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ex cathedra | Choisir sa vie à tout âge : Philippe Defeyt appelle à repenser le vieillissement

publié le:13/05/2026 12:45:00 - mis à jour: 05/10/2026 16:57:32

Photo d'illustration : Vitaly Gariev (Unsplash)

L’économiste Philippe Defeyt présente une conférence intitulée « Avancer en âge ».

Philippe Defeyt propose d'abord de changer profondément notre regard sur le vieillissement et cela commence par les mots qu'on emploie. Il préfère l'expression "avancer en âge" à celles de "troisième âge", "quatrième âge" ou "les vieux", car elle montre que le processus de vieillissement commence à la naissance et se poursuit jusqu'à la mort.

Face aux discours alarmistes qui évoquent un "tsunami démographique" ou une "guerre des générations", Philippe Defeyt oppose des données positives concrètes. L'espérance de vie en bonne santé augmente : à 65 ans, on peut aujourd'hui espérer vivre en bonne santé 17 ans, contre 15 ans il y a vingt ans. Mieux encore, si l'on mesure le vieillissement à l'aune de l'espérance de vie plutôt qu'à partir de l'âge civil, la hausse du nombre de "vieux" est bien moins spectaculaire que ce qu'annoncent les projections habituelles.

Philippe Defeyt insiste sur une distinction : l'autonomie n'est pas la capacité physique, mais la capacité à formuler des choix, à choisir ce qui est bon pour soi. Une personne qui ne peut plus marcher ni cuisiner peut parfaitement savoir ce qu'elle veut manger et comment organiser son repas. Dans l'accompagnement de ces personnes autonomes mais diminuées physiquement, Philippe Defeyt cite Laure Adler : "Ne pas faire pour, mais faire avec."

Le scandale des inégalités sociales

La réalité sociale des personnes qui avancent en âge est aussi plus diverse qu'on ne l'imagine. Environ un tiers des 80-84 ans vivent seuls, les autres se trouvent dans des configurations variées : couples, deux sœurs veuves qui vivent ensemble, grands-parents cohabitant avec des petits-enfants. Ces situations varient fortement selon les territoires : 28 % des 65-69 ans vivent seuls en Wallonie, ils sont 41 % à Dinant.

L'économiste dénonce ce qu'il appelle "le scandale des scandales" : les inégalités d'espérance de vie. À 25 ans, un homme de niveau socio-culturel bas peut espérer vivre en bonne santé 37 ans ; un homme plus favorisé, 47 ans et demi. L'écart atteint 13 ans et demi pour les femmes. Par ailleurs, l'espérance de vie en Wallonie est inférieure de 2,5 ans à celle de la Flandre, contre 1,5 an en 1992. 

Pourquoi est-ce que c'est un scandale ? Ce sont des moyennes mais derrière, il y a des questions de pauvreté, d'accès au soin, d'accès à des logements corrects, de prévention, etc. C'est dans ce sens que c'est scandale parce que ce n'est pas une fatalité. On ne naît pas a priori avec une espérance de vie en bonne santé très différente. Bien sûr, on peut avoir des problèmes, des maladies d'origine génétique, mais toute chose étant égale par ailleurs, il n'y a aucune raison que les espérances de vie en bonne santé soient à ce point différentes.

Repenser l'habitat et les lieux de vie

Sur la question du logement, Philippe Defeyt revoit également le vocabulaire généralement employé. Il rejette l'expression "maintien à domicile",  "comme si on allait maintenir les gens chez eux", et lui préfère celle de "soutien sur les lieux de vie". 


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Ces lieux de vie peuvent évoluer : déménager vers un logement plus petit, passer de propriétaire à locataire, opter pour un logement kangourou (où un jeune cohabite en contrepartie de services), ou encore un viager. Philippe Defeyt signale toutefois un obstacle économique concret : le prix de la construction neuve est souvent trop élevé pour être compensé par la vente d'une ancienne maison.

Soutenir ceux qui aident

Parmi les priorités de Philippe Defeyt, figurent les aidants proches. Épuisement, isolement, manque de soutien psychologique : dans certaines situations, c'est l'aidant qui "craque" avant la personne aidée. Les centres d'accueil de jour pour personnes souffrant de troubles cognitifs sont, selon lui, l'un des meilleurs services qu'on puisse leur rendre.


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Il évoque également le rôle de la technologie : capteurs de détection à domicile, dispositifs de géolocalisation permettant à des personnes atteintes d'Alzheimer de sortir seules dans un périmètre sécurisé, visites gratuites d'ergothérapeutes (association Ergo 2.0) pour prévenir les chutes. "Laissons tomber nos appréhensions, ça ne va pas remplacer l'humain, mais ça va lui permettre de faire des choses intéressantes."

Philippe Defeyt conclut en appelant à une organisation décentralisée des soutiens, à une "garantie autonomie", une sorte de sécurité sociale pour les soutiens à domicile pour tous, à une évolution des maisons de repos dont "l'ancien modèle est mort", et à une collaboration entre les ministres du Logement et des Affaires sociales. Sa dernière recommandation s'adresse à tout le monde : "réfléchir, se préparer et en discuter", et surtout, faire ses propres choix.

Conférence enregistrée au Centre culturel de Dinant, le 18 avril 2026

Production : Centre culturel de Dinant, Université du Temps Libre de Dinant, Conseil consultatif des Aînés de Dinant

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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