Patrimoine

Démolition de la ferme de Saint-Quentin : la Province réagit après la plainte déposée au Parquet de Namur

publié le:14/01/2025 17:04:00 - mis à jour: 15/01/2025 18:06:03

image : asbl Communauté Historia

Ce lundi 13 janvier, l’association Communauté Historia a déposé une plainte contre X pour détournement de deniers publics. Selon elle, le subside européen octroyé au projet de la Province n'est pas légitime.

La démolition de la ferme historique de Saint-Quentin, en octobre dernier, a provoqué un vif émoi à Ciney. L'asbl Communauté Historia s'y est opposée dès le début du chantier. Aujourd'hui, elle conteste le principal argument de la Province, qui évoquait des raisons écologiques, comme le rappelle Virgil Declercq, président de l'asbl Communauté Historia.

La Province souhaitait améliorer les performances énergétiques du bâtiment actuel de l'école, et a estimé que la seule solution était de raser l'édifice. Les autorités provinciales ont obtenu un subside européen de 1 620 390,20 € HTVA, destiné à la transition verte pour construire un nouveau bâtiment en béton polyuréthane. Suite à la démolition de cette ferme historique, qui faisait partie des bâtiments les plus anciens de la commune de Ciney, l'asbl a décidé de mandater un bureau d'études spécialisé.

Une étude d'impact carbone accablante pour la reconstruction

Le bureau d'étude a analysé l'impact carbone des deux scénarios potentiels : celui choisi par les autorités provinciales, c'est-à-dire, la démolition suivie de la reconstruction avec de nouveaux matériaux, et celui d'une rénovation incluant la construction d'une annexe. L'architecte Anne-Lise Leymarie, du bureau d'étude Cycles de Ville, est formelle : ce projet est une aberration écologique.

Si j'additionne la déconstruction et la construction du bâtiment neuf tel qu'il a été prévu dans le permis de construire, nous constatons que celui-ci générera 1 457,05 kg de CO2/m². Et si nous comparons ce résultat à celui du scénario réhabilitation-extension (312-372 kg CO2/m²), il en ressort qu'il y aura quatre fois plus d'impact carbone avec la première option, ce qui est assez colossal.

L'architecte ajoute :

En essayant de rester objective, même si cela n'est pas simple puisque nous faisons face à une perte patrimoniale importante, je trouve que ce projet est presque provocateur. C'est très audacieux de demander de l'aide financière pour la construction de ce bâtiment. On voit assez mal comment l'on aurait pu faire pire.

L'association se tourne vers la justice européenne et belge

L'association Communauté Historia a également sollicité les compétences d'un avocat du barreau de Bruxelles pour étudier les conditions légales de ce fonds européen. Selon lui, cette subvention n'aurait pas dû être octroyée. Pour l'association, la coupe est pleine : son président a décidé d'attaquer les décisionnaires en justice.

Nous avons déposé plainte auprès de l'organe de lutte anti-fraude de l'Union européenne et une enquête a été ouverte par la Commission européenne. D'un autre côté, nous avons également déposé plainte au Parquet de Namur pour introduire une demande d'enquête judiciaire concernant l'octroi des fonds et l'utilisation des deniers publics.


>>> Lire aussi : Démolition de la Ferme de Saint-Quentin : une plainte déposée pour détournement de deniers publics


La Province de Namur sous pression après le dépôt de plainte

Avec les récentes élections, le dossier de Saint-Quentin a récemment été transféré à la députée Mélanie Havenne. Elle ne cache pas son étonnement face à l'annonce de ce dépôt de plainte.

À ce stade, la Province n'a pas encore eu connaissance de cette plainte. Je suis un peu surprise, car ce projet a été élaboré par un bureau d'étude qui était contraint de respecter des critères rigoureux dans le cadre de cet appel à projet de l'Union européenne. De plus, il a également été vérifié par d'autres organismes, tels que la tutelle des bâtiments ou encore la Fédération Wallonie-Bruxelles. Tous ces acteurs qui ont examiné ce dossier et l'ont jugé recevable devraient alors être aussi inquiétés.

Les différentes enquêtes suivent désormais leur cours. Le président de l'asbl de protection du patrimoine affirme que, s'il obtient justice, il fera reconstruire la ferme de Saint-Quentin à l'identique.

Perrine Borlée, Journaliste
Perrine.borlee@matele.be

 
 
 

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