Gastronomie

Le Miel wallon obtient son IGP : les petits apiculteurs sont sceptiques

publié le:26/02/2025 12:30:00 - mis à jour: 27/02/2025 18:31:31

L’IGP pour le miel wallon vient d’être validé. Pour recevoir cette dénomination, les producteurs devront, à l’avenir, remplir toute une série de critères jugés parfois trop contraignants par les apiculteurs.

Depuis quelques jours, la dénomination "Miel wallon" est officiellement reconnue par l'Union européenne comme indication géographique protégée (IGP). Cela constitue une belle avancée pour les producteurs. Cependant, Luc Maranzan, apiculteur aux ruchers de la Molignée, doute de son impact sur sa petite production :

Personnellement, je vends mon miel dans le coin. Je ne vois vraiment pas l'intérêt d'engager des frais en me lançant là-dedans. Cela va me coûter de l'argent. Maintenant, je ne dis pas que cela ne peut être intéressant pour ceux qui ont de gros volumes de miel et qui le vendent à l'extérieur de la région, à Bruxelles ou ailleurs en Belgique.

Pour Julie Henry, apicultrice au rucher des « inzzzzuki » à Somme-Leuze, le problème réside dans le prix de vente du miel labellisé :

Je ne suis pas sûre que, vu le nombre de ruches que j'ai, cela vaille la peine de respecter un cahier des charges aussi conséquent. D'après ce que j'ai vu, il y a surtout une question de prix du miel. On nous annonce qu'on pourra le vendre plus cher, mais en général, mes clients trouvent déjà que le miel est cher à 7,50 € le pot de 500 grammes.

Reste à convaincre les apiculteurs

L'idée d'obtenir cette IGP ne date pas d'hier : cela fait plusieurs années que l'ASBL Promiel, qui rassemble plusieurs producteurs wallons, porte ce projet. Pour les apiculteurs, cette appellation représente une véritable reconnaissance de leur savoir-faire. Steve Podevyn, apiculteur et membre de l'ASBL Promiel, explique :

Les consommateurs auront la garantie que le miel est produit localement en Région wallonne. Dans ce cahier des charges, le miel devra notamment être analysé par un laboratoire qui confirmera sa texture et s'assurera que les abeilles ont bien butiné sur la flore locale. Tout le processus sera également supervisé par un organisme certificateur indépendant, ce qui est essentiel pour garantir aux consommateurs un gage de qualité. La plupart des apiculteurs produisent déjà du miel répondant aux exigences de l'IGP, donc le faire reconnaître aujourd'hui ne sera pas très contraignant.

À présent que l'IGP est validée, une étape clé demeure : convaincre un maximum d'apiculteurs d'adopter cette dénomination. Pour cela, des démarches supplémentaires s'ajouteront à celles déjà existantes. Julie Henry s'en inquiète :

Il faut déjà être en règle avec le CARI, l'AFSCA, etc., pour pouvoir vendre son miel. C'est déjà une charge de travail conséquente. Ensuite, il y a aussi toute la préparation du miel, ce qui représente de nombreuses étapes. Ajouter encore quelque chose alors qu'on lutte déjà pour maintenir notre activité, c'est beaucoup.

Une année qui s'annonce compliquée

Cette avancée intervient dans un contexte difficile pour les producteurs de miel, comme l'explique Luc Maranzan :

Effectivement, nous avons déjà connu une très mauvaise année pour le miel, avec peu de récoltes. Si je dois passer la moitié de mon temps à remplir des papiers et rester derrière un ordinateur, je préfère être avec mes abeilles, les visiter et prendre du plaisir à m'en occuper. D'autant plus que je fais cela par passion et non pour en faire un commerce à grande échelle.

Cette appellation a pu voir le jour grâce à une collaboration entre le CARI ASBL, le Service public de Wallonie, l'Apaq-W et AgriLabel. Le "Miel wallon" rejoint désormais la liste des 3 646 produits déjà protégés par une IGP en Europe.

Fiorine Guéry, Journaliste
fiorine.guery@matele.be

 
 

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