Le conseil communal de Ciney a été le théâtre hier d'un incident rare: l'entièreté de l'opposition a quitté la séance pour protester contre la conduite des débats par le bourgmestre Frédéric Deville.
Non, la législature ne sera pas tranquille. Ce lundi, le conseil communal de Ciney s'est achevé dans la confusion. Peu avant minuit, en fin de séance, les questions d'actualité ont été posées par le conseil.
Ces questions ne sont pas des points complémentaires à proprement parler: il s'agit de questions orales sur des éléments survenus depuis le dernier conseil communal.
Trois questions ont été posées, en fait. Deux questions posées par l'opposition: une d'Ecolo sur le timing du déménagement du CPAS, une d'Action sur un possible défaut de mise en concurrence. Ces deux questions n'ont pas obtenu de réponses: la présidente du CPAS et la Première Echevine ont indiqué ne pas disposer des éléments pour réagir et réservent leur réponse au prochain conseil.
Et on reparle du voyage à la mer
La dernière question a été posée par un membre de la majorité ICI, Joseph Jouan. Comme elle concernait un fait qui n'était plus d'actualité, à savoir le voyage à la mer offert par ICI aux familles bénéficiaires du CPAS survenu cet été, le bourgmestre Frédéric Deville semble hésiter à l'accepter. Devant l'insistance de Joseph Jouan, qui évoquait de nouveaux éléments dans la presse, elle a été prise en considération.
Pour rappel, Action et Ecolo ont interpellé la ministre de Tutelle sur ce qu'ils estiment être une utilisation illégale de personnel public pour un événement privé, à savoir un voyage offert par la liste ICI.
> Pour relire ces éléments: "ICI accusé de faire sa pub sur le dos des citoyens démunis"
Le point ne devait plus être abordé au conseil communal mais Frédéric Deville tenait visiblement à y revenir. En effet, après quelques secondes de réponse de sa part, il est devenu clair que la réponse de Frédéric Deville, mélangeant vidéo, projection de photos et de mails, était soigneusement préparée, contrairement à ce qu'il avait laissé penser.
Sur le fond, Frédéric Deville a produit l'invitation envoyée par le CPAS aux bénéficiaires du voyage pour bien montrer qu'il s'agissait d'un événement organisé par le CPAS et qu'il n'était pas fait mention d'ICI. Il a aussi produit la preuve de son paiement personnel pour cette excursion.
Vidéo et effet comique
Il ne s'est pas arrêté là: il a aussi produit des mails de Jean-Marie Cheffert et une invitation au bal du bourgmestre pour démontrer que sous l'ancienne législature, le personnel communal était aussi mis à contribution. Enfin, il a montré une vidéo d'interview de Frédéric Botin à Matélé, en passant un passage en boucle dans l'intention évidente de créer un effet comique.
Après quelques minutes d'exposé du bourgmestre, Patrick Dupriez (Ecolo) a voulu prendre la parole et s'est fait couper par le bourgmestre, ce qui a provoqué le départ immédiat d'Ecolo, puis d'Action.
"Un homme averti en vaut deux"
Frédéric Deville, a conclu son intervention en annonçant son intention de se mettre "au niveau de l'opposition", le tout sous les applaudissements du public:
Nous répondrons à chacune de leurs attaques malintentionnées et croyez-moi, nous avons le stock pour 5 ans. Je terminerai par cet adage: un homme averti en vaut deux.
Joseph Jouan a sans doute compris l'allusion; il a exprimé sa hâte d'assister aux prochains conseils communaux:
Quelque chose me dit que vous avez encore quelques surprises.
"Une mascarade", "une mise en scène"
Suite à l'incident, Patrick Dupriez (Ecolo) a expliqué son départ par le "manque de respect" de la part du bourgmestre:
C'est une mascarade. On prend le conseil en otage avec un show. Pourquoi cette fausse question orale, que l'on fait semblant de refuser, puis d'accepter, pour nous asséner ce show bien préparé? C'était juste pour se f... de nous.
Frédéric Botin (Action) abondait en ce sens:
C'est une mise en scène. Sur trois questions orales, une n'est plus du tout d'actualité mais est gardée pour permettre au bourgmestre de faire son show, alors que deux questions, réelles celles-là, de l'opposition, n'ont pas obtenu un début de réponse. Nous ne pouvons pas accepter. On confisque le conseil, on interdit aux conseillers d'exercer leur droit de poser des questions, mais le bourgmestre n'accepte pas la contradiction.
Anne Pirson, échevine de la communication, a aussi réagi à cette sortie:
Ils se sont fâchés parce qu'on ne répondait pas à leurs questions, mais on a remarqué depuis le début que ces questions sont très tendancieuses et visent à mettre la majorité en difficulté sans but constructif. Le nouveau règlement nous permet de répondre à ces questions lors du conseil suivant et nous ne faisons qu'appliquer ces règles acceptées par tous. Nous sommes une majorité à l'écoute, mais nous avons pu constater lors de l'avant-dernier conseil que ce côté constructif n'est pas partagé par l'opposition. Et pour la suite, la confiance, il faudra qu'elle se regagne petit à petit.
Sur le fond, à savoir la question de la mise à disposition de personnel pour un événement politique, Anne Pirson a ajouté:
Leur attitude est celle du "Courage, fuyons". Dès que le bourgmestre a mis en lumière des pratiques du passé, ils sont sortis: ce n'est pas respectueux des électeurs.
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