Elections 2024

DOSSIER ELECTIONS 2024| Chômage et pénuries de main d’œuvre, que proposent les partis ?

publié le:07/05/2024 15:54:00 - mis à jour: 09/05/2024 17:46:22

Les défis sont nombreux en matière d’emploi en Wallonie. Les autorités belges se sont fixés pour objectif d’atteindre les 80% de taux d’emploi à l’horizon 2030. Que proposent les partis pour y parvenir?

Avant tout, dressons la situation de l'emploi en Belgique. Au quatrième trimestre 2023, le taux d'emploi en Belgique s'élevait à 72,6%. 

Si l'on zoome et que l'on observe les tendances au sein de chaque région, l'emploi étant une matière qui a largement été régionalisée, on observe des réalités révélatrices des crispations qui existent en la matière entre la Flandre et la Wallonie.  

 

  Taux d'emploi par région
En Flandre 77%
En Wallonie 66,7%
A Bruxelles 66,7%

Si la Flandre semble donc en bonne voie pour atteindre l'objectif des 80% de taux d'emploi promis par le gouvernement De Croo, la chose s'avère mission impossible pour Bruxelles et la Wallonie. Cette dernière a d'ailleurs revu cet objectif à 75%.  


Le taux d'emploi, quèsaco ? C'est la population qui déclare avoir un emploi divisé par la population en âge de travailler (20-64 ans). C'est l'indicateur de référence qui permet de mesurer l'état du marché du travail. 


 

Un demi-million de demandeurs d'emploi 

Pourtant, actuellement, un demi-million de personnes sont disponibles sur le marché de l'emploi en Belgique. D'après les derniers chiffres de la Banque nationale de Belgique, le pays compte un peu plus de 518.237 demandeurs d'emplois inoccupés, ce qui équivaut à un taux de chômage moyen de 5,3%. 

La proportion de demandeurs d'emploi est, une nouvelle fois, plus importante en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre : 

 

  Nombre de demandeurs d'emploi inoccupés Taux de chômage
Flandre 197 690 3,2%
Wallonie 229.832 7,7%
Bruxelles 90 715 10%

Le taux de chômage, quèsaco ? Le taux de chômage indique le pourcentage de demandeurs d'emploi par rapport à la population active. 


La courbe du chômage en baisse, mais…

Ces six dernières années, on a observé une baisse du chômage en Wallonie de l'ordre de 2,8%. Petit bémol toutefois, le taux de chômage chez les jeunes est relativement élevé, en tout cas bien plus élevé qu'il y a six ans. 

L'embellie est aussi a contrebalancer avec les chiffres d'une autre réalité, celle des malades longue durée dont le nombre a explosé ces dernières années. Ils sont aujourd'hui près de 600.000, soit plus du total du nombre de chômeurs belges. 

Faut-il durcir les règles du chômage ?

Quelles solutions, alors ? Pour booster la mise à l'emploi, certains partis voudraient s'attaquer aux conditions du chômage jugées par certains trop confortables, voire encourageant l'assistanat. De gauche à droite, les visions sont clivantes. 

A la question, "Faut-il durcir les règles du chômage et le limiter dans le temps?", la réponse est oui pour le MR et Les Engagés. C'est radicalement non pour les quatre autres partis traditionnels (PS, ECOLO, PTB, DéFI). Ce serait, pour eux, inefficace et ne ferait que renforcer les inégalités et la précarité des personnes sans emploi. Et puis, cela ne ferait que reporter le problème vers les CPAS.

Voici ce que les différents partis proposent :

  • MR : limiter le chômage à deux ans 

Pour le MR, il faut limiter les allocations de chômage à deux ans, comme ce qui se fait au Pays-Bas et en France. C'est une des propositions phares des libéraux justifiée par le fait que la moitié des demandeurs d'emploi belges le sont depuis plus de deux ans. 

La Belgique est l'un de seuls pays de l'OCDE à ne pas prévoir de limitation dans le temps du paiement des allocations de chômage et ce paradoxe ne se justifie plus dans un marché de l'emploi tendu où tous les postes vacants ne parviennent pas à être remplis, même lorsqu'ils ne requièrent pas de qualifications particulières ou hors de portée. 

Pour compenser la mesure précédente, les libéraux promettent de renforcer le montant des allocations du chômage durant les six premiers mois, espérant ainsi booster une remise au travail rapide. 

  • Les Engagés : le droit à l'emploi pour les chômeurs

Les engagés défendent aussi cette nécessité de limiter le chômage dans la durée, mais sous certaines conditions:

Au terme d'une période de chômage de 2 ans consécutifs, dont les indemnités auront été revues à la hausse (modèle scandinave), tout chercheur d'emploi se verrait automatiquement proposer un contrat de travail dans le secteur public ou associatif. 

C'est ce qu'ils appellent le droit à l'emploi pour les chômeurs. Le parti propose également une autre mesure radicale : l'octroi d'un « bonus bosseur » de 450 EUR net pour créer un vrai différentiel avec le chômage.

  • PS : la semaine des 4 jours

Chez les socialistes, on propose, au contraire, de rendre le travail plus attrayant grâce à deux mesures emblématiques : Augmenter le salaire minimum à 2.800 euros brut (soit 17 euros/h), contre un peu plus de 2.000 euros actuellement et diminuer le temps de travail à 32 heures par semaine, sans perte de salaire. Ce qui conduirait à des embauches compensatoires.

« Travailler doit être plus rémunérateur que ne pas travailler », écrivent-ils dans leur programme.

  • ECOLO : le crédit d'impôt dégressif

ECOLO souhaite également augmenter le salaire minimum et le lier davantage au coût de la vie. 

Trop de travailleuses et travailleurs peinent à boucler les fins de mois et à se projeter, ainsi que leurs proches, sereinement dans l'avenir. Nous voulons continuer à augmenter le salaire minimum. Nous lierons son évolution à l'évolution du coût de la vie. Conformément à la directive européenne, le salaire minimum doit être établi selon une procédure claire, et fixé à 60% du salaire médian.

Les Verts plaident pour l'instauration d'un crédit d'impôt dégressif qui permettrait d'augmenter de 350 euros les salaires les plus bas.  

Tout comme les socialistes, ils proposent de réduire le temps de travail à 32 heures, sans perte de salaire et avec embauche compensatoire. 

  • PTB : 30 heures, le nouveau temps plein

Du côté du PTB, on va plus loin encore sur l'idée de la réduction du temps de travail. 

Nous souhaitons adapter la législation afin que la semaine de 30 heures sans perte de salaire à temps plein soit légalement possible pour dégager du temps pour la famille et les loisirs, lutter contre le burn-out, l'usure au travail et créer de nouveaux emplois, à l'image des expériences réussies en Suède, au Royaume-Uni, en Islande ou en Espagne. 

Tout comme le PS, ils revendiquent un salaire minimum de 2.800 euros brut par mois. 

  • DéFI : des formations obligatoires et un bouclier social

Pour booster la mise à l'emploi, DéFI mise quant à lui sur la formation. Il veut imposer une obligation de formation aux chômeurs de longue durée et prône une augmentation des offres de formations en fonction des besoins du secteur.

Défi envisage également de réformer le système des cotisations sociales via l'instauration d'un bouclier social qui garantirait à tous (chômeurs, malades, invalides ou encore pensionnés) un salaire minimum net de 1.300 euros/mois. 

Nous souhaitions initier un droit au chômage plus simple, plus juste et plus dynamique, en garantissant dans tous les cas que l'allocation de chômage en fin de dégressivité soit au moins égale au bouclier social. 

Comment répondre à la pénurie de main d'œuvre ?

La question des pénuries de main d'œuvre est une réelle problématique qui touche de plus en plus de secteurs. Certains comme l'Horeca ou la construction connaissent des pénuries sévères et ne parviennent pas à recruter.


Retrouvez ci-dessous le témoignage de deux sociétés cinaciennes, le restaurant recto-verso et la société de construction Ronveaux: 


En Belgique, on estime que 190.000 postes sont vacants sur le marché de l'emploi. Or, on le répète, un demi-million de personnes sont demandeurs d'emploi sur le territoire. Alors comment attirer et orienter les personnes sans emploi vers ces postes inoccupés ?

Les idées ne manquent pas. En vrac et de manière non-exhaustive, en voici quelques-unes :

1. Instaurer des incitants financiers 

  • Le MR défend l'idée d'une prime à l'emploi, soit l'équivalent d'un 13ème mois pour les métiers en pénurie où le salaire est inférieur au salaire moyen. Il y a aussi cette idée de proposer des prêts sans intérêt pour les personnes optant pour des études liées à un secteur en pénurie. 
  • Les Engagés parlent, de leur côté, de prime à l'orientation vers les métiers en pénurie
  • Les amarantes plaident pour une prime à l'installation pour les indépendants qui se lancent dans un métier en pénurie. Ils souhaitent aussi suspendre la dégressivité du chômage si l'on poursuit une formation d'un métier en pénurie
  • Le PTB propose lui d'indemniser les dites formations.

2. Augmenter l'offre de formations 

Cette nécessité est défendue par tous les partis francophones mais se retrouve de façon très présente au sein du programme de DéFI.

3. Valorisation de la formation en alternance 

DéFI, Les Engagés et Ecolo plaident également pour revaloriser les formations en alternance de type IFAPME de manière à ce que les jeunes aient directement un pied dans le monde du travail à la sortie des études. 

Il faut dire que la formation en alternance est une formule qui fonctionne. D'après les chiffres de l'IFAPME,  84% des stagiaires diplômés trouvent un emploi dans les 6 mois. 

4. Amélioration des conditions de travail

On l'a évoqué plus haut, mais l'idée revient encore ici. Pour le PS, le PTB et ECOLO, la clef repose sur de meilleures conditions de travail. En résumé, travailler moins et gagner plus. 

5. Faciliter l'accès aux formations 

ECOLO et PS veulent faciliter l'accès aux formations, notamment en l'ouvrant aux ressortissants en séjour précaire et aux sans-papiers. 

Voilà qui dresse un état général des positions des partis sur les enjeux de l'emploi. Si vous souhaitez approfondir chacune de ces propositions et matières, rendez-vous directement sur les sites des partis. 

Morgane Halloy, Rédactrice en chef adjointe
morgane.halloy@matele.be

 

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