Interview

Drones, monitoring: "Formons les agriculteurs aux objets intelligents"

publié le:11/02/2019 14:56:00 - mis à jour: 12/02/2019 09:15:22

Le député-bourgmestre David Clarinval est convaincu qu'il faut dépasser la vision romantique de l'agriculteur non connecté. "Mais les pouvoirs publics doivent insister sur la formation", dit-il.

Le Centre d'études Jean Gol a publié une étude sur les applications de l'intelligence artificielle en matière d'agriculture, quels sont les enjeux en la matière?

C'est vraiment une révolution qui s'annonce pour toute la société. On a voulu se pencher sur le domaine agricole en particulier: moi qui suis à Bruxelles tous les jours, je peux vous dire qu'il y a très peu de ruraux à l'assemblée, et je me rends compte que mes collègues ont une vision romantique et caricaturale de l'agriculteur comme s'il n'y avait pas eu d'évolution en 100 ans. Or on constate que les agriculteurs ont souvent été à la pointe du progrès et ont même été précurseurs. Exemples avec la génétique et le blanc bleu belge, avec les véhicules autonomes et les tracteurs sans conducteurs qui existent déjà, avec le monitoring des animaux, avec la robotisation de la traite des vaches...

Qu'est-ce que le législateur peut faire pour accompagner ce mouvement?

Il faut d'abord que l'agriculteur reste au coeur de ces évolutions. Je trouve cela magnifique tout ce qu'on peut faire avec un drone, notamment localiser finement les endroits dans un champ qui nécessitent des produits phyto et donc limiter ces derniers. Mais cela ne doit pas être des techniciens qui maîtrisent ça, les agriculteurs doivent rester maîtres de leur métier. Il faut intégrer dans les formations le monitoring animal par informatique, la génétique, le pilotage de drones...

Vous avez l'impression que l'enseignement n'a pas suivi cette évolution.

Pas seulement en agriculture: on constate que l'intelligence artificielle s'impose partout et qu'il y a un décalage dans l'information par rapport à cela. Il y a un apport d'information à faire et spécifiquement pour l'agriculture. L'administration et la politique aussi doivent intégrer ces éléments.

Très concrètement, quelles sont les recommandtions?

Trop souvent, on voit l'administration guidée par une idéologie verte parfois contraignante qui impose des taxes et des obligations sans concertation avec les agriculteurs. On voudrait que l'administration soit plus en phase et intègre ces données dans la règlementation, peut-être changer le Code de l'Agriculture, pour que ces technologies soient comprises comme des alliées et pas pour faire peur. On évoque l'intelligence artificielle pour faire peur, peur pour l'emploi entre autres, mais on ne voit pas souvent les aspects positifs, notamment le cadre de vie, la productivité. L'agriculteur, c'est un homme d'affaires. Il doit veiller à des coûts de production, et donc il doit être aidé par l'administration, avoir un cadre légal pour intégrer ces éléments dans sa production. Les agriculteurs sont demandeurs d'être à la pointe du progrès, mais ils veulent qu'on les accompagne. L'intelligence artificielle va amener des solutions, mais qui doivent être mises en place avec la collaboration des agriculteurs au bénéfice de tous.

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