Arts martiaux

ENTRETIEN | Jean-Pierre Nollevaux, 35 ans au service du ju-jutsu à Beauraing

03/03/2026 07:00:00

Maître Jean-Pierre Nollevaux a créé le club de ju-jutsu de Beauraing en 1991, avec quelques amis. Le club défend la méthode traditionnelle, sans compétition. La base, c'est la maîtrise de soi.

À l'occasion de ses 35 ans, le club de ju-jutsu de Beauraing a accueilli Maître Denis Quéro, pour une journée découverte qui a attiré 200 pratiquants au complexe sportif. Maître Jean-Pierre Nollevaux est le responsable du club beaurinois. Il était l'invité de notre émission Challenge ce lundi pour parler de cette journée, mais aussi de la philiosophie de cette discipline.

Quelles sont les différences entre le ju-jutsu et le wa-jutsu ?
Jean-Pierre Nollevaux :
Ce sont deux termes souvent entendus. Le terme ju-jutsu désigne l'origine des arts martiaux, qui se trouvait évidemment en Orient et d'où les méthodes telles que le judo, le karaté, l'aïkido, etc ont évolué. Dans notre ju-jutsu traditionnel, il n'y a pas de compétition. L'idéogramme "wa" signifie accord, harmonie, paix. Donc c'est tout le contraire de la guerre. Et, bien sûr, on essaie de développer une méthode qui intéresse les jeunes, les moins jeunes et les vétérans d'ailleurs, parce qu'elle ne se limite pas simplement au travail de l'activité physique pure. Il y a des notions qui sont intéressantes, qui sont scientifiques, où on traite effectivement des énergies bien connues en acupuncture. Il y a les énergies dont on entend souvent parler dans les arts martiaux. L'énergie vitale, c'est le "ki". On oublie évidemment les énergies plus subtiles qui sont nos émotions, nos sentiments ou nos pensées. Et c'est vrai que l'harmonie et la paix, c'est dans nos sentiments, dans nos émotions, dans nos pensées qu'il faut les trouver. On ne pourrait pas avoir la paix sur terre si l'être humain lui-même ne mettait pas un petit peu d'ordre en lui-même.

Quel a été le programme de cette journée de découverte, cette journée de stage, ce dimanche ?
Jean-Pierre Nollevaux :
On a rassemblé environ 200 pratiquants qui venaient du nord de la France, des Ardennes françaises, de la région parisienne et bien sûr de Belgique. Nous avons accueilli Maître Denis Quéro, le fils du fondateur de cette méthode traditionnelle. À l'occasion des 35 ans de notre club de Beauraing, nous avons organisé une porte ouverte pour essayer de faire découvrir cet aspect qui n'est pas souvent connu de la méthode wa-jutsu, qui est une méthode d'harmonie, d'accord et de paix.

Maître Denis Quéro, une pointure française, originaire des Ardennes françaises, qui vit dans le sud de la France, que vous connaissez depuis presque toujours...
Jean-Pierre Nollevaux :
Depuis 1984. C'est vrai qu'on s'entend très bien. C'est en rencontrant son papa, Maître Jacques-Jean Quéro, que j'ai été piqué de curiosité. Les Maîtres en général parlaient d'efficacité, parlaient beaucoup de combat etc. Lui nous parlait d'harmonie, d'énergie. Cela m'a tenté.

Quel est le but recherché par ces pratiquants du wa-jutsu ?
Jean-Pierre Nollevaux :
Le but premier, c'est l'activité sportive sophistiquée. L'instrument, c'est le corps, il faut arriver à le discipliner, à l'harmoniser. Il faut développer la proprioception, l'adaptabilité corporelle, la souplesse, des qualités cardiorespiratoires musculaires nécessaires pour être bien dans sa peau.

Peut-on parler de maîtrise de soi, de concentration, de défense ?
Jean-Pierre Nollevaux :
La maîtrise de soi, c'est la base. Si on ne va pas plus loin, on ne peut pas acquérir de maîtrise émotionnelle et donc on recrée du chaos en soi. Donc il faut lutter contre les agressivités. On ne parle pas de grande philosophie aux enfants de 5, 6 ans, mais on leur inculque une tradition qui est le respect du partenaire, la politesse. C'est de l'éducation tout en respectant les fragilités de l'âge. Et c'est pareil pour les vétérans.

"Notre membre le plus âgé a 81 ans"

Parlons de votre club de ju-jutsu de Beauraing, comment se porte-t-il ?
Jean-Pierre Nollevaux :
Je l'ai créé avec quelques membres en 1991. Au départ, nous étions une quinzaine, peu d'adultes. Les parents aiment mettre les enfants dans une activité sportive non violente. Il n'y a pas de compétition, donc pas de blessure. Et puis doucement, ça s'est étoffé. Au fil des années, une grosse équipe s'est créée, avec des gens qui sont là depuis plus de 20 ans. Nous avons les 5-8 ans, les 9-14 ans et les grands. Aujourd'hui, nous sommes à peu près 80. 

Comment vous êtes-vous mis personnellement à cette discipline ?
Jean-Pierre Nollevaux :
Au départ, je suis kiné. Quand je suis arrivé à Paliseul, je cherchais une activité physique. On m'a renseigné le wa-jutsu. Après quelques mois, j'ai rencontré Maître Jacques-Jean Quérot. Dans notre philosophie globale culturelle, on oppose le corps et l'esprit. Et là, c'est l'inverse. Il doit y avoir une fusion entre le corps et l'esprit, entre l'esprit et la matière. La méthode est traditionnelle, mais il y a des évolutions. On a constaté que la population, même chez les jeunes, perdait un petit peu de capacité physique, musculaire. Et donc on s'est adapté pour éviter toute chute dangereuse. De plus, on ne chute pas à 25 ans comme on chute à 60 ans. On a aussi un programme spécifique pour les seniors spécifique. Le plus âgé de nos pratiquants a 81 ans, il est là depuis dix ans environ.

Laurent Dosimont, Journaliste
laurent.dosimont@matele.be

 

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