Depuis dix ans, la ferme de Grange, à Anhée, mise sur l’agroécologie. Au printemps prochain, de nouvelles bandes enherbées renforceront la biodiversité et la protection des sols.
Dans quelques mois, les champs de la ferme de Grange, sur les hauteurs d'Anhée, seront encore davantage morcelés. Des bandes enherbées, plus larges et plus nombreuses que celles déjà présentes, viendront redessiner le paysage en parcelles plus petites. Guirec de Wouters, responsable de la ferme de Grange :
Avant, sur la ferme, on avait cinq grandes parcelles, délimitées comme c'est souvent le cas par un chemin, une lisière ou un talus. Ici, on a redessiné le parcellaire. D'une année à l'autre, on compte entre 25 et 35 parcelles sur la même superficie. Chacune a été renforcée dans sa complexité, notamment grâce à une augmentation de l'effet lisière avec ces bandes aménagées.
Des parcelles plus petites pour freiner le ruissellement
Eddy Montignies, responsable des cultures à la ferme de Grange, poursuit :
L'idée, c'est de créer des parcelles de moins de quatre hectares et de redessiner ainsi un territoire plus complexe. L'objectif secondaire, c'est aussi de filtrer l'eau. Toute l'eau qui tombe ne doit pas pouvoir ruisseler. Elle doit rencontrer, à un moment ou à un autre, un aménagement ou une culture en place, pour pouvoir s'infiltrer dans le sol et y rester le plus longtemps possible.
La biodiversité comme alliée des cultures
Pour leur rôle dans la protection des sols et la préservation de la biodiversité, les bandes enherbées non cultivées sont encouragées par l'Europe et la Région wallonne, qui proposent des primes pour compenser la perte de productivité. Mais ces aménagements peuvent aussi se révéler bénéfiques pour les cultures qui les entourent. Guirec de Wouters :
Ici, on est vraiment dans une dynamique où l'on veut retravailler avec le vivant et ramener des insectes et des auxiliaires pour lutter contre les maladies, les ravageurs, etc. La diversité du parcellaire est l'un des éléments de base pour éviter leur propagation. Cette parcelle, derrière moi, formait auparavant un seul bloc de quinze hectares. Aujourd'hui, elle est subdivisée en quatre parcelles, séparées par des bandes enherbées composées d'une grande diversité de graminées, de fleurs et de légumineuses. Il n'y a pas deux parcelles qui sont semées avec les mêmes espèces ou les mêmes variétés, ce qui limite naturellement la propagation des ravageurs.
Des résultats bien visibles
La mise en place de bandes enherbées est l'une des nombreuses pratiques agroécologiques développées à la ferme de Grange. Un dispositif qui contribue à préserver la vie des sols. Eddy Montignies :
Si on écarte un peu le couvert végétal qui est en place, on voit que toute une vie s'installe. On observe des galeries de vers de terre, de petites perforations et un sol qui reste très grumeleux en dessous. Il est donc assez facile à travailler. Cela crée vraiment des conditions idéales pour un développement racinaire important et pour permettre à la vie du sol de s'installer dans les premiers centimètres.
Depuis une dizaine d'années, la ferme de Grange a fait le choix de l'agroécologie. Les labours, les engrais et les pesticides ont été abandonnés. Les pratiques mises en place ont permis aux sols de se régénérer, avec des effets déjà visibles. Guirec de Wouters :
Lors des fortes crues, comme celles que nous avons connues à quatre, cinq ou six reprises rien que durant l'épisode de cet été, il n'y a pas de coulées d'eau chez nous. L'eau s'infiltre et il n'y a pas d'érosion des sols. Nous sommes passés à l'agroécologie et à la conservation des sols en 2017. Cela fait donc bientôt dix ans, et les effets sont bien visibles.
La régénération des sols, un travail de longue haleine
Et cette amélioration se poursuit encore aujourd'hui pour les sols de la Ferme de Grange poursuit Guirec :
Nous sommes toujours en train de régénérer nos sols, même si les effets ont été très rapides, en quelques années seulement. La population de vers de terre, qui travaille le sol pour nous, a considérablement augmenté. Mais pour régénérer un sol qui a été appauvri par des décennies de travail intensif et d'utilisation potentielle d'engrais chimiques, il faut tout de même compter une vingtaine d'années.
Les nouvelles bandes enherbées seront installées dès le printemps prochain. La ferme de Grange fera ainsi passer la superficie consacrée à ce dispositif de 1,5 à 7 hectares.