Bambi, David D. Hand (1942), Studios Disney
Marc Terwagne, grand cinéphile et programmateur cinéma du Centre culturel de Dinant, présente une conférence intitulée « L'image de l'animal sauvage dans le cinéma de fiction ».
Depuis la nuit des temps, l'animal, qu'il soit proie ou prédateur, nourrit l'imaginaire des hommes. Il apparaît dès la préhistoire, dans les peintures rupestres, puis dans les contes et les légendes orales, dans la littérature et aujourd'hui dans le cinéma. Le septième art s'inscrit donc dans une longue tradition.
D'emblée, Marc Terwagne révèle une constante :
Les humains semblent avoir l'obsession de distinguer deux sortes d'animaux : les bons, les animaux qu'on respecte, qu'on admire, je dirais les animaux « nobles » et l'autre catégorie, ceux qui sont supposés être nuisibles, dangereux ou effrayants, ceux qui sont énormes et par rapport à nous, qui nous font peur, mais aussi tout ce qui est minuscule, dangereux, qui rampe, qui pique ou qui mord.
Marc Terwagne note qu'il y a peu d'animaux qui sont « ambivalents » et relèvent des deux catégories. Le loup et le castor font figure d'exceptions.
L'Amérique joue à se faire peur
Marc Terwagne a utilisé une recherche par mots-clés pour identifier plusieurs catégories de films. En ordre d'importance apparaissent d'abord les documentaires, puis « les films pour la jeunesse, les films familiaux », les films d'aventure avec leurs branches catastrophe et horreur, avec une spécialisation géographique notable :
Les Américains se sont spécialisés dans les films qui font peur et la France est largement en tête dans les films avec des animaux sympas.
Le cinéma d'horreur animalier constitue un genre à part entière. Des classiques comme « Les dents de la mer » (1975) aux séries B mettant en scène requins, crocodiles, serpents ou insectes géants, ces films exploitent des peurs ancestrales.
Certains portent une dimension politique : les fourmis envahissantes de 1954 symbolisent « l'ennemi intérieur, les communistes » en pleine période maccarthyste. « Godzilla » (1954) naît quant à lui après l'affaire du Lucky Dragon, ce bateau de pêche japonais dont les marins furent contaminés lors d'essais nucléaires américains.
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À l'opposé, le cinéma français privilégie les relations harmonieuses, notamment dans les films pour la jeunesse. « Le renard et l'enfant », « Mystère » qui met en scène un loup, les nouvelles versions de « Belle et Sébastien » ou les films de Gilles de Maistre comme « Mia et le lion blanc » proposent des récits où l'enfant apprend à vivre une séparation avec l'animal qu'il a recueilli.
Le cinéma d'animation
Les films d'animation perpétuent la tradition de la fable avec des « animaux anthropomorphisés », c'est-à-dire dotés de caractéristiques humaines. De « Bambi » au « Monde de Nemo » en passant par « Ratatouille » - qui ose faire d'un rat le personnage principal -, ces films mêlent souvent humour et leçons morales.
Marc Terwagne considère « Zootopia » comme « le sommet du sommet en matière de dessin animé et d'anthropomorphisme », avec ses animaux en milieu urbain vivant une enquête policière.
Une évolution des préoccupations
Pour conclure, Marc Terwagne souligne une évolution importante : « Pendant des années, le cinéma ne s'est pas vraiment occupé du bien-être animal, ce n'est que depuis 20-30 ans qu'on voit dans un générique la mention aucun animal n'a été blessé au cours du tournage ».
Le cinéma, loin d'être un simple divertissement, reflète et façonne notre perception des animaux sauvages, oscillant entre fascination et répulsion, entre peur ancestrale et envie de vivre en harmonie.
Conférence enregistrée au centre culturel de Dinant, le 18 novembre 2025
Production : Centre Culturel de Dinant