Patrimoine

ENTRETIEN | Bientôt une rénovation complète de la Collégiale de Dinant ? « On ne va pas pinailler »

publié le:16/03/2026 10:47:00 - mis à jour: 17/03/2026 15:24:30

Pierres qui tombent, béton qui pèse, fondations fragiles : la Collégiale de Dinant est mal en point. La ville promet de tout faire pour restaurer son joyau.

Sur le plateau du Journal sur pause, on s'intéresse au bâtiment sans doute le plus photographié de notre région : la Collégiale de Dinant. Si, après 20 ans d'attente, le porche sud va enfin être libéré des échafaudages qui le maintiennent debout, c'est tout le monument qui mériterait une rénovation. 


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Est-ce qu'on peut espérer voir bientôt la Collégiale restaurée ? Nous avons posé la question à Christophe Tumerelle, échevin du patrimoine de la Ville de Dinant et à Christian Pacco, le président de la Fabrique d'église de la Collégiale. 

 

Christian Pacco et Christophe Tumerelle

 

L'actualité, ce sont les travaux du porche sud qui ont débuté la semaine dernière. Les échafaudages sont installés depuis près de 20 ans. Pourquoi a-t-on attendu si longtemps ? 

 

Christophe Tumerelle : Les études ont été réalisées au début des années 2000 par rapport aux différents travaux qui devaient être réalisés sur la Collégiale. Un constat avait été établi par un architecte et un ingénieur en construction. Nous avons procédé par étapes : on avait d'abord commencé par le chevet et la sacristie de la Collégiale à l'arrière, qui avait brûlé dans les années 90, de mémoire. Ce chantier-là a débuté vers 2014, ainsi que celui du carillon. Ce sont deux gros chantiers qui avaient déjà débuté sur la Collégiale.

 

Revenons au porche sud, les échafaudages faisaient presque partie du paysage. On ne les voyait plus, ils étaient là depuis tellement longtemps.

 

C. T. : C'est effectivement le cas. C'est regrettable, mais c'est une réalité en matière patrimoniale : on a des dossiers qui prennent beaucoup de temps. Ici, on a enfin obtenu le subside et l'accord de la ministre, et on est ravi de voir ce chantier se réaliser. Mais bien d'autres doivent encore venir.

 

Quels sont exactement les travaux entrepris au niveau du porche sud ?  

 

Christian Pacco : On doit refaire toute la stabilité. Les pierres se détachent, certains piliers se sont un peu enfoncés dans le sol, et il faut donc le démonter et le reconstruire. C'est un travail important.

 

On va enlever les pierres une à une et vérifier chacune d'elles.

 

C. P. : Oui, et surtout s'assurer de fondations plus solides. 

 

Ce qui posait problème avec ce porche, c'est le poids. Notamment parce qu'au XIXe siècle on l'a alourdi ? 

 

C. P. : On connaît bien les différentes phases de rénovation du XIXe et du XXe siècle. Il y a eu tout un débat : l'édifice était beaucoup plus sobre, beaucoup plus simple à l'origine, sans toutes les décorations qu'on y a ajoutées. Le porche était très dégradé, on a refait les façades avec la volonté d'améliorer la décoration. 

 

Le porche sud en 1855 avant les rénovations (Crédit : IRPA)

 

On a voulu la rendre plus gothique. 

 

C. P. : C'était le grand principe du XIXe siècle, l'unité de style. On voulait le rendre « plus XIIIe siècle » qu'il ne l'était, quitte à y ajouter des éléments qui n'y étaient pas à l'origine, dans l'esprit des grandes cathédrales françaises. On a donc alourdi les deux porches — celui de la façade occidentale également — de toute une série de décors : des pinacles, des fleurons, des crochets, qui n'existaient pas initialement et qui ont ajouté du poids sur les piliers.

 

Pour le chantier du porche sud, quel est le budget total, et qui finance ces rénovations ?

 

C. T. : Pour le chantier du porche sud, on va démonter les contreforts et les pinacles pour restauration. On va également y mettre des pieux pour consolider les fondations. Tout sera évidemment remonté ensuite. C'est un chantier de l'ordre de 700.000 euros, avec 70 % de subsides — la Région wallonne et la province participant également — et 30 % à la charge de la ville, qui en est propriétaire. Cela représente donc entre 220.000 et 230.000 euros pour la ville de Dinant. Le chantier devrait durer environ six mois, en fonction des intempéries.

 

Une pierre s'est détachée de la façade en août 2025

 

Le porche sud n'est pas le seul endroit de la Collégiale qui mériterait une rénovation. Pour preuve, le 14 août dernier, une pierre s'est détachée de la façade avant, celle qui donne sur la rue Sax. Des consolidations provisoires ont été effectuées très rapidement. Elles résistent bien parce qu'on a pu rouvrir cette entrée pendant les travaux actuels. Cela a dû vous rassurer, car pendant un temps, on s'est demandé si on n'allait pas devoir refermer la Collégiale.

 

Christian Pacco : Oui, bien sûr. C'était un gros problème pour le culte d'abord, et pour la vie touristique et la vie de Dinant. La ville de Dinant sans accès à la Collégiale, c'était difficilement envisageable.


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De manière générale, la Collégiale est dans un triste état. Comment en est-on arrivé là, pour ce bâtiment emblématique photographié par des milliers de touristes ?

 

C. P. : Il y a plusieurs facteurs. D'abord, la pierre calcaire de nos régions est une pierre relativement fragile, sensible à l'acidité des pluies. Avec le temps, des fissures s'installent, rongées par cette acidité, et dès qu'il y a de l'humidité qui s'y infiltre et gèle, ça fait des éclats. C'est un problème qu'on rencontre dans beaucoup d'édifices du même type — à la cathédrale de Namur, à l'église Saint-Loup, à la Collégiale d'Andenne. Les pierres sont friables, et beaucoup ont d'ailleurs été remplacées au XIXe siècle pour cette même raison.

Il y a eu d'autres facteurs : des restaurations pas toujours très judicieuses à la fin du XIXe siècle, puis après la guerre, lors de la reconstruction du bulbe. On a alourdi considérablement non seulement le porche dont on a parlé, mais également l'ensemble des toitures : on y a mis des galeries, des pignons sur les transepts, qui sont très lourds et augmentent la pression sur les fondations — dans un terrain situé au bord d'une rivière, dont la stabilité n'est sans doute pas suffisante.

 

Une collégiale trop lourde pour des fondations

 

Sur les quelques photos de la Collégiale pendant la Première Guerre mondiale, voire juste après, on se rend compte qu'elle a été complètement détruite — en tout cas la partie haute. Après la guerre, on reconstruit en utilisant du béton plutôt que du bois. C'est cela aussi qui pose problème ?

 

C. P. : Il y a eu tout un débat, assez similaire à celui qu'on a connu avec Notre-Dame de Paris : comment reconstruire ? Une école ne voulait plus voir le bulbe, qui n'était pas d'origine gothique. Finalement, les Dinantais ont tenu à leur bulbe. C'était emblématique du martyre de la ville de Dinant en 1914. 

 

On aurait pu le reconstruire à l'identique, en conservant la légèreté d'origine. 

 

C. P. : On a décidé de le reconstruire à l'identique extérieurement — visuellement, il est donc conforme à ce qu'il était — mais en optant pour des techniques modernes à l'époque. Ce qu'on n'a pas fait à Notre-Dame de Paris, où l'on a remis des poutres en chêne comme jadis. Ici, on a utilisé du béton : toute la plateforme et les combles en sont remplis, ce qui est très lourd et crée des problèmes de stabilité. Le pignon côté nord, vers la petite rue Sous les Roches, présente un hors plomb de plus de 20 centimètres. Ça ne se voit pas à l'œil nu, mais c'est l'une des inquiétudes des architectes.

 

Sachant tout cela, il y a un projet global pour stabiliser et pour rénover la Collégiale. Ce projet global a été scindé, c'est comme ça que des travaux sont en cours pour le porche sud. Pour quelle raison ? 

 

Christophe Tumerelle : C'est un projet global, qui a nécessité que le dossier soit scindé en plusieurs phases, comme nous l'avait demandé la AWaP, l'Agence wallonne du Patrimoine. Nous sommes actuellement en train de rédiger un cahier des charges en phasant l'ensemble des chantiers qui restent à réaliser. Nous allons relancer un appel à candidatures pour désigner un auteur de projet — architectes et ingénieurs — afin d'avancer sur la rénovation complète de l'édifice.

 

Pour que l'on comprenne bien : il y a sur la table un projet de rénovation de tout l'édifice, présenté comme un seul dossier mais structuré en chapitres correspondant aux différents chantiers. 

 

C. T. : C'est ça, l'idée est d'avoir un seul et même dossier avec des phases et d'inscrire ces phases dans le temps pour pouvoir réaliser les travaux en fonction des subsides que nous irons chercher auprès de la Région wallonne.

 

Vous avez identifié les grands points d'attention. On parlait de stabilité générale — qu'est-ce qu'il y a concrètement à faire ?

 

C. T. : Les contreforts de la façade principale avaient déjà été renforcés il y a quelques années, après qu'une pierre était tombée, il y a une bonne dizaine d'années. Aujourd'hui, une pierre vient de tomber à l'entrée principale également, en août. À mon sens, il faut en priorité s'attaquer à la façade principale de la Collégiale, et voir ensuite, en fonction du rapport des ingénieurs, comment phaser ce chantier.

 

Un budget de 4 millions

 

Avez-vous une idée du temps et du budget nécessaires ?

 

C. T. : En termes de délais, je ne vais surtout pas m'engager quand on voit le temps que prennent les dossiers patrimoniaux, soyons honnêtes avec les citoyens : ce dossier va prendre énormément de temps. Concernant le budget, une première évaluation chiffrait la restauration totale de l'édifice à 3,5 à 4 millions d'euros. Ce sont des montants substantiels, même subsidés en partie. La part revenant à la ville représentera des sommes importantes qu'il faudra intégrer dans nos budgets.

 

Est-ce que Dinant a les moyens de rénover cette Collégiale ? On sait que la ville est sous plan Oxygène et connaît des difficultés financières. La charge n'est-elle pas trop lourde ?

 

C. T. : J'ai envie de vous dire qu'on ne peut pas se permettre de ne pas réaliser ce travail ni de laisser se dégrader ce patrimoine — celui-ci en particulier. Nous devrons prendre des décisions, comme c'est déjà le cas au niveau du collège, en nous séparant d'autres biens immeubles pour nous concentrer sur l'essentiel : ce patrimoine-là, la Collégiale. Pour moi, c'est indispensable. 

 

Dinant ne négociera pas sur la Collégiale.

 

C. T. : On ne va pas pinailler sur ce patrimoine-là, certainement pas. 

 

La Collégiale de Dinant est classé patrimoine exceptionnel de Wallonie. C'est un honneur, mais aussi une contrainte. Ce ne sera pas un chantier simple, il y aura toute une procédure à respecter, notamment avec l'AWaP. Qu'implique concrètement ce statut de patrimoine exceptionnel de Wallonie ?

 

C. P. : Cela implique d'abord une participation en subsides régionaux plus importante que pour un édifice simplement classé, il faut voir le bon côté des choses. C'est aussi la reconnaissance d'un caractère exceptionnel, ce qui est très honorable. Pour nous, cela implique une responsabilité : c'est un édifice de culte affecté au culte catholique, mais nous avons la responsabilité d'assumer sa vocation historique, culturelle et touristique. C'est l'élément-phare de la région. 

Du point de vue de la Fabrique d'église et des utilisateurs, nous faisons tout pour rendre la Collégiale accueillante, ouverte et agréable à visiter. Il est évident que l'édifice doit rester ouvert et que ses abords doivent être accueillants. C'est l'élément majeur du tourisme à Dinant. Elle accueille également des manifestations culturelles — le concours Sax, par exemple, y trouve tout à fait sa place. Cela fait partie de l'ensemble de la vie dinantaise.

 

C. T. : Il y a l'aspect cultuel, bien sûr, mais aussi l'aspect touristique et emblématique de la ville. C'est pour cela que je dis que ce sont des chantiers qu'on va mener à bien et jusqu'au bout. Je ne serai probablement plus là quand les travaux seront terminés, mais c'est la volonté du collège de la ville de Dinant de se concentrer sur l'essentiel : la Collégiale est un bâtiment absolument primordial pour nous.

 

Pour terminer, soyons très concrets : quelles sont les prochaines étapes, au-delà du porche sud qui est en travaux ?

 

C. T. : La prochaine étape, c'est un travail administratif de fond : la rédaction d'un cahier des charges qui passera au conseil communal, puis la désignation des auteurs de projet — ingénieurs et architectes. Ce sont eux qui devront venir sur site, établir un rapport et nous conseiller sur le phasage des différents chantiers.

 

Ce sont eux qui décideront par quelle partie commencer ?

 

C. T. : Ce seront nos conseillers, et nous aborderons le chantier dans le sens qu'ils nous indiqueront. 

 

Cela signifie-t-il qu'un début de chantier n'est pas envisageable sous cette législature ? 

 

C. T. : Je ne m'engage pas là-dessus non plus. Nous allons d'abord désigner les experts, attendre leur rapport — ce qui peut prendre du temps, même si un rapport initial existe et leur facilitera la tâche — et voir ensuite s'il est possible d'aller chercher des subsides, qui restent la clé de voûte, sans mauvais jeu de mot, pour avancer sur ce dossier. On espère pouvoir lancer une première phase sous cette législature.

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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