Grav. I. Shury et Fils, d'après Joseph Fussel, © Les ouvrages hydrauliques,
Mathieu Piavaux présente une conférence sur le patrimoine hydraulique de la commune d’Anhée.
Mathieu Piavaux, docteur en histoire de l'art et archéologie à l'Université de Namur. Spécialiste de l'histoire de l'architecture et archéologie du bâti, il présente les résultats d'un inventaire mené sur le territoire d'Anhée, consacré au petit patrimoine populaire lié à l'eau.
Petit patrimoine populaire
Le concept de petit patrimoine populaire recouvre des éléments modestes par la taille de notre patrimoine et qui sont le reflet de coutumes ou de traditions.
Pour le patrimoine hydraulique, cela comprend les fontaines, pompes, abreuvoirs ou encore les anciens moulins.
À Anhée, ce travail de fourmi a débuté en 2018 avec une équipe de bénévoles motivés. Sur les 255 biens recensés, 21 appartiennent spécifiquement au patrimoine hydraulique (sources, pompes et fontaines) répartis dans les différentes localités de la commune.
Des moulins, usines de l'Ancien Régime
Mathieu Piavaux rappelle que le moulin n'était pas seulement destiné au grain : c'était la véritable usine d'autrefois :
Le moulin, c'est l'usine de l'Ancien Régime. Ce sont des proto-industries qui produisent toute une série de choses : elles sont actives dans la métallurgie, elles permettent de scier du bois, de produire du papier, de broyer différents végétaux pour en extraire de l'huile. Toutes ces industries s'appellent des moulins et pas seulement des moulins à grain ou à farine.
La région d'Anhée, riche en minerai et en bois, a vu fleurir une activité sidérurgique intense le long de la Molignée, du Rouillon ou du Burnot. Forges et fourneaux utilisaient l'énergie hydraulique pour transformer le métal.
Cette activité intense se devine encore derrière les vestiges de roues à aube (comme à Bioul ou à Maredret) et des réseaux complexes de canaux de dérivation (biefs) et de vannes.
De la source miraculeuse au robinet
Mathieu Piavaux explore également l'évolution de l'accès à l'eau potable. Des sources, parfois associées à des cultes anciens comme la fontaine Saint-Adèle à Warnant (réputée pour guérir les yeux), aux pompes en fonte du XIXe siècle, l'eau a toujours structuré la vie collective.
Le conférencier évoque aussi les bornes-fontaines et leurs règlements stricts, témoins d'une époque où l'eau n'arrivait pas encore directement dans chaque foyer.
Au début du 20e siècle, au fur et à mesure que l'adduction d'eau se perfectionne, on peut mettre davantage de pression dans les canalisations en fonte, on va développer le principe des bornes fontaines. Elles ne nécessitent plus un bras mais simplement une clé qui va permettre d'ouvrir le robinet pour faire s'écouler l'eau.
Ces bornes sont encadrées par des règlements stricts : il est interdit de laisser le robinet ouvert et les bornes sont réservées aux habitants de la localité.
Un patrimoine fragile à préserver
Ce petit patrimoine est souvent menacé car il est rarement classé. Pourtant, pour Mathieu Piavaux, ces témoins du passé représentent un atout majeur pour l'attractivité touristique et le développement durable d'une commune, notamment à travers la création de cartes de promenades thématiques.
Conférence enregistrée à la Maison de la Ruralité de Bioul, le 18 mars 2026
Production : Commune d'Anhée, Maison de la ruralité de Bioul, province de Namur