Enseignement

ENTRETIEN | « Rien n’est résolu » : la colère des enseignants n'est pas retombée avec la rentrée

publié le:31/08/2026 11:30:00 - mis à jour: 01/09/2026 10:37:24

Après un printemps marqué par la contestation syndicale, quatre enseignants témoignent de leur rentrée : entre plaisir de retrouver leurs élèves et colère intacte face à la réforme de l'enseignement.

Après un printemps marqué par la contestation syndicale, et dans certaines écoles par plusieurs semaines de grève, la rentrée s'est déroulée normalement partout mais ne faudrait pourtant pas en déduire que la colère des enseignants est retombée. Pour preuve, dans certaines écoles liégeoises, le mouvement a déjà repris. 

Si la protestation vise la réforme de l'enseignement voulue par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le malaise est plus large. Fatigue, sentiment de mépris, perte de sens : le métier d'enseignant ne fait plus rêver.

 

Comment les professeurs abordent-ils cette nouvelle année scolaire ? Nous avons invité quatre d'entre eux, parmi ceux et celles qui avaient manifesté au printemps dernier : Valériane Frippiat, professeure de français en 4e secondaire, qui encadre également les rhétoriciens dans leur projet d'orientation ; Solenn Hernalsteen, professeure de français dans le degré inférieur ; Alexandra Lahaut, professeure de religion bien que formée pour enseigner le français ; et Christophe Gilet, professeur de chauffage et délégué syndical à l'Institut Saint-Joseph de Ciney.

 

Solenn Hernalsteen, Christophe Gilet, Valériane Frippiat, Alexandra Lahaut

 

Quel est votre état d'esprit, quelques jours après la rentrée ? 

 

Valériane Frippiat : Mon état d'esprit est plutôt mitigé, mi-figue mi-raisin. Je suis enchantée de retrouver mes élèves et ma classe : quand on est passionné, c'est quelque chose qu'on attend, la rentrée scolaire. Mais en même temps, ma colère ne s'est pas éteinte par rapport aux réformes, et par rapport à la fin de l'année dernière, qui a été très difficile à de nombreux points de vue. C'est vraiment un état d'esprit très mitigé.

 

Alexandra Lahaut : Oui, tout à fait. Cette rentrée, c'est un mélange de plein de sentiments : du malaise, toujours de la colère, parce qu'on garde en tête la manière dont ces réformes sont passées. Et puis, d'un autre côté, on est quand même content de retrouver les collègues et les élèves. On essaie de faire en sorte que ça se passe de manière sereine, mais il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas le cas actuellement.

 

Christophe Gilet : Moi, je dirais tendu et stressant. Stressant parce qu'encore aujourd'hui, on ne sait pas exactement, pour tous les enseignants, le nombre d'heures qui va leur être attribué.

 

Il y a, encore aujourd'hui, dans votre école, des enseignants qui ne savent pas de quoi leur année sera faite ?

 

Christophe Gilet : J'ai les chiffres. On a par exemple neuf enseignants qui n'ont pas encore leur temps plein, alors qu'ils l'avaient les autres années. Donc, par rapport à ce que disait Madame Glatigny, on a quand même des heures en moins. 

Il faut savoir que chaque année, on accueille généralement une quinzaine de nouveaux enseignants. Cette année, on est à trois et on ne saura pas en accueillir plus. Ces accueils s'expliquent par le fait que d'autres enseignants prennent des congés, passent à quatre cinquièmes temps, tombent malades, etc. On peut donc normalement faire entrer une quinzaine de nouveaux enseignants dans l'école. Cette année, on est à trois, ce qui veut dire que plus les années vont avancer, moins de nouveaux enseignants pourront intégrer l'école.


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Vous êtes peut-être la plus jeune autour de cette table. Quel est votre état d'esprit à vous, pour cette rentrée ?

 

Solenn Hernalsteen : Je partage le même avis que mes collègues, un avis totalement mitigé. Je suis très heureuse de retrouver mes élèves et mes collègues, enfin, ceux qui restent, pour certains, puisqu'en rentrant ici le 24 août, j'ai découvert qu'une partie de mes collègues n'était plus là. Ça s'est appris sur le tard, comme à chaque fois. Il y a donc cette incertitude qui plane autour de l'école, et c'est vraiment inconfortable de travailler dans cette atmosphère.

 

Le passage à 22 heures : une demi-journée de travail en plus

 

Ce qui a peut-être cristallisé le plus la colère des enseignants au printemps, c'est le passage de 20 à 22 heures pour les enseignants du secondaire supérieur, donc en 4e, 5e et 6e. Qu'est-ce que ça change concrètement ?

 

Valériane Frippiat : Il faut vraiment bien expliquer aux gens que ces deux heures supplémentaires sont deux heures face classe. Qu'est-ce que ça représente, deux heures face classe en plus pour un enseignant ? Au minimum, une classe supplémentaire. Une classe supplémentaire, c'est entre 26 et 28 élèves de plus à suivre, 28 profils différents qu'il faut mener à la réussite autant que possible. 

Ça demande évidemment des corrections supplémentaires, du temps administratif en plus, du temps de concertation entre collègues en plus. Il faut vraiment que les gens comprennent que ce ne sont pas deux heures supplémentaires : quand on a deux heures en plus dans son horaire, il faut compter à peu près cinq heures de travail en plus par semaine. Et ça, c'est gratuitement une demi-journée de travail supplémentaire.

 

Il y a aussi des conséquences sur le quotidien des professeurs. Vous en êtes peut-être un bon exemple, Madame Lahaut : vous êtes professeure de français à la base, et aujourd'hui vous ne donnez plus que religion. Comment cela se fait-il ?

 

Alexandra Lahaut : Je fais partie des chanceux qui ont réussi à conserver un temps plein. Il n'est pas tout à fait exact de dire que je ne donne plus du tout de français : il ne me restait que quatre heures de français ici en début d'année. J'ai donc dû compléter avec de la religion pour rester à temps plein. Madame Glatigny dit qu'on peut retrouver du travail dans un rayon de 30 kilomètres, mais dans toutes les écoles alentour, aucune ne proposait de français. J'ai donc dû accepter de donner religion. Je m'estime chanceuse de pouvoir rester à temps plein dans mon école, ce n'est pas le cas de tout le monde, mais je donne le même nombre d'heures de cours que l'année dernière, en donnant un cours qui n'est pas le mien à la base.

 

Cela veut dire qu'au final, on a peut-être des professeurs moins motivés, qui ne donnent pas la matière pour laquelle ils ont été formés. Vous avez choisi de devenir professeure de français, pas de religion : estimez-vous qu'il y a un danger de perte de sens dans votre travail ?

 

Alexandra Lahaut : Inévitablement, on perd un peu de motivation. Je ne dis pas que je suis rentrée cette année avec la motivation que j'ai habituellement. C'est un cours que je donnais déjà un peu avant, mais de manière plus modeste. Je suis déçue de ne pas pouvoir disposer des heures pour lesquelles j'ai été formée. Et à l'inverse, il faut aussi pouvoir motiver les élèves tout en gérant sa propre motivation. C'est tout le défi.

 

Vers de nouveaux mouvements de contestation ?

 

Cette semaine, on a vu que le mouvement était reparti dans certaines écoles, plutôt du côté de Liège. Faut-il s'attendre à voir le mouvement repartir comme au printemps dernier ?

 

Christophe Gilet : Il est clair que rien n'est résolu, ça, c'est sûr. Ce que nous voulions, en tant que délégué syndical, c'était vraiment rentrer sur de bonnes bases, en toute sérénité, retrouver les élèves. C'était très important. Pour les élèves, pour les parents : il fallait qu'on rentre dans de bonnes conditions. 

Maintenant, il est clair, on le voit déjà à Liège, que ça redémarre. Il y a une réunion avec Madame Glatigny le 1er septembre, à la suite de laquelle il est clair qu'on va continuer. Sous quelle forme, je ne le sais pas encore exactement, mais des choses se mettent déjà en place, et d'autres se sont mises en place pendant les vacances aussi. Il ne faut pas l'oublier, parce qu'on a tendance à dire qu'on ne fait rien pendant les vacances. Cette première semaine est une semaine de sérénité, mais après, ça va continuer.


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Et vous attendez quoi, aujourd'hui, de Valérie Glatigny, ou du gouvernement de manière plus large ? La réforme a été votée. Voulez-vous qu'on revienne en arrière, ou est-on désormais plutôt dans les modalités d'application de cette réforme ?

 

Christophe Gilet : Pour moi, revenir en arrière, oui, c'est encore possible.

 

Valériane Frippiat : On a engagé un recours devant la Cour constitutionnelle.

 

Christophe Gilet : Ce qu'il faut savoir aussi, c'est qu'il est un peu facile, je trouve, même si elle a fait des visites d'écoles, de décider et de prendre des décisions sans venir réellement sur le terrain. 

 

Valériane Frippiat : Mais surtout, sans nous écouter, comme depuis le début. C'est aussi ce que je reproche à Madame la ministre : on a été des centaines, depuis plus d'un an maintenant, à hurler notre désarroi et à lui dire qu'elle se trompe, qu'elle ne se rend pas compte de l'impact de ces réformes. Jamais, jamais, jamais elle ne nous a écoutés. Alexandra et moi, et d'autres collègues, l'avons aussi interpellée personnellement sur les réseaux sociaux. Et tout ce qu'elle nous répond, ce sont des éléments de langage, répétés et re-répétés dans les journaux télévisés, dans la presse, etc. C'est vraiment ça qu'on attend.

 

Où trouver les économies ?

 

Le discours porté par le gouvernement, c'est que les réformes sont nécessaires parce que la Fédération Wallonie-Bruxelles est exsangue, et que l'enseignement est le plus gros poste de dépenses. Imaginez-vous des réformes alternatives, ou une autre façon de travailler, pour arriver quand même à des économies dans l'enseignement ? Ou ce n'est pas là qu'il faut chercher ?

 

Solenn Hernalsteen : On peut entendre qu'on parle d'économies, c'est un fait. Mais là où on ne comprend pas, c'est qu'on ajoute deux heures supplémentaires à mes collègues du degré supérieur. Mais de notre côté, pour les temporaires prioritaires de l'inférieur, c'est-à-dire des enseignants qui ont accumulé un certain nombre d'heures, certains ne prestent plus d'heures en classe parce qu'il n'y en a pas, et on ne va pas en inventer. Mais ils continuent quand même à être payés, jusqu'au 31 décembre je pense. Mais alors, où est l'économie ?

 

C'est une période transitoire. Les économies devraient commencer en janvier. 

 

Solenn Hernalsteen : Elles commencent en janvier, mais vu le désordre qu'on rencontre dans les écoles aujourd'hui, on peut supposer que cette période va se poursuivre. Après le 31 décembre, on va perdre énormément d'enseignants, or on ne peut pas tous les perdre non plus, ce n'est pas possible.

 

J'en reviens à ma question : que faudrait-il faire aujourd'hui, selon vous qui êtes sur le terrain tous les jours, pour arriver malgré tout à faire des économies ? Ou alors dites-moi qu'il n'y a pas d'économies à faire dans l'enseignement.

 

Solenn Hernalsteen : Madame la Ministre parle souvent des pays scandinaves, dont les résultats sont meilleurs que les nôtres. Mais il faut savoir que dans ces pays, dès qu'il y a un peu de budget disponible, on l'injecte dans l'enseignement. Ici, on nous demande l'excellence, puisque c'est le pacte d'excellence, même s'il a été un peu revu, mais on nous demande l'excellence avec zéro moyen.

On nous même retire des moyens. C'est toujours mieux, mais avec moins. C'est comme si on présentait une nouvelle voiture de course, une super voiture, mais avec le moteur d'une deux-chevaux et le budget d'une cacahuète.

 

Alexandra Lahaut : Et ce pacte d'excellence, pour le mettre en place, des moyens ont été alloués pour consulter des experts, des contre-experts… 

 

Vous voulez dire que l'argent n'est pas au bon endroit ?

 

Alexandra Lahaut : C'est ça, il est mal placé, mal investi. Finalement, on n'en voit pas la couleur en classe, de ce pacte d'excellence. Il a été très mal investi, ça a créé un déficit de 300.000 euros sur x années depuis qu'il est actif. Et maintenant, cet argent, on essaie de le récupérer sur notre dos. Des économies dans l'enseignement, oui, peut-être, mais d'une autre façon. Je pense qu'il y a d'autres secteurs où on pourrait aller chercher, et pas viser uniquement l'enseignement.

 

Valériane Frippiat : Ce qui me révolte vraiment, c'est que quand on regarde le site de la Fédération, il y a la liste de toutes les réformes en matière d'économie, par secteur, et c'est flagrant : c'est l'enseignement qui paie le prix fort.

 

Mais c'est l'enseignement le plus gros poste budgétaire.

 

Valériane Frippiat : C'est sur l'enseignement qu'on va serrer la vis le plus fort. Et le deuxième poste, c'est la santé. Je ne comprends pas. Quand on est en déficit, qu'on a une dette, on fait tous partie de la même société, l'enseignement doit faire sa part, etc. Mais je ne comprends pas qu'on décide d'aller chercher de l'argent prioritairement dans l'enseignement et dans la santé. Je n'arrive pas à comprendre ça.


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Le métier fait-il encore rêver ?

 

On a parlé de cette réforme, qui cristallise votre colère aujourd'hui. Mais j'ai l'impression que le malaise est plus large au niveau de l'enseignement. On avait coutume de dire que c'était le plus beau métier du monde. Est-ce que c'est un métier qui fait encore rêver, finalement ? 

 

Madame Frippiat, vous encadrez les rhétoriciens dans votre école, pour réfléchir à leur future orientation. Y a-t-il des rhétoriciens aujourd'hui qui disent : moi, j'ai envie d'être prof ?

 

Valériane Frippiat : Certains d'entre eux, très peu. Si on parle statistiques, nous avons 200 rhétoriciens, et ils sont très peu à vouloir suivre des études dans l'enseignement. Mais il y en a toujours. 

Quand on a eu les grèves l'année passée, quand le climat commençait à être un peu tendu, les élèves en classe nous posaient la question : « Madame, est-ce que vous êtes toujours contente d'être là ? Est-ce que vous aimez votre métier ? » La réponse que je donne, c'est que ça reste le plus beau métier du monde, malgré tout, parce que c'est un métier de passion, et qu'on est là d'abord pour nos élèves, en priorité pour eux, pour les faire grandir, mûrir, évoluer, pour les élever. Mais on ne peut pas se sacrifier non plus, et on ne peut pas oublier qu'on est aussi des travailleurs qui avons des droits et le droit de les défendre. 

 

Christophe Gilet : A la fin de l'année, je trouve qu'on a été très soutenus par les élèves dans nos mouvements et par les parents. Évidemment, il y en a toujours qui ne sont pas d'accord, mais il y a énormément de parents qui nous ont soutenus, d'élèves qui sont venus avec nous montrer leur mécontentement, qui apportaient des boissons, etc. Donc ce n'est pas que les enseignants qui se plaignent, c'est quand même général.

 

Alexandra Lahaut : Parmi les jeunes qui essaient de devenir profs, il y en a beaucoup qui arrêtent au bout d'un an ou deux, parce qu'ils se rendent compte que le métier n'est pas fait pour eux, que c'est un métier de passion. Or ces réformes ont pour conséquence une grosse démotivation chez les jeunes enseignants qui, comme moi, se projetaient de faire une carrière entière dans l'enseignement. On est cette jeune génération motivée à rester jusqu'au bout, et c'est nous qui sommes touchés en premier. 

La semaine dernière, alors que je n'avais que dix heures, avant que ma situation ne se stabilise, mon compagnon m'a demandé : « Est-ce que tu as encore envie d'être prof ? » Je lui ai répondu que je ne savais pas, que je ne pensais pas. Puis ma situation s'est stabilisée, je suis contente, je retrouve le sens en revoyant mes élèves, et la passion revient. Mais c'est un coup dur pour la motivation, c'est certain. Est-ce que ça fait encore rêver ? Sur le long terme, cette situation ne me fait pas rêver du tout. J'espère que ça va se stabiliser, mais je ne me projette plus sur une carrière complète dans ce métier. Je ne le visualise plus, en tout cas.

 

Les enseignants, tous des fainéants ? 

 

Est-ce que ce regard que la société porte parfois sur le métier d'enseignant pèse aussi sur votre motivation ? Au moment des grèves au printemps, il n'y avait pas que du soutien, notamment sur les réseaux sociaux, il y avait parfois, j'ai envie de dire, beaucoup de mépris. Le professeur toujours en vacances, qui râle parce qu'on lui ajoute 50 minutes... 

 

Christophe Gilet : Ça pèse, c'est clair. Ce que je dis toujours, c'est que les personnes qui vont sur les réseaux sociaux, en fait, on ne tient pas compte de toutes celles qui sont d'accord avec nous. Voilà, les gens qui sont d'accord avec nous ne vont pas se manifester sur les réseaux sociaux ; en revanche, ceux qui ne sont pas d'accord vont écrire que nous sommes des fainéants. 

 

Avez-vous l'impression d'avoir le soutien de la société ?

 

Christophe Gilet : C'est ma dix-huitième année d'enseignement. Déjà la première année, j'étais un fainéant. En tant qu'enseignant, on est des fainéants : on entend toujours le même discours. Pour ma part, j'ai toujours aimé enseigner, depuis le début. Quand je pars en vacances, je suis content de revenir, et je ne dis pas ça pour faire plaisir. Mais c'est la première année que je me dis que cette année-ci va me stresser un peu, parce qu'on le sait bien, avec toutes les mesures prises au niveau des horaires par exemple, on ne va plus pouvoir nous fournir un horaire cohérent. 

On ne veut pas non plus avoir toutes nos heures d'un coup pour être en congé le reste du temps, ce n'est pas ce qu'on veut. Mais l'horaire actuel, ce sont des heures, entre guillemets, « d'étude », des périodes de 50 minutes. On nous dit toujours : vous n'avez qu'à travailler pendant ces périodes-là. Mais 50 minutes, ça passe très vite. Ça veut dire qu'on a maintenant quasiment des journées complètes, et le travail qu'on doit faire à côté, on le fait chez soi, le soir. Alors qu'au tout début, on pouvait s'arranger, regrouper certaines heures et avoir un peu plus de flexibilité pour travailler. On n'a plus ça maintenant.

 

Je reviens à l'image que renvoie la profession d'enseignant dans le grand public : est-ce que ça vous pèse ? 

 

Alexandra Lahaut : Personnellement, ça me touche profondément. Je ne comprends pas l'acharnement qu'il peut y avoir sur les réseaux sociaux. J'ai appris à les fuir, parce que ça me touchait beaucoup trop.

 

Mais cette réputation est antérieure aux réseaux sociaux… 

 

Valériane Frippiat : En fait, tout le monde pense pouvoir donner légitimement un avis sur l'école, parce que tout le monde y est allé, tout le monde a côtoyé des professeurs. Dans toutes les professions, il y a des gens moins compétents, sauf qu'à l'école, tout le monde est passé, donc tout le monde a vu un jour un professeur incompétent, et tout le monde s'acharne sur l'école à cause de ce souvenir-là. J'ai envie de dire : vraiment, les gens confient leurs enfants à des personnes qu'ils jugent incompétentes ? Moi, j'invite tous ceux qui nous critiquent à nous suivre pendant une semaine.

 

C'est un métier en pénurie, il faut quand même le dire.

 

Valériane Frippiat : On peut aussi venir postuler, d'ailleurs. Je les invite tous à nous suivre pour voir si on est vraiment aussi fainéants. Je pense aussi que ce terme de « fainéant » appliqué aux professeurs vient du fait que les gens ont beaucoup de périodes de congé. Mais je crois que les gens ne se rendent pas compte que le problème, ce n'est pas que les professeurs ont trop de congés, c'est que les autres catégories de métiers n'en ont pas assez. Et ça, c'est un problème de système.

 

Christophe Gilet : Et c'est quand même nous qui formons les élèves. Dans le qualifiant, par exemple, dans le domaine du chauffage, ça fait 18 ans que je suis là, et je ne connais pas un seul élève qui n'a pas de travail aujourd'hui dans ce secteur. Même si on nous critique, en attendant, on fait sortir des élèves avec un diplôme, et ils vont travailler.

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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