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DEBAT | Pagodes effondrées, tarifs en hausse... quel avenir pour le domaine provincial de Chevetogne ?

publié le:14/09/2026 11:42:00 - mis à jour: 14/09/2026 17:21:16

Pagodes effondrées, tarifs en hausse : le domaine provincial de Chevetogne est au cœur de l’actualité. La députée provinciale Isabelle Joiret fait face à l’opposition dans ce débat sur l’avenir du domaine.

Une partie des pagodes du domaine provincial de Chevetogne s'est effondrée dans l'eau il y a une dizaine de jours. À cela, s'ajoute une hausse significative des tarifs d'accès, votée début septembre par le Conseil provincial. Deux actualités qui posent une question plus large : quel avenir voulons-nous pour ce domaine longtemps considéré comme un joyau, mais aujourd'hui jugé par certains vétuste et de plus en plus cher ? Doit-il se réinventer pour rester viable économiquement ? 

 

Pour en débattre, trois invités : Isabelle Joiret, députée provinciale en charge notamment du domaine de Chevetogne, membre des Engagés et représentante de la majorité provinciale (Engagés-MR) ; Claude Bultot, conseiller provincial PS, dans l'opposition ; et Thomas Nagant - Lacroix, conseiller provincial Ecolo, également dans l'opposition.

 

Thomas Nagant, Claude Bultot et Isabelle Joiret

 

Quand vous voyez ces images de la passerelle effondrée, quel est votre premier sentiment, votre première réaction ?

 

Isabelle Joiret : J'ai été évidemment très triste d'apprendre que le ponton s'était effondré dans l'eau. Je l'ai appris il y a une dizaine de jours, un dimanche après-midi. J'étais très triste, mais en même temps, je me suis dit qu'on avait pris la bonne décision en termes de sécurité en ne laissant pas ce site ouvert aux visiteurs, parce que, comme il s'est effondré, cela aurait pu être très dangereux. C'était le sentiment que j'avais.


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Thomas Nagant : Mon sentiment ? De la consternation. D'abord et avant tout, de la consternation, parce qu'en réalité ce n'est pas nouveau. On sait bien que ces pagodes sont en souffrance depuis un petit bout de temps. Elles n'étaient plus en état et c'est bien là qu'est le problème. On n'a pas investi à temps. Moi, j'ai deux scoops pour Madame Joiret : l'eau, ça mouille. Du bois sur de l'eau, ça s'entretient. Et le deuxième scoop, c'est qu'il y a beaucoup d'éléments en bois au Domaine. Je pense donc qu'il est grand temps de se pencher sur la question de l'entretien. 

 

Claude Bultot : C'est clair que ce n'est pas une image qui valorise le domaine, qui était pourtant souvent cité en exemple. Je partage l'avis de mon collègue, tout le monde est déçu. Mais il y a probablement un manque d'investissement pour maintenir l'outil. C'est un peu triste pour les nombreux visiteurs de Chevetogne quand ils passent devant ce bazar. C'est décevant. On espère qu'il y aura des mesures prises pour l'avenir.

 

La hausse des tarifs 

 

L'autre information qui a fait beaucoup de bruit, c'est l'augmentation des tarifs, votée au Conseil provincial le 4 septembre. De quoi parle-t-on exactement quand on dit "augmentation des tarifs" ?

 

I.J. : Je ne parlerais pas d'augmentation des tarifs, mais plutôt d'un ajustement tarifaire. Les prix des entrées restent identiques à l'année passée. Ce qui augmente, c'est une redevance que nous voulons instaurer pour le parking, de 5 euros. 

 

Cela concerne les entrées d'un jour mais les abonnements et les hébergements ont augmenté. 

 

I.J. : Les pass augmentent aussi, mais sur la base d'environ 3,5 passages en voiture, ce qui correspond à plus ou moins 15 euros en comptant le prix du parking. 

 

Pour être claire, l'abonnement pour les Namurois, les personnes qui habitent la province de Namur, passe de 82 à 100 euros. 

 

I.J. : Soit 18 euros de plus, l'équivalent d'environ 3 passages. En estimant que les Namurois qui viennent au domaine s'y rendent plus de 3 fois par an, c'est rentabilisé à terme.

 

Lors du débat à la province, vous disiez que vous espériez 500.000 euros de recettes supplémentaires avec ces augmentations ?

 

I.J. : Cela concerne l'ensemble : aussi bien les entrées individuelles que les pass, ainsi que l'augmentation pour les emplacements de caravaning. Au total, cela correspond à 450.000 euros, pour donner de la marge à la direction du domaine afin qu'elle puisse faire des réparations, par exemple sur les pagodes ou ailleurs, et disposer de recettes suffisantes pour agir au quotidien. 

La dotation que nous accordons au domaine, qui est pourtant assez conséquente, 4.600.000 euros, ne suffit pas à couvrir tous les frais. Les deux années précédentes, comme je venais d'arriver, la direction demandait en fin d'année une avance sur la dotation de l'année suivante pour payer les salaires ou même les emprunts. C'est ce que nous ne voulons plus. Nous voulons donner des recettes supplémentaires pour qu'elle puisse agir au quotidien, notamment pour des réparations ponctuelles.


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Parmi ces augmentations, celle qui porte sur le caravaning a fait beaucoup réagir. 

 

C.B. : Il augmente de 35 %. Cela représente 550 euros de plus pour le résident, certains étant là depuis de très nombreuses années, avec un taux de remplissage de 90 % sur les 300 emplacements. Le nouveau client paie en plus une indemnité de 150 euros, et s'il part dans l'année, encore 250 euros. J'espère que cela n'aura pas d'impact, mais selon certains échos, des résidents disent déjà : "à ce prix-là, on s'en va." Si 20 % des résidents actuels du camping partent, l'augmentation ne rapportera rien du tout. Enfin, on verra bien.

 

C'est la crainte, on augmente les prix, mais on risque d'avoir moins de monde, et donc, finalement, on n'aura pas plus de recettes...

 

T.N. : Bien sûr. Quand on veut attirer davantage de public, il faut leur offrir une expérience qui les satisfasse. Si, en plus de payer plus cher que l'année précédente, l'expérience ne suit pas, le nombre de visiteurs va fléchir, comme c'est déjà le cas depuis plusieurs années. C'est là qu'est le véritable enjeu aujourd'hui. Si l'on veut redresser la barre au niveau du domaine, il ne faut pas augmenter les tarifs, il faut réinvestir pour l'avenir. Le nombre de visiteurs suivra, et les rentrées suivront également.

 

Isabelle Joiret, sur ce point : la crainte que l'augmentation des tarifs fasse diminuer le nombre de visiteurs, vous en avez tenu compte, j'imagine ?

 

I.J. : Oui, nous avons évalué un risque de recul de 5 %. Mais pour ce qui est du nombre de visiteurs, nous avons justement constaté cette année une hausse de 4,5 %. Les visiteurs continuent donc à venir.

Et pour le caravaning, nous offrons quand même l'occasion aux résidents de disposer d'un espace de 150 mètres carrés, alors qu'ailleurs c'est souvent beaucoup plus petit, autour de 50 mètres carrés. En plus, ils peuvent profiter d'un pass. Le résident peut ainsi venir avec toute sa famille tout au long de l'année et profiter des installations du domaine, que ce soit la piscine ou les 14 plaines de jeux. C'est très vaste.

 

Vous avez le sentiment que vous n'étiez pas assez chers avant ?

 

I.J. : Nous avons fait un benchmarking. Nous nous sommes rendu compte que, pour une offre plus ou moins équivalente, même si on ne peut pas vraiment comparer puisqu'il n'existe nulle part ailleurs le même type de caravaning, nous proposons ici une expérience exceptionnelle, dans un parc de 600 hectares qu'on ne trouve nulle part ailleurs. C'était donc justifié, et je l'assume pleinement.

 

Claude Bultot, le jour du débat au Conseil provincial, vous pointiez particulièrement l'augmentation pour les groupes d'enfants, c'est-à-dire les plaines de jeu, les plaines communales, les mouvements de jeunesse. À certaines périodes de l'année, on passe de 3 à 11 euros pour cette catégorie.

 

C.B. : Je ne suis pas d'accord avec Isabelle sur la façon de procéder avec cette augmentation, mais on ne va pas revenir là-dessus. Ce qui m'a le plus dérangé, c'est que beaucoup de communes organisent, pendant la saison estivale, des plaines de vacances qui viennent souvent à Chevetogne pour une ou deux journées. Cela coûte déjà cher aux communes, entre les cars et le reste. Pour les enfants, c'était 3 euros, cela passe à 11 euros. Je ne comprends pas les mandataires qui siègent au Conseil provincial dans les rangs de la majorité et qui ont cautionné cela. Ça ne tient pas debout, franchement.

 

I.J. : Prenez l'exemple d'une journée type pendant les vacances, pour un jeune qui va à la piscine et dans une plaine de jeux. Le prix d'un ticket à la piscine, à Andenne ou à Walcourt, c'est déjà 5 à 5,50 euros. Le prix d'une plaine de jeux couverte, c'est entre 7 et 9 euros. Si l'on additionne les deux, on est déjà au-delà des 11 euros. Et ici, en plus, on peut bénéficier d'une multitude d'activités. Il faut comparer : tout augmente. Je pense que les prix ici peuvent être discutés. En dessous de 6 ans, c'est gratuit. 

 

C.B. : Il ne fallait pas cibler ce type de fréquentation, c'est aux dépens des communes, aux dépens des plaines. 

 

Vous vouliez une exception pour les plaines communales ?

 

C.B. : Je ne pense pas spécialement aux plaines communales. Toutes les plaines organisées dans les communes pendant les vacances permettent de faire connaître Chevetogne, avec des groupes qui venaient à 3 euros. C'était supportable. Il va falloir répercuter cela sur les parents, pour l'organisation des plaines. Je ne suis pas sûr que beaucoup viendront encore à Chevetogne si cela coûte plus cher.

Vous dites, en matière de tarifs, on s'est simplement rendu compte que le tarif était bas et qu'il fallait réagir ? C'est un peu court comme explication, il faudrait peut-être chercher d'autres formules.

 

 

« La dotation provinciale ne sera pas augmentée »

 

Aujourd'hui, le domaine de Chevetogne, c'est 4,6 millions d'euros de dotation provinciale, pour des recettes situées entre 3,1 et 3,3 millions. Les charges de personnel s'élèvent déjà à 5,3 millions : la dotation ne suffit donc pas à couvrir les charges de personnel.

Qu'est-ce qu'on peut attendre pour 2027 ? Est-ce que la province de Namur va continuer à diminuer sa dotation en disant qu'elle a augmenté les tarifs, ou vous engagez-vous à l'indexer, au moins ?

 

I.J. : La dotation n'a pas encore été discutée, puisque le séminaire budgétaire aura lieu en octobre.

 

Mais vous avez déjà votre petite idée ?

 

I.J. : Je vais plaider pour le maintien, en tout cas, de la même dotation. Nous sommes en majorité, on verra ce qu'il en est. Mais ce que je peux vous assurer, c'est que nous allons investir. Dès 2027, au budget initial, plusieurs millions d'euros seront mis sur la table pour des investissements.

 

En plus de la dotation ?

 

I.J. : En plus de la dotation. J'ai déjà quelques idées sur certains postes que je veux vraiment voir rénovés ou améliorés.

 

Est-ce que cela vous rassure ?

 

T.N. : Pas vraiment. Le maintien de la dotation dans l'état actuel des choses, avec l'inflation et l'augmentation notamment des salaires, c'est en réalité un recul d'une année sur l'autre. Ce n'est pas une augmentation de la dotation. Or, nous sommes confrontés aujourd'hui à un besoin absolument nécessaire d'investir, pour que ce service public, car c'est un service public, le domaine de Chevetogne, continue à exercer sa mission. 

Je reviens un instant sur la question des tarifs, parce que pour moi elle est fondamentale. Vous comparez les tarifs de Chevetogne avec ce qui se passe ailleurs, mais c'est un service public, pour les communes en particulier, pour les familles, pour les parents. Il est normal d'y avoir accès à des montants modestes, qui permettent à chacun d'y avoir accès. C'est notre rôle : on paie pour ça. Avec nos impôts, nous payons ce service public au bénéfice de tout le monde. C'est un effet de redistribution parfaitement normal et légitime. Vous dites que vous ne pouvez pas vous engager aujourd'hui sur les montants pour l'avenir. Moi, je plaide avec fermeté pour qu'on prenne en compte l'ensemble des éléments relatifs au domaine de Chevetogne, qu'on augmente la dotation dès aujourd'hui, et qu'on investisse pour l'avenir, car c'est la condition, sine qua non, pour que les recettes soient meilleures demain.

 

I.J. : La dotation, je peux déjà vous dire qu'elle ne sera pas augmentée, puisque le budget de la province n'est pas extensible. Nous devons financer les zones de secours, les charges de pension. Nous avons de gros postes à financer, donc nous n'allons pas augmenter la dotation. En revanche, nous allons investir, comme je vous l'ai dit au Conseil.

 

Cela veut dire que vous allez investir sur des projets précis ?

 

I.J. : Oui, exactement.

 

T.N. : Je rappelle qu'il y a aujourd'hui 112 millions d'euros de réserves à la province. Nous dormons sur 112 millions.

 

Claude Bultot, sur la dotation ?

 

C.B. : Oui, la dotation, évidemment. Peut-être qu'il ne fallait pas devoir rembourser les 11 millions de subsides que la province ne touchera pas. 

 

I.J. : C'est un autre débat.


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Pour que tout le monde comprenne, il s'agit ici des subsides européens de la Haute École de la Province de Namur qui sont perdus, faute d'avoir réceptionné les travaux dans les temps.

 

C.B. : Les subsides ne seraient pas attribués parce que la province n'a pas fait ce qu'il fallait, je pense. C'est encore très flou, nous aurons l'occasion d'en reparler. 

 

Et pour le PS, quelle serait la dotation idéale ? 

 

C.B. : J'aimerais qu'on se penche sérieusement sur ce dossier. Parce que Chevetogne, c'est un des joyaux, un des bijoux de famille de la province. Ce qu'il en restera demain, on n'en sait rien, tout cela est encore flou. Je pense qu'il faut un consensus là-dessus, au sein du Conseil provincial, sans petites querelles stupides. L'outil est là, il est magnifique, il faut le valoriser, pas simplement en augmentant les tarifs, mais en réfléchissant à le redynamiser autrement. Il y a une dotation, mais il y a aussi tout un impact économique, direct et indirect, lié à la vie de Chevetogne, qui fait travailler des prestataires, qui génère du tourisme dans toute la région, dans les communes de Rochefort et de Ciney. Il ne faut pas se limiter à ça, il faut voir cela dans un contexte beaucoup plus global. Et il y a le service public, là je rejoins mon collègue, je pense qu'on est assez d'accord là-dessus. Et je conclus là-dessus, Madame Joiret : vous l'avez dit, cela a été repris dans la presse, Chevetogne ne deviendra pas une attraction privée déconnectée de son identité. 

 

I.J. : Je confirme.

 

Distinguer service public et missions touristiques

 

Au Conseil provincial, vous disiez qu'il faut distinguer ce qui relève du service public et ce qui relève des missions touristiques. Vous entendez quoi par là ?

 

I.J. : Le domaine provincial de Chevetogne a des missions de service public, comme c'est déjà le cas actuellement : des missions pédagogiques, comme les classes de forêt, les musées... Mais à côté de cela, nous allons développer des attractions, des activités davantage tournées vers un rendement conséquent pour le domaine. Nous avons déjà des concessions pour l'horeca, il faut continuer : nous ne pouvons pas nous permettre de laisser passer ce type d'opportunité.

 

Vous voudriez des concessions pour autre chose que l'horeca au sein du domaine ?

 

I.J. : Les logements, par exemple : on pourrait imaginer des logements insolites, peut-être un peu plus luxueux, dans le cadre des rhodos. Tout est envisagé, et ce sera au consultant de nous guider pour voir exactement ce qu'on peut faire.

 

Pour que tout le monde comprenne bien, il y a, pour l'instant, un gel des investissements à Chevetogne, en attendant les résultats d'une étude menée par un consultant extérieur. Est-ce que je résume trop ?

 

I.J. : Il n'y a pas de gel des investissements, puisque je vous ai dit tout à l'heure que nous allions déjà investir en 2027 sur certains postes ponctuels. Mais effectivement pour les gros postes, l'hébergement, l'horeca, les activités, la mobilité, ce sont des investissements beaucoup plus importants, et là, nous avons besoin d'être accompagnés pour investir au bon endroit, pour savoir exactement où et pourquoi. Reprenons l'exemple des pagodes : allons-nous réinvestir là où l'on sait que cela pose problème, à savoir créer des structures en bois dans l'eau, entourées d'arbres ? Je ne pense pas que ce soit l'endroit adéquat pour refaire ce type de structure.

 

 

Trop d'études, pas assez de décisions, dénonce l'opposition

 

Le reproche de l'opposition, c'est qu'il y a étude après étude, et qu'on ne décide pas ou pas assez vite.

 

T.N. : Cette majorité est en place depuis deux ans maintenant. Des études, il y en a déjà eu par le passé. L'ancienne direction avait déposé un projet. On peut en parler à l'infini mais en attendant, ce projet, le Musée vert, c'était une vision à long terme de ce que pourrait devenir, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, un parc de 600 hectares avec une vocation d'éducation à la nature et à l'environnement. C'était sur la table. Cela a été purement et simplement jeté, de manière peu élégante.

 

On ne va pas avoir le temps de refaire le débat là-dessus. Sur l'étude qui est sur la table aujourd'hui...

 

T.N. : Cela fait un an que cette étude est annoncée. Où en est-elle ? Quand va-t-on commencer ? Je pense que le cahier des charges n'a même pas encore été lancé. Je m'inquiète de savoir où on en est exactement.

 

I.J. : Je peux vous rassurer, monsieur Nagant : le cahier des charges a été lancé. Nous attendons la désignation du consultant d'ici la fin de l'année.

 

T.N. : Alléluia mais d'ici la fin de l'année, cela fait encore trois mois. Puis le temps de l'étude, cela veut dire encore six mois, voire plus. Cela signifie que, dans un an, on ne verra toujours rien venir en termes de recommandations.

 

I.J. : Pour l'été 2027, nous aurons des éléments.

 

T.N. : Nous serons à la moitié de cette législature, et nous n'aurons toujours pas le début d'un commencement de gros investissements, en tout cas, pas  de vision pour l'avenir de Chevetogne. Cela nous inquiète, évidemment, parce que je rejoins ce que disait monsieur Bultot. On pourrait parfaitement se mettre d'accord, je pense qu'on serait assez proches en termes de vision pour l'avenir de ce que doit devenir Chevetogne. Mais il faut, pour cela, qu'on se mette vraiment autour de la table, avec de vrais projets, de vraies idées et de vrais moyens pour y arriver.

 

I.J. : Je suis ouverte à toutes les propositions. On peut effectivement se mettre autour de la table, que ce soit majorité ou opposition, je n'ai aucun souci avec ça.

 

C.B. :  Le titre de vos confrères de "Vers l'avenir" : c'est l'étude de trop pour la province. On a l'impression qu'on reporte, qu'on décale. Il y a déjà eu deux projets, le Musée vert et En-naturons-nous. Il y a plein de choses là-dedans qui mériteraient d'être exploitées. Une troisième étude, comme Thomas l'a dit, on ne va pas réinventer le fil à couper le beurre. On connaît l'ADN de Chevetogne, on sait qu'il doit avoir une vocation de service public. Mais explorons d'autres pistes. On parlait tout à l'heure du caravaning : il y a moyen, à Chevetogne, de faire aussi du caravaning de passage, pour une clientèle mobile.

 

I.J. : C'est dans mes petits papiers. J'ai prévu d'en parler.

 

C.B. :  C'est très bien, il faut les sortir : cela génèrerait des recettes sans devoir toucher aux tarifs.

 

Est-ce qu'on attend trop, finalement, Isabelle Joiret ? Est-ce qu'à un moment donné, il ne faudrait pas trancher ?

 

I.J. : Cette étude "En-naturons-nous" a été réalisée par le personnel, encadrée par la direction. Nous en tenons compte, et le consultant a l'obligation d'en prendre connaissance pour établir ses propositions. L'une des propositions que je vais mettre sur la table dans le cadre du budget 2027 découle justement de cette étude : il s'agit notamment de la création d'un accueil au-delà de la passerelle. 

C'est aussi une petite exclusivité : la passerelle est, pour moi, l'objectif numéro un en matière d'investissement, car je me rends compte qu'elle est complètement dénaturée en termes d'image à l'entrée du parc, ce n'est pas moderne, pas attractif, et en termes de sécurité, je veux m'assurer que tous les visiteurs qui l'empruntent soient en sécurité. La passerelle et l'accueil sont donc déjà deux postes sur lesquels je compte investir. Ainsi que peut-être le caravaning de passage. 

 

Le domaine provincial dans dix ans

 

On sait que l'avenir des provinces est lui-même incertain, mais faisons tout de même un petit exercice de projection. Le domaine provincial de Chevetogne, dans dix ans, pour vous, il doit en être où ? C'est quoi, votre domaine idéal dans dix ans ?

 

C.B. : Je pense que le domaine de Chevetogne doit garder sa fonction de service public et continuer à permettre, on l'a dit, 400.000 visiteurs, à des familles parfois défavorisées, pour qui c'est parfois le seul jour de vacances pour certains enfants, de fréquenter un domaine que tout le monde reconnaît comme magnifique. Mais il doit évoluer. 

Cela prendra du temps avant que les projets importants voient le jour, un an et demi, voire deux ans, on connaît la lourdeur et la lenteur des marchés publics. Mais je crois qu'il y a un outil qui existe déjà ; j'entends qu'il y aura des propositions budgétaires pour investir, c'est très bien. Il ne faut pas revivre l'expérience des pagodes, même si ce n'est pas si dramatique : il y a des hébergements qui ont besoin d'entretien. Les structures ont l'âge qu'elles ont, c'est normal, cela vieillit, mais le public est en droit d'attendre autre chose. Je crois qu'il faut aussi, avant de dépenser énormément d'argent public, et là, c'est une opinion que j'assume personnellement, envisager d'associer le privé sur certains points.

 

Cela veut dire que le PS n'est pas fermé aux partenariats ?

 

C.B. : Je ne parle pas au nom du PS, je parle en mon nom personnel. Je l'ai dit, mais je pense que, dans certains métiers, il ne faut pas empiéter sur le métier d'un autre. Il faudra, dans ce cas, des conventions claires et nettes de location, de redevance : que le privé investisse, gagne sa vie, très bien, mais il faut un retour pour la province dans cette histoire.

 

Thomas Nagant, même question : l'avenir du domaine, dans une échéance de dix ans, une ouverture vers le privé vous paraît-elle souhaitable, à vous aussi ?

 

T.N. : D'abord et avant tout, un service public qui s'assume pleinement, qui est beau, qui doit rester beau, qui doit rester accessible au plus grand nombre, et qui doit aussi être un refuge climatique. On voit à quel point c'est fondamental aujourd'hui. Je voudrais d'ailleurs vous féliciter pour une chose : vous avez ouvert la piscine deux week-ends avant la saison, en pleine canicule. C'était possible, c'était faisable, et c'était déjà une première amorce de quelque chose de positif. Je pense qu'il faut continuer dans cette direction, on en aura davantage besoin encore. Les 600 hectares de nature, on a vu à quel point ils ont été indispensables en 2021, lors des inondations : ils ont servi d'éponge, ils ont permis d'éviter des crues en aval du domaine, alors qu'à Rochefort, toute la région était sous eau. Cela sert donc aussi à quelque chose, ce genre d'espace naturel : c'est ce qu'il faut maintenir. 

Je n'ai pas non plus de tabou sur la participation du privé. Il y a déjà, d'ailleurs, une participation privée à certains égards dans le domaine aujourd'hui, notamment à travers les concessions de l'horeca. On peut parfaitement envisager que le privé joue son rôle, à condition que cela reste un service public de qualité, ouvert à tous.

 

Même question pour vous, Isabelle Joiret. Il y a eu, rappelons-le, la crainte que la province ne veuille purement et simplement vendre le domaine. On n'est pas du tout dans cette philosophie-là ?

 

I.J. : On n'est pas du tout dans cette optique. Moi, je rêve d'un domaine qui reste toujours ouvert sur la nature, idéalement autoportant. 

 

Autoportant, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'il n'y aura plus de dotations ?

 

I.J. : On verra, dans dix ans, ce que cela donnera. Mais je rêve d'un domaine qui puisse toujours faire rêver, où les visiteurs peuvent se ressourcer, je pense notamment à la santé mentale de nos citoyens : on a besoin d'endroits comme Chevetogne pour souffler, pour se ressourcer au calme. 

 

Pour conclure là-dessus : c'est votre engagement, pour la fin de la législature, de maintenir Chevetogne au moins là où il en est aujourd'hui ?

 

I.J. : Non, je veux le faire évoluer, investir, pour qu'il puisse continuer à être le magnifique parc que l'on connaît.

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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