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ENTRETIEN | « Matélé veut rester indépendante, nous ne sommes pas ouverts à une fusion »

publié le:05/05/2025 09:00:00 - mis à jour: 08/05/2025 12:30:50

Dans le climat d’incertitude sur l’avenir de Matélé, trois responsables du média font le point. Ils insistent sur la nécessité de maintenir un média de service public proche du citoyen.

Quel avenir pour Matélé ? Une fois n'est pas coutume, nous allons parler en « nous » dans cet entretien parce que, cette fois, c'est nous qui sommes menacés. Nous, c'est Matélé, son personnel mais aussi tous ceux et toutes celles dont Matélé se fait l'écho ainsi que l'ensemble de ses audiences, télé et web. 

 

Cette inquiétude pour l'avenir de Matélé et des médias de proximité de manière général est causée par les déclarations de la ministre en charge des médias, Jacqueline Galant (MR). Cette dernière a annoncé une vaste réforme des médias de proximité. Il est question d'économies voire de fusions mais aussi de synergies avec les médias nationaux. 

 

Vous avez été nombreux à nous témoigner votre soutien (merci !), nous avons donc décidé de jouer cartes sur table avec vous et de partager avec vous ce que nous savons des projets ministériels mais aussi ce que nous en pensons. 

 

Sur le plateau du « Journal sur pause », trois invités qui connaissent Matélé de l'intérieur : 

  • Laurent Costantiello, directeur général de Matélé 
  • Olivier Valange, président fraîchement élu du conseil d'administration de Matélé
  • Céline Sérusiaux, rédactrice en chef 

 

On parle de faire des économies, de réduire le nombre de médias de proximité de moitié. Laurent Costantiello, vous avez rencontré la ministre des médias, Jacqueline Galant, à plusieurs reprises ces derniers mois. Aujourd'hui, concrètement, quelles sont les mesures qui sont annoncées ? Et avec quel impact sur Matélé ? 

 

Laurent Costantiello : Si on veut être concret, on va parler chiffres. C'est évidemment ce qui nous préoccupe le plus ici à Matélé. Il faut savoir que, comme les autres médias de proximité, nous bénéficions d'une subvention de fonctionnement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et lors du budget, fin novembre dernier, la ministre a retiré 35.000 euros de notre subvention de fonctionnement. On a perdu 35.000 euros par rapport au budget qu'on était supposé recevoir. 

Cela a un impact considérable dans un contexte économique qui est tendu à tout niveau et qui va être de plus en plus complexe, notamment lorsque nous subissons une indexation qui représente 35.000 euros coût employeur pour Matélé. On nous retire 35.000 euros d'un côté, on doit dépenser 35.000 euros de l'autre. Vous avez vite fait le calcul. On va avoir de plus en plus de difficultés à boucler un budget à l'équilibre. 

 

Ça, c'est pour le budget. On parle aussi de fusion. Qu'en est-il, du côté de Matélé ? 

 

L.C. : Alors, il faut distinguer ce qu'il y a dans la déclaration de politique communautaire et ce qui sort parfois dans les articles de presse et ce qui se dit en réunion. Ce qui est dit dans la déclaration de politique communautaire, c'est qu'on encourage les synergies et les collaborations entre médias et qu'un cadre permettant des fusions volontaires, et le mot volontaire est extrêmement important, va être proposé. Ça, c'est la déclaration de politique communautaire. 

Ensuite, lors des réunions et des échanges qu'on a pu avoir avec la ministre, à aucun moment, on a parlé d'un média par province. Donc, ça, c'est quelque chose qui n'est pas évoqué. Je pense qu'aujourd'hui, ce que la ministre Galant attend de nous, c'est de la proactivité, c'est de la modernité. Et quelque part, ça nous convient bien parce qu'on a un média qui n'a pas attendu les réformes de la ministre pour justement être moderne et être vraiment actuel. 


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Olivier Valange, vous venez tout juste de prendre votre fonction de président de Matélé dans un contexte plutôt compliqué…  

 

Olivier Valange : Il est clair que les défis qui ont dû être relevés par mes prédécesseurs ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux que nous, on va devoir relever, puisque le défi n'est pas tant de s'adapter à un nouveau paysage, à des nouvelles méthodes de travail, mais plutôt à un contexte financier qui sera beaucoup plus compliqué, compte tenu de ce qu'on nous annonce comme mesure. 

Maintenant, on va faire appel à tous les relais possibles pour essayer de préserver l'enveloppe budgétaire. 

 

Le budget de Matélé, une petite goutte d'eau dans l'océan

 

Selon le Directeur de Quatre, le média de proximité de Liège, le budget d'une journée de la RTBF représenterait une année de budget d'un média de proximité, c'est bien le cas ?

 

L.C. : Oui, tout à fait. Et si on parle de Matélé en particulier, c'est même un peu moins, vu qu'on a une subvention de fonctionnement de l'ordre d'un peu plus de 600.000 euros, comparé au 350 millions d'euros de la RTBF. On pourrait même parler qu'une demi-journée de la RTBF correspond au budget global en termes de subvention de fonctionnement pour Matélé. 

 

C'est vraiment une petite goutte d'eau dans le budget total de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

 

L.C. : Oui, si je peux pas paraphraser la ministre que j'ai pu rencontrer dernièrement, elle m'a dit que finalement, il n'y a pas de gras au niveau des médias de proximité, il n'y a pas à aller chercher : il y a très peu de back-office, il est inexistant. On a des journalistes et des techniciens qui sont dans l'opérationnel et qui produisent du contenu. Effectivement, on est dans un secteur où c'est extrêmement difficile de faire des économies, vu qu'on a déjà un modèle très efficace. 


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Supprimer un média de proximité pour des raisons économiques, est-ce que ça se justifie ?

 

O.V. : Moi, je pense que c'est plutôt un non-sens, parce que je pense qu'on ne peut pas raisonner qu'en termes économiques, surtout quand on parle de services publics, avec les missions qui sont à rencontrer, en termes culturels, en termes d'éducation permanente, etc. Je pense qu'on doit plus raisonner en termes d'efficacité qu'en termes purement financiers. Et en l'occurrence, si on prend le cas particulier de Matélé, je pense qu'on est probablement un exemple à suivre en termes d'efficacité, compte tenu de tout ce qui a été justement mis en place sur les dernières années. 

Que ce soit au niveau de l'organisation du travail, que ce soit au niveau de la manière de s'adapter, au niveau de la consommation des médias, il y a de gros efforts qui ont été faits.

J'ai toujours tendance à dire quand on parle du personnel de Matélé, que ce soit les techniciens, les journalistes, les services administratifs, etc., on est vraiment face à des gens qui sont de véritables couteaux suisses. On arrive à tout faire avec des coûts qui sont extrêmement contrôlés. Et d'ailleurs, les comptes de Matélé, ce n'est probablement pas le cas de tous les médias de proximité, sont maîtrisés et on est en équilibre depuis des années. Et on compte bien le rester. 

 

A quoi sert Matélé ? 

 

Pourtant, en province de Namur, il y a 3 médias de proximité. Matélé couvre l'arrondissement de Dinant, mais il y a aussi Boukè, à Namur et Canal Zoom, à Gembloux. Ça peut sembler beaucoup pour le grand public. Est-ce qu'il y a un intérêt à avoir un média uniquement pour l'arrondissement de Dinant, finalement ? 

 

Céline Sérusiaux : Moi, je le crois profondément, évidemment, sinon je ne serais pas là. Je crois qu'il faut revenir à ce qu'est la proximité. On nous appelle le média de proximité. C'est ça qui est important. Et la proximité, elle implique d'avoir un territoire suffisamment petit que pour pouvoir s'en occuper, je vais dire, dans les moindres ruelles, dans les moindres villages, dans les moindres hameaux. À partir du moment où on envisagerait la proximité depuis Namur, ou encore pire depuis Bruxelles, ça n'est plus de la proximité. C'est autre chose. On ne s'intéressait qu'à ce qui intéressent aujourd'hui les médias nationaux. C'est tout à fait respectable, mais ce n'est pas ça qu'on fait. 

Nous, on s'intéresse aux initiatives locales, aux clubs de foot qui ne sont pas en D1. On s'intéresse aux artistes émergents. C'est ça, la proximité. Quand on commence à calculer en termes de « Il y a trois médias de proximité en province de Namur, quatre dans le Hainaut, etc. », je pense que ce n'est pas la question. La question, comme dit Olivier Valange, n'est pas arithmétique, elle n'est pas économique. Elle est : « est-ce qu'avec ce territoire-là, avec l'équipe qu'on a, on est capables de couvrir l'ensemble des rues ? », parce que c'est ça, notre échelle. C'est l'ensemble des rues de l'arrondissement Dinant. Et je ne pense pas qu'on puisse le faire avec une équipe qui serait basée à Namur, qui serait par définition moins connectée au terrain. 

 

Qu'est-ce qu'on perdrait concrètement si, par exemple, Matélé venait à ne plus couvrir l'arrondissement de Dinant ? 

 

C.S. : Qu'est-ce qu'on perdrait en termes de couverture ? Qu'est-ce que perdraient les habitants de l'arrondissement Dinant ? C'est cela que vous voulez dire ? Parce que je crois que c'est ça qui est important aussi. 

Ce qui est difficile dans notre combat, entre guillemets, c'est qu'évidemment, on défend une structure, on défend nos emplois. Je pense que c'est tout à fait légitime. Mais à côté de ça, on défend aussi la ruralité, l'arrondissement Dinant. 

Je crois que les habitants de l'arrondissement Dinant, les ruraux, de manière générale, ont le droit d'avoir un service public de qualité, un média de service public de qualité qui s'intéresse à eux, qui s'intéresse à leurs problématiques, à leur quotidien, qui met en lumière leurs initiatives, leurs succès. Je crois profondément que, oui, les habitants de l'arrondissement Dinant ou de Verviers, ou peu importe, mais les gens qui n'habitent pas dans les grands centres urbains où il y a des médias nationaux établis qui vont peut-être plus facilement là où ils sont installés, les ruraux ont le droit qu'on s'intéresse à eux, tout simplement. 

 

En plus de l'argument financier, un des arguments qui est évoqué, c'est que les médias de proximité n'auraient plus la cote, vous qui êtes à la tête de la rédaction, est-ce que c'est quelque chose que vous constatez ? Est-ce qu'il y aurait une baisse de popularité de notre média ? 

 

C.S. : C'est facile de dire ça parce que nous, on n'est pas au CIM donc on n'apparaît pas dans les rapports du type, hier, 12% de part de marché pour la RTBF, 14% pour TF1, etc. Nous, on n'est pas là-dedans, on n'a pas ces chiffres-là. On a seulement des enquêtes d'opinion. Ça, c'est pour l'aspect télé. 

Évidemment, sur notre site internet et nos réseaux sociaux, là, on a les chiffres qui peuvent être comptés par ces réseaux sociaux. Et non, on a très clairement une popularité qui augmente, avec des pics. 

Le soir des élections, je me souviens, notre directeur technique était très inquiet sur la stabilité de notre site internet tellement il y avait des requêtes. On voit qu'il y a de l'engouement. Il y a des moments de crise, effectivement, les inondations, le Covid, les élections, ça, c'est des moments où il y a vraiment beaucoup de gens qui s'informent sur Matélé, quel que soit le support. Mais tout au long de l'année, on est très, très suivi. Pas toujours de la même façon, parce que suivre Matélé, mais c'est comme pour tous les médias aujourd'hui, ce n'est plus nécessairement s'installer à 18h et de regarder le Journal. C'est aussi être abonné jusqu'à notre compte TikTok. Le spectre est devenu très large, mais il n'est pas du tout en baisse de vitesse. 

Pour preuve, quand on a commencé à sortir les infos par rapport aux projets de Jacqueline Galant, j'étais impressionnée des réactions. Merci d'ailleurs à tous les gens qui nous ont soutenus et qui continent à le faire. Les gens sont attachés parce que je le disais, c'est important d'avoir quelqu'un, d'avoir un média qui s'intéresse à vous, tout simplement. 

 

Des synergies avec les autres médias ?

 

On parle aussi de synergie avec des médias nationaux, comme la RTBF et RTL. Est-ce que c'est envisageable ? Est-ce qu'on doit travailler plus avec les autres médias qui nous entourent ? 

 

L.C. : Matélé est toujours un moteur en termes de synergie, que ce soit avec les autres médias proximités ou avec la RTBF. On collabore énormément. Pour une raison d'abord, c'est qu'il y a très peu de recoupement. Il y a beaucoup de sujets que l'on couvre et où la RTBF ne vient pas. On fournit énormément de contenus, notamment au journal du 13h de la RTBF, qui reprend très régulièrement nos reportages. La collaboration se passe bien, et elle se passe très bien parce qu'il y a très peu de recoupement de mission. On a un territoire forcément décentré, ce qui aide à ne pas avoir de recoupement. La collaboration est très bonne. 

Je pense qu'on est toujours ouvert à d'autres synergies, peut-être avec des médias privés. Il faut voir évidemment ce qui est sur la table. Et si c'est intéressant, non pas pour nous à Matélé, mais si c'est intéressant par rapport à la couverture. 

 

Est-ce qu'il y a des points faibles sur lesquels on pourrait encore s'améliorer dans les années à venir ? Est-ce que les médias de proximité ont des faiblesses ? 

 

O.V. : Clairement, il y a toujours des faiblesses. On peut toujours s'améliorer. Maintenant, au niveau de Matélé, on a toujours été des précurseurs, dans ce sens que chaque fois qu'il a fallu s'adapter, on l'a fait. C'est d'ailleurs une des grandes qualités de toute l'équipe ici, c'est que la remise en question à Matélé, on sait ce que c'est, notamment des remises en question qui amènent à chambouler les méthodes de travail. On a développé ici le concept des JRI – journaliste reporter d'images. Là où il y a quelques années, pour faire un sujet, on envoyait un journaliste, un cadreur. Et puis après, il fallait encore monter derrière. Maintenant, c'est le journaliste qui fait tout, seul. Ça induit évidemment une réduction des coûts. 

Par ailleurs, on s'est aussi adapté très bien au numérique, en passant du site web, jusqu'à maintenant TikTok, en passant par Facebook. C'est super important de se dire que, en tout cas, par rapport à Matélé, on n'a jamais pris le train en marche. On était toujours dans la locomotive. 

Ça me paraît quand même assez fondamental. Et pour le reste, oui, on pourra toujours améliorer les choses, essayer d'améliorer encore les collaborations qu'on peut avoir avec les autres télés locales. Pour autant, évidemment, qu'on ne se marche pas sur les pieds, puisque ce n'est pas ça l'idée non plus. L'idée, c'est s'aider à faire des choses qu'on ne fait pas nécessairement, ou pour lesquelles c'est plus compliqué de les faire quand on est tout seul dans son coin. Avec la RTBF, c'est pareil. 

On a sans doute encore des choses à améliorer, peut-être notre aspect commercial, puisque l'idée, ce n'est pas non plus de compter uniquement sur le public mais c'est de pouvoir aussi travailler de notre côté à développer des moyens qui nous permettront, justement, d'obtenir des montants complémentaires en termes de budget. 

 

Justement, sur ce point-là, on voit que, par exemple, en Flandre, il y a une certaine privatisation des médias de proximité. Est-ce qu'on pourrait tendre vers un même phénomène ici en Wallonie ? 

 

L.C. : Il faut d'abord se poser la question du potentiel économique quand on parle de la télévision locale à Anvers, à Louvain, à Gand, et qu'on voit les facilités et le déploiement économique, la puissance économique. C'est beaucoup plus facile, évidemment, de construire un budget avec un équilibre privé et public. Il faut constater ici, dans l'arrondissement, qu'an a une forte adhésion de nos annonceurs. Ils sont fidèles, mais le niveau de budget disponible pour aller chercher chez ces annonceurs est beaucoup plus faible. Il faut toujours regarder la réalité du territoire avant de sortir ce type de montage qui semble évidemment beaucoup plus compliqué dans une zone comme la nôtre.

 

Une dernière question se pose. On évoque différents scénarios. Quand est-ce que les médias de proximité seront fixés ? Est-ce qu'on peut attendre une réponse plus claire dans les prochains mois ? 

 

L.C. : Ce qui est certain, c'est qu'on a une réunion le 27 mai avec la ministre Galant. Tous les médias de proximité sont conviés à cette réunion. La ministre va nous présenter un plan. On ne l'aura pas avant, on l'a demandé, mais on ne pourra pas avoir la primeur.  C'est peut-être pas plus mal dans un souci d'efficacité et pour éviter des rumeurs parce que ce n'est jamais bon. C'est un point que je voudrais souligner, il y a un climat d'anxiété qui est parfois créé par certaines déclarations. Nous, au niveau du management, au niveau de Matélé, on a justement envie de se concentrer sur notre métier de base qui est d'informer, qui est d'être présent au plus près du citoyen. 

Pour l'instant, on n'a pas d'info sur cette note. On ne sait pas où ça va aller. On a une position claire dans notre conseil d'administration. On veut rester un média totalement indépendant. Matélé veut continuer et n'est pas ouvert à une fusion. Nous sommes ouverts à des collaborations et des synergies. Mais, je ne peux parler qu'au nom de Matélé, je ne peux pas parler au nom de la ministre, on attend sa note. 

Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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