Interview

"Il faut casser le mythe d'élèves natifs du digital qui sont à l'aise avec la technologie"

publié le:14/09/2020 14:06:00 - mis à jour: 15/09/2020 12:27:43

Anthony Jacques est "explorateur pédagogique" à Technobel (Ciney). Selon lui, l'outil numérique dans l'enseignement à distance ne résout pas tout.

Peut-on donner le même enseignement à des élèves à distance qu'en classe ?

La question est souvent posée. Il faut d'abord rappeler que le numérique, c'est un outil et jamais une fin en soi. Le but n'est pas de mettre du numérique partout dans les villes, le but est de l'utiliser de la meilleure manière possible pour qu'il soit utile. Une fois qu'on a rappelé ça, on peut se demander : peut-on apprendre en classe comme on apprend à la maison ? La réponse est non. L'école est le cadre privilégié pour apprendre : on n'a pas de facteur qui sonne, on n'est pas au milieu du salon avec un chien qui aboie, un chat qui passe et d'autres choses qui captent l'attention. L'école est un cadre où l'enseignant est en classe et peut intervenir auprès de l'élève le plus rapidement possible. En fait utiliser le numérique pour apprendre, cela va surtout être prendre en compte tous les besoins d'apprentissage qu'un enfant a et ces besoins sont nombreux : avoir un feedback rapide, avoir un environnement favorable à l'étude… Le temps passé à distance va être moindre que le temps passé en présentiel, parce qu'on ne peut pas se concentrer de la même façon à distance en fait.

Les enseignants sont-ils bien préparés à l'enseignement à distance ?

Cela dépend très fort de la mise en place préalable par les écoles d'alternatives en matière d'enseignement à distance. Notre métier à Technobel nous est apparu d'autant plus crucial que les écoles qui avaient fait appel à nous pour des formations à l'apprentissage numérique étaient les premières à être opérationnelles. Et donc tous les enseignants ne sont pas prêts et on a vu la cacophonie dans leur degré de préparation. Il y a eu deux phases : 1. On se confine et on improvise sur le tas, et 2. La phase actuelle où les écoles ont le recul de leur expérience et renforcent leurs dispositifs.

Quel est le degré d'intérêt des enseignants eux-mêmes pour le digital, au-delà du fait qu'ils sont forcés par les circonstances d'y avoir recours ?

Il faut rappeler que les enseignants sont des gens curieux avant tout : ils sont pédagogues, psychologues, spécialistes de l'enfance, et maintenant se développent dans les compétences numériques. Ils ne viennent pas avec réticence, ils viennent avec bonheur se former chez nous, c'est ça l'intérêt avec le numérique, c'est qu'il y a toujours quelque chose à apprendre de manière progressive. C'est aussi parce que nous tenons un discours qui ne consiste pas à dire : faites du numérique toute la journée, au contraire. Utiliser une tablette 20 minutes sur une journée pour faire une recherche sur le web suffit parfois amplement.

Les écoles sont-elles bien équipées ?

Les écoles ont compris globalement l'intérêt d'équiper les classes en numérique. Il y a le côté financier difficile mais les écoles ont la possibilité de candidater au Plan Ecoles Numériques : on parle de 600 écoles sur 1.000 écoles candidates chaque année. On en voudrait toujours plus, c'est évident, mais c'est un bon début.

Les élèves eux-mêmes sont-ils suffisamment bien outillés ?

Il faut casser ce mythe des élèves natifs du digital et donc à l'aise avec ça parce que ce n'est pas spécialement vrai. On s'est rendu compte pendant le confinement que beaucoup d'élèves avec des smartphones ou des tablettes, mais comme plateforme d'apprentissage pendant toute une journée, ce n'est pas la bonne solution. Les élèves ont des équipements très sporadiques, cela dépend aussi du degré d'équipement à la maison : les enfants ont-ils accès à un ordinateur ou pas ? Les élèves manquent de bon matériel pour travailler.

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