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ex cathedra : Pour Marc Terwagne, le cinéma belge est un art qui « tutoie les marges »

publié le:06/11/2025 11:12:00 - mis à jour: 11/11/2025 15:29:33

Le Huitième jour, Jaco Van Dormael (1996), Pan-Européenne, PolyGram

Marc Terwagne présente une conférence intitulée « Entre réel et irréel, 130 ans de cinéma belge ».

Marc Terwagne, programmateur cinéma au centre culturel de Dinant et grand cinéphile, retrace 130 ans d'histoire du septième art en Belgique. 

 

Cette histoire est traversée par deux grands courants : le cinéma du réel avec ces documentaires et ces grandes fictions sociales et d'autre part, le cinéma de l'irréel, avec ces films fantastiques, surréalistes ou burlesques. 

 

Les origines du cinéma belge

 

Alors que le cinématographe naît en France en 1895, les premiers films belges apparaissent dès 1897. Pendant une dizaine d'années, le cinéma est principalement exploité par les forains. Les premières salles « fixes » apparaissent en 1908.

 

Pendant cette période, on notera le film d'Alfred Machin sorti en mai 1914, « Maudite soit la guerre ». Il s'agit d'un film d'anticipation tourné en 1913, avant la Première Guerre mondiale donc, qui évoque une guerre entre deux puissances imaginaires.

 

Le cinéma du réel

 

Marc Terwagne souligne que la Belgique possède "une école documentaire extraordinaire". Il cite "Misère au Borinage" (1933) d'Henri Storck et Joris Ivens, film muet qui expose crûment la condition ouvrière. 

 

Le cinéma de fiction sociale occupe également une place centrale. Les frères Dardenne incarnent cette veine, notamment avec "Rosetta" qui a provoqué un véritable électrochoc. 

 

Le film choque à la fois par son sujet et par la manière dont il est filmé. On est quand même, à mon avis, le seul pays où un plan d'action gouvernemental porte le nom d'un film. Souvenez-vous, les conventions « premier emploi », de la ministre Onkelinx, s'appelaient le plan Rosetta. Quand je dis film choc, c'est un film électrochoc : c'est rare qu'un film réveille la classe politique. Là, ça a été le cas.

Une particularité belge frappe : l'intérêt pour les petites gens et les marginaux. Des films comme "Les convoyeurs attendent" de Benoît Mariage ou "Pauline et Paulette" de Lieven Debrauwer illustrent cette approche. Marc Terwagne note que le cinéma belge regarde ces personnages "avec bienveillance", même quand ils sont "très bousculés par la vie".


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Le cinéma de l'irréel : surréalisme et réalisme magique

 

Le second courant du cinéma belge explore l'irréel sous diverses formes. 

 

Mais une des particularités, c'est qu'il n'y a pas de cinéma de l'irréel à la britannique ou à l'américaine, avec des histoires un peu fantastiques, des « Alice au pays des merveilles », des choses comme ça. Ce qui est très marrant en Belgique, c'est que le cinéma de l'irréel a toujours une base presque réelle et le spectateur est parfois confus. 

Autre aspect de ce cinéma de l'irréel : le réalisme magique, importé de la littérature flamande, un courant incarné notamment par l'écrivain Johan Daisne, qui trouve son héritier en Jaco Van Dormael avec "Toto le héros" et "Le huitième jour". 

 

Un cinéma qui "tutoie les marges"

 

En conclusion, Marc Terwagne définit le cinéma belge comme un cinéma qui "tutoie les marges" : marges de la société avec les petites gens et marginaux, marges de l'esprit humain avec des films à connotation psychologique, marges de la narration et marges stylistiques. Cette audace permet souvent "de faire passer des films au sujet difficile" grâce à des images remarquables.

Conférence enregistrée au Centre culturel de Dinant, le 25 septembre 2025

Production : Centre culturel de Dinant

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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