René Vandormael présente une conférence intitulée "L'apiculture de notre passé, symboliques, traditions et croyances".
René Vandormael, apiculteur chevronné, se penche sur les racines de l'apiculture traditionnelle dans nos régions, en soulignent elle était imprégnée par le poids de l'église, ses rites et ses symboles.
L'abeille n'était pas considérée comme un simple insecte producteur de miel, mais comme un être doté de qualités presque surnaturelles. « Les abeilles ne crèvent pas, elles meurent », précisait-on en Ardenne par respect pour ces « messagères divines » considérées « comme les servantes du Bon Dieu ». Cette dimension sacrée explique pourquoi les apiculteurs d'antan devaient faire preuve non seulement de compétences techniques, mais aussi de qualités morales irréprochables.
Les abeilles étaient réputées s'en prendre aux personnes de mauvaise moralité comme "les débauchés, les infidèles, [...] les voleurs", elles étaient "irascibles pour les gens de mauvaises vies".
Des instituteurs, des curés et des vieilles filles
Qui pouvait prétendre élever des abeilles autrefois ? René Vandormael explique que les instituteurs et les curés étaient souvent à la tête des sections apicoles locales car c'étaient eux qui détenaient le savoir.
Autre élément, les abeilles étaient un symbole de chasteté. Outre la croyance qu'elles punissaient les gens de « mauvaise vie », les gens étaient également convaincus qu'elles ne s'accouplaient pas. Les prêtres étaient donc tout indiqués pour s'en occuper.
Mais l'apiculture n'étaient pas le domaine réservé des hommes. René Vandormael cite avec humour Jules de Soigny qui, à la fin du XIXe siècle, écrivait que « les vieilles filles sont destinées plus que d'autres à l'apiculture ». Pour arriver à cette conclusion, le raisonnement est assez loufoque :
Si elles sont destinées à coiffer Sainte-Catherine, l'apiculture les réclame encore. Car comme le fait observer l'illustre Darwin, un des ennemis les plus destructeurs des abeilles, c'est le mulot. Le chat est l'ennemi des mulots et les vieilles filles sont les amies des chats. Donc forcément, dans le voisinage de vieilles filles, c'est une cause de prospérité des ruchers."
Rituels et croyances
L'apiculture traditionnelle s'accompagnait d'une série de rituels et de croyances. Pour protéger les ruches, on y plaçait des médailles de Saint Benoît, des rameaux bénits ou des croix.
Pour capturer un essaim vagabond, on pratiquait le « charivari » en faisant du bruit avec des casseroles tout en récitant des formules spéciales : « Descendez mes belles, tout bas mes belles, mes chéries ».
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Les abeilles faisaient partie de la famille. Lors d'un décès, il fallait immédiatement prévenir les abeilles avant même le curé ou le bourgmestre, en frappant trois coups sur chaque ruche : « Mouche, votre maître est mort, vous changez de maître ». Sans cette précaution, les colonies risquaient de dépérir par chagrin.
René Vandormael évoque aussi les aspects plus sombres de l'histoire de l'apiculture, il revient notamment sur l'ancienne pratique de l'étouffage ou de la noyade des colonies pour récolter le miel et la cire.
En tant qu'apiculteur, on n'est pas toujours fier de ce qu'on a fait. (…) Il ne faut pas non plus oublier que l'abeille pendant des siècles a été un moteur de l'économie et le miel, mais surtout la cire, ont donné lieu à une activité apicole intense.