïté puisqu'il pourrait consolider la majorité :

« Imaginons que le MR n'ait plus la majorité absolue. Que faut-il faire ? Empêcher une gestion saine de la Ville ? Non, il y a un moment où il faut prendre ses responsabilités. »

Pierre Adam l'assure pourtant : aucun contact n'a eu lieu entre MR et PS :

« Attendons une démarche éventuelle du MR, ce qui n'est pas en cours puisque personne chez nous n'a été contacté, ni nos élus ni moi. »

François Bouchat (Ecolo) : « S'allier au PS, un aveu d'échec »

L'attitude « open » du PS fait par contre bondir François Bouchat (Ecolo) :

« Le soutien du PS serait une catastrophe politique dans le sens où Jean-Marie Cheffert a toujours décrié vertement la gestion du passé de Guy Milcamps. Ce serait un revirement politique et un aveu d'échec cuisant de s'allier avec son ennemi identifié comme tel depuis le début. »

Clairement, le MR ne pourra pas non plus compter sur Ecolo pour démettre Deville :

« La manière dont le bourgmestre a lynché publiquement l'échevin, je trouve ça scandaleux sur un dossier qui est très très léger. Il faut quand même bien dire que c'est le collège qui a amené les pièces du dossier à la justice pour casser Frédéric Deville. Cela pose beaucoup de question. »

Gaëtan Gérard (CDH) : « On ne rentre pas dans ce vaudeville »

Soutien total à Frédéric Deville du côté du CDH, comme l'explique Gaëtan Gérard :

« Je soutiens vraiment Frédéric parce que je trouve que la manoeuvre pour essayer de le faire sortir de l'échiquier politique est une basse manœuvre politicienne et j'exècre vraiment cette manière de travailler. »

Et si d'aventure le PS soutenait le MR ?

« Ce serait dommageable. Je laisse sa propre responsabilité au PS pour les soutenir ou ne pas les soutenir. De notre côté c'est ‘niet'. On ne rentre pas dans ce vaudeville. Le PS prendra ses responsabilité mais je trouve qu'on s'est battus ensemble pour remettre Ciney dans une logique de meilleure gouvernance, on a travaillé à ça pendant six ans et je vois que cette gouvernance éclate par petits morceaux. »

Diederick LEGRAIN et Anne PIRSON

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