Enseignement

Décret-programme : la colère du monde de l'enseignement ne faiblit pas

publié le:30/05/2026 12:31:00 - mis à jour: 31/05/2026 17:32:16

Le permanent syndical de la CSC-Enseignement, Hugues Demily, revient sur la colère du secteur face au décret-programme et les actions menées dans les écoles.

Ce vendredi matin, devant La Providence à Ciney, une dizaine de professeurs ont tenu un piquet de grève. Une action qui fait suite aux nombreuses mobilisations cette semaine dans la région, notamment la semaine complète de grève à l'Institut Saint-Joseph de Ciney. De toutes parts, les enseignants protestent contre le décret-programme qui sera voté le 10 juin prochain. Depuis plusieurs jours, le mouvement s'intensifie tant du côté des enseignants que des élèves ou encore des directions. On fait le point sur la situation avec Hugues Demily, permanent syndical CSC-Enseignement.


Peut-on rappeler quelles sont les revendications et les inquiétudes du secteur qui les poussent à faire grève ?

Hugues Demily : Nous avons un certain nombre de revendications qui sont toujours les mêmes puisque nous sommes face à un mur. Personne ne veut négocier avec nous. En premier, la réduction des budgets qui vont toucher directement les élèves, à savoir la baisse de ce qu'on appelle la gratuité des fournitures scolaires. Des repas complets étaient organisés et distribués dans des écoles où, malheureusement, on a une population plus défavorisée. Mais ces repas vont être réduits à portion congrue puisqu'on va passer d'un budget de 3,50 € à peu près à 55 centimes pour nourrir un enfant. Ensuite, on a dans l'enseignement supérieur une hausse du minerval. On a également une hausse des seuils de réussite, puisqu'elle veut faire passer toutes les épreuves externes à 60 %, alors que jusqu'à présent elles étaient à 50 %. (...) Dernier élément aussi important : les attaques contre les enseignants eux-mêmes, tous les gens qui travaillent dans l'enseignement. Une augmentation de la charge de travail de 10 % pour le degré supérieur de l'enseignement secondaire.

Quand on vous entend, on comprend que ça touche vraiment toutes les sections. Cela concerne tous les élèves, peu importe leur âge ?

Hugues Demily : On se rend compte que cette colère grandit petit à petit tous les jours parce que les enseignants sont vraiment méprisés par les mesures qui sont prises et qui vont dégrader, bien entendu, les conditions de travail des enseignants et, par effet de cascade, vont aussi dégrader les conditions de travail des élèves. Un enseignant heureux, ça fait un élève heureux en classe.

Cette semaine, on a eu le premier piquet de grève ici dans l'arrondissement de Dinant, c'était à l'Institut Saint-Joseph à Ciney. Une grève dans une école, ce n'est pas historique ?

Hugues Demily : Non, mais c'est vrai que des piquets devant l'école, ce n'est pas chose courante. On sait que l'école, c'est quelque chose de fondamental dans notre pays et donc on essaie de protéger nos écoles. Mais ici, bien entendu, vu ce qui nous tombe sur la tête, les profs doivent réagir et malheureusement, la solution ultime, c'est la grève et les piquets. Alors c'est clair qu'on essaie aussi de trouver d'autres actions qui sont bien entendu moins impactantes pour les élèves.

D'ici le vote, le 10 juin prochain, est-ce qu'on pourrait imaginer peut-être que toutes les écoles se mettent en grève ?

Hugues Demily : C'est tout à fait possible. On n'impose pas la grève. Ce sont franchement nos profs qui reviennent vers nous en disant : « Voilà, nous, on n'en peut plus. Il faut qu'on marque le coup. On part en grève. »

Par rapport à cette réforme, le secteur ne dit pas non. Est-ce qu'il propose aussi des solutions ?

Hugues Demily : Oui, mais le problème, c'est que nous sommes face à un mur. Madame Glatigny prétend qu'elle fait des concertations. Mais si vous arrivez en concertation et que vous vous rendez compte que vous ne pouvez rien décider, ça n'avance pas. Et donc oui, nous avons d'autres propositions. Sur le CDIE, on a proposé une solution alternative comme le font nos collègues germanophones, à savoir qu'ils proposent un contrat en deux temps. D'abord un contrat à durée déterminée, le temps qu'ils aient un emploi à l'année, puis après un certain temps, ils sont nommés.

D'ici au 10 juin et peut-être par la suite, qu'est-ce qui est prévu concrètement ?

Hugues Demily : Alors ici, bien entendu, on attend le retour du Conseil d'État puisque le décret-programme a été envoyé au Conseil d'État en urgence. Nous serons prêts à réagir dès que nous aurons l'information. Nous mobiliserons nos troupes. Nous sommes ouverts à tout, bien entendu. Mais ce décret doit passer à la trappe. C'est imbuvable.

Fiorine Guéry, Journaliste
fiorine.guery@matele.be

 
 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30