Santé

Interdiction des vernis semi-permanents à base de TPO : les esthéticiennes dans l'embarras

publié le:02/09/2025 15:43:00 - mis à jour: 03/09/2025 16:11:16

Depuis ce 1er septembre, l'Union européenne interdit les TPO, présents dans de nombreux vernis et gels. Cette mesure ne fait pas les affaires des esthéticiennes, qui doivent renouveler quasi tous leurs produits

Meryl Septon est esthéticienne à Beauraing. Pour ses manucures, elle utilise un grand nombre de vernis semi-permanents. Mais depuis ce 1er septembre, la quasi-totalité de ses produits sont à mettre à la poubelle. L'Union européenne vient d'interdire le TPO, une substance qui permet aux vernis et aux gels de durcir sous la lampe. 

C'est un ingrédient présent dans les vernis, beaucoup dans les couleurs mais aussi dans les bases et les gels. Donc dès qu'il y a du TPO dans nos produits, on doit d'office les enlever du stock.

Cette nouvelle réglementation, annoncée il y a seulement quelques mois, ne fait pas les affaires des esthéticiennes. En particulier les petites indépendantes, comme Meryl, qui mettent parfois plus d'un an pour écouler leur stock.  

Les fabricants l'ont appris il y a deux ans. On aurait pu être prévenues en même temps pour liquider notre stock, mais on n'a été prévenues qu'en mai dernier. C'est un délai trop court, donc on est obligées de tout jeter. J'ai fait le calcul, j'en ai pour environ 5000 euros de pertes. C'est une grosse perte financière, surtout que j'ouvre mon salon dans un mois.

La mesure ne prévoit pas de délai pour écouler les stocks, même si les produits ont été achetés avant la date de l'interdiction. La sanction s'élève à 1500 euros d'amende par flacon. 

Un risque quasi nul pour les consommateurs

Si les autorités européennes ont décidé d'interdire les TPO, c'est parce que cette substance est considérée comme toxique pour la reproduction. Elle vient d'être classée parmi les substances présumées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques.

Pourtant, selon le toxicologue de l'UCLouvain Alfred Bernard, cette substance, testée sur des rats, ne présente pas de risque significatif pour les consommateurs.

Le risque évoqué par la Commission européenne est un risque reprotoxique, car la substance provoque une atrophie testiculaire chez le rat mâle exposé à des doses massives par ingestion. Mais, ici, on applique la substance sur l'ongle, qui est une barrière très imperméable. En plus, lorsque la substance est polymérisée, la barrière est tout à fait imperméables. Donc le risque d'exposition et de passage dans le sang provoquant un effet reprotoxique ou cancérogène est pratiquement nul pour les consommateurs.

Le toxicologue rappelle que les TPO peuvent néanmoins présenter un risque pour la santé des enfants et des adolescents. Pour cette raison, la plupart des esthéticiennes refusent la pose d'un vernis semis-permanent pour les clientes de moins de 16 ans.

Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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