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Infrastructures sportives: tout ce qui va changer dans les subventions

publié le:10/03/2020 13:48:00 - mis à jour: 29/04/2022 13:51:43

Infrastructures sportives: tout ce qui va changer dans les subventions
Infrastructures sportives: tout ce qui va changer dans les subventions

Les conditions de subventions wallonnes vont changer. C'est le souhait du ministre des Infrastructures sportives Jean-Luc Crucke: des critères éthiques, de supra-communalité, ... avec quelles conséquences?

43 millions €. C'est le budget prévu en 2020 pour les subventions wallonnes aux infrastructures sportives: grandes et petites infrastructures, équipements, sport de rue, entre autres. 43 millions € pour les 262 communes wallonnes. Pour donner un chiffre de comparaison, le seul complexe sportif et associatif de Miavoye - voir notre vidéo en tête d'article - avait été subventionné à hauteur de 5 millions, mais, nuance importante, via plusieurs types de subsides, dont le PCDR.

Quoi qu'il en soit, c'est un constat: l'enveloppe 2020 pour les subsides Infrasports n'est pas volumineuse, loin de là. Pour le ministre wallon du Budget et des Infrastructures sportives Jean-Luc Crucke, il est temps de prioriser et d'objectiver les dossiers, en y intégrant une série de critères éthiques, environnementaux, de mobilité, voire de maillage territorial. En clair, il faudra opérer des choix difficiles, et donc en profiter pour repenser la politique en la matière:

Le constat, c'est que l'argent public vient toujours de la même poche, du citoyen qui paie ses impôts. Et on a une obligation, aujourd'hui plus qu'hier, de gérer cela avec intelligence et parcimonie. L'intelligence, ce sont les solutions d'avenir. La parcimonie, c'est de se dire que lorsque deux pouvoirs organisateurs, deux communes, deux ASBL travaillent ensemble avec un objectif identique, le développement sportif, ils sont plus forts, ils s'aident et ils nous aident en même temps.

Le ministre présente donc un projet de réforme du décret wallon qui régit l'octroi de subsides en la matière. Il doit passer en première lecture devant le Parlement de Wallonie au mois de juin et devrait être définitivement voté, avec ou sans amendement, en fin d'année, selon Jean-Luc Crucke. Les critères proposés sont de deux ordres: d'éligibilité et de priorisation - voir nos encarts pour plus de détails:

Pour l'éligibilité, il y a d'abord le fait que des valeurs soient portées dans le sport, des valeurs qui doivent être respectées: la lutte contre l'intolérance, l'antisémitisme, la xénophobie. Il y aussi l'accessibilité d'un espace sportif. On y fait du sport, mais on peut aussi y trouver un lieu de détente, un lieu de loisirs, les fonctions doivent être multiples. Et puis il y a des éléments liés à la faisabilité: la supra-communalité, l'emploi de matériaux modernes,...

Critères d'éligibilité d'un dossier

- Une charte des valeurs éthiques
- L'accessibilité (PMR, ...)
- L'intégration de la dimension d'éco-responsabilité
- La performance énergétique et les matériaux durables
- Un projet de développement sportif

Critères de priorisation des dossiers

- Le dégré d'urgence
- Un partenariat entre acteurs (clubs, écoles, fédérations, ...)
- Un maillage territorial assuré
- La supra-communalité
- La mobilité

En pratique, Jean-Luc Crucke a lancé une tournée de rencontre avec les autorités communales wallonnes pour leur expliquer la situation. Pour les communes de l'arrondissement de Dinant-Philippeville, elle a eu lieu le 12 février dernier. Désormais, les autorités communales ont jusqu'au 12 mars pour déposer un dossier. Mais, plus généralement, la Région leur demande une vision de la politique sportive sur 10 ans. C'est la Province de Namur qui est chargée de collecter ces dossiers et de coordonner la vision à long terme.

"Infrasports des villes et Infrasports des champs"

On ne connaît pas encore le détail des dossiers présentés à l'heure actuelle par les communes de l'arrondissement. Le projet de réforme a suscité des questions et inquiétudes chez certains élus locaux présents à la réunion. Pour le bourgmestre de Gedinne Vincent Massinon, la nouvelle donne risque de favoriser les grands projets au détriment des petites infrastructures.

L'idée est peut-être bien pour les régions plus peuplées. Mais par chez nous, je pense qu'on a besoin de petites entités à gauche et à droite, comme à Gedinne avec les trois clubs de foot. On a besoin d'installations qui soient en bon état. On a déjà fait ce travail de restoration des trois clubs, de la caféteria du tennis, et tout cela sur fonds propres. Je plaide en fait pour les autres communes rurales en disant: "On a vécu ça, c'est bête qu'on ait pas eu un petit coup de main".

Plus largement, le bourgmestre de Gedinne estime qu'il faut tenir compte des réalités rurales, par exemple en matière de normes pour les sports de rue, le tout résumé en une phrase:

Il faudrait un Infrasports des villes et un Infrasports des champs.

Au rang des questions encore plus concrètes, certains se demandent si leurs dossiers déjà en cours sont menacés par cette réforme. A Vresse-sur-Semois, les aires multisports de Sugny et Bohan sont attendues depuis des années. Le dossier de subvention était ficelé et sur les rails depuis des mois. Mais avec ces nouveaux critères, y a-t-il un risque que tout s'écroule? Le bourgmestre Arnaud Allard compte obtenir une réponse dans la semaine.

Supra-communalité réussie: l'exemple du pionnier Miavoye

Même si elle n'est pas un critère obligatoire, la supra-communalité est l'un des thèmes récurrents de cette réforme. Pour certaines communes, c'est un terrain inconnu, pour d'autres, comme Bièvre et Paliseul pour l'utilisation de la piscine, c'est une réalité effective.

Hastière et Onhaye étaient les premières communes à s'unir à l'époque pour déposer un projet sportif - et associatif - commun dans le cadre d'un PCDR, un Programme Communal de Développement Rural. Il ne s'agit donc pas du même type de subsides, mais l'expérience est tout de même démonstrative. Claude Bultot, bourgmestre d'Hastière, tire le bilan des premières années d'utilisation du complexe sportif et associatif de Miavoye dans notre vidéo en tête d'article.

Le débat de départ au niveau de notre conseil communal était d'accepter d'aller investir sur une commune voisine. Il a fallu être imaginatif et créatif d'une manière juridico-administrative. Hastière est propriétaire, avec Onhaye, du complexe qui se situe sur Miavoye.

Financièrement, les subventions cumulées ont permis aux deux communes de réduire leur part à 450.000 € chacune.

Pour la gestion, elles ont créé une ASBL paritaire qui occupe le responsable de la salle et l'agent d'entretien. Aujourd'hui, sept ans plus tard, le regard sur le projet reste positif.

Le premier avantage, c'est qu'on a pu se doter d'un outil de classe, il faut le reconnaître. Et la construction du hall a suscité la création de clubs. Le complexe a aujourd'hui un calendrier d'occupation très chargé, c'est la preuve qu'on a répondu à un besoin, je n'ai aucun regret.

Dans le cadre de la réforme, d'autres pistes peuvent s'ouvrir en matière de supra-territorialité: des collaborations supra-provinciales, voire frontalières avec la France. Des pistes que Vresse explore déjà. Le bourgmestre Arnaud Allard a un projet dans ses cartons, mais pour l'instant... motus!

Nicolas Lembrée, Journaliste
nicolas.lembree@matele.be

 

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