Culture

Covid : cinq ans après, le secteur culturel s'est-il relevé ?

publié le:17/03/2025 15:14:00 - mis à jour: 17/03/2025 18:05:19

Ce 17 mars marque les cinq ans du début du confinement. Forcés de rester à la maison, de nombreux secteurs ont été mis à l’arrêt, notamment celui de la culture, empêché puis déconfiné sous conditions.

Cela fait cinq ans que le pays a été confiné pour faire face à la pandémie de coronavirus. Parmi les secteurs les plus touchés : celui de la culture. Confinés, déconfinés, reconfinés… Le retour à la normale n'a été possible que deux ans plus tard, cette situation a fragilisé le secteur. Aujourd'hui, en 2025, nous faisons le point sur ce qu'il reste de cette période avec Carine Dechaux, ex-directrice du centre culturel de Rochefort, et Patrick Masset, auteur et metteur en scène.

 

Est-ce que vous percevez encore dans votre métier aujourd'hui des traces de ce qu'il s'est passé ?

Patrick Masset : Oui, bien sûr. La chose la plus évidente, c'est que cette crise a profité aux riches, comme d'habitude, et aux plus structurés, au détriment des artistes et des techniciens. Tout tournait à vide. Les artistes ont préparé l'avenir de l'intérieur, ce qui était une catastrophe vu les embouteillages qui ont suivi. Ils avaient tellement préparé de productions à venir que les durées de programmation étaient beaucoup plus courtes. Les compagnies ne sont plus très visibles, et les techniciens non plus.

 

Carine Dechaux : Oui, tout à fait. Moi, j'ai envie de dire que ce qui n'a pas changé, c'est la remise en question du caractère essentiel de l'art, des artistes, de la culture au sens large. Il suffit de se rappeler ce qui s'est dit sur les ondes, dans la presse, par certains politiques, il y a très peu de temps. On remet vraiment en doute ce pourquoi on a dû se battre il y a cinq ans : continuer à exister et faire exister des artistes. On l'a fait de mille façons possibles, en prenant parfois des risques, en étant souvent sur la ligne entre la législation et l'interdit. Mais on a fait tout ce qu'on pouvait, dans pas mal d'endroits, pour soutenir ce qui était soutenable. On luttait contre un arbitraire qui faisait croire que c'était dans les salles que le danger subsistait.

 

Est-ce qu'on a changé son mode de consommation de la culture ?

Carine Dechaux : Je pense qu'il y a beaucoup de choses qui ont changé, en bien et en mal. Pour énormément de personnes, il y a eu une difficulté à revenir dans une salle, où l'on avait tellement mis en évidence les dangers. Mais en même temps, de nouvelles habitudes se sont créées : à travers la télévision, mais aussi dans des lieux plus sauvages, moins étiquetés institutionnellement. Beaucoup de gens ont inventé des lieux, des fêtes pour se retrouver autour de manifestations culturelles et artistiques.

 

Patrick Masset : J'ai un avis assez catégorique là-dessus. Selon l'Observatoire de politique culturelle en Belgique et en France, 7 à 11 % des habitants majeurs en Belgique et en France vont au théâtre, à l'opéra, au cinéma, etc. Voilà déjà un début de réponse sur lequel les politiques, qu'ils connaissent ou non le sujet, s'appuient. Il y a un travail réel à faire. De plus en plus d'écoles forment de nouveaux artistes et techniciens, il faut leur donner du travail. Là, il y a un gros problème à mes yeux.

 

Après la pandémie, la crise énergétique revoit-elle le budget des ménages alloué à la culture ?

Carine Dechaux : On a vraiment perçu une crainte et une difficulté pour la population d'investir un peu de moyens. Il y avait une peur, mais aussi une réalité financière pour de plus en plus de familles, même avec des tarifs très démocratiques. C'est aussi un signe symbolique : c'est souvent là qu'on rabote en premier.

 

En tant qu'auteur et metteur en scène, produisez-vous de la même manière qu'avant cette période ?

Patrick Masset : Il faut tout réinventer, surtout que les enveloppes sont bouclées. Il n'y a plus de budget en culture, certains parlent même de les supprimer. Je ne sais pas comment ils vont faire, donc ça fait peur. Mais il faut réinventer une nouvelle manière de produire. Par contre, dans notre compagnie, on garde une ambition énorme. On va faire une production. Il ne faut pas plier le genou devant le pouvoir ni devant les peurs. Il faut faire face, inventer une manière de résister, d'exister, de vivre dignement et de partager en groupe.

 

Carine Dechaux : J'ai envie de doubler le terme de résilience avec la notion de résistance, et avec une notion qui m'est très chère depuis toujours : la militance. Si, dans nos métiers de la culture, on conjugue cette résistance et cette capacité de se réinventer en permanence avec une vraie volonté d'aller au combat, de faire savoir la situation de la culture et de tenir bon, alors c'est ça, la militance.

 

Quel est l'avenir de la culture selon vous ?

Patrick Masset : Il y a une forme de provocation dans la nomination de la nouvelle ministre de la Culture, à qui on a donné environ sept portefeuilles. Ils ont déjà frappé un coup énorme. Passez une journée sans musique, et au deuxième jour, vous faites de la dépression… C'est aux artistes aussi de se former en continu, de travailler beaucoup plus, et dans des conditions difficiles. Mais bon, tout le monde a du mal, et tout le monde va avoir de plus en plus de mal. Je ne vois pas ça comme une période noire, mais comme une manière, encore une fois, de rester debout et de transmettre un exemple à la génération qui suit.

 

Carine Dechaux : Je ne vois d'avenir que dans l'alliance entre les différents acteurs de la culture et dans la résistance. De manière concrète, je ne sais pas. Mais je mise beaucoup sur la résistance des artistes, pour continuer à construire des projets et à parler du monde. Et d'autre part, je compte sur la capacité de la société et de la population à reconnaître que l'art et la culture sont des moyens de regarder le monde autrement, de l'explorer et peut-être d'en inventer d'autres formes.

Fiorine Guéry, Journaliste
fiorine.guery@matele.be

 
 

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