Le visage de la Wallonie pourrait fortement changer à l'avenir. La région vient de réviser son schéma de développement du territoire et ce dernier ne plait pas aux bourgmestres des communes rurales.
La Wallonie veut lutter contre l'urbanisation à outrance de son territoire. La Région embraye ainsi le pas de l'Europe et de son "Stop Béton" à l'horizon 2050. Le gouvernement wallon est en effet en pleine révision du SDT, le schéma de développement du territoire. Ce dernier trace les lignes de la Wallonie de demain, comme le résume Willy Borsus, vice-président de la Wallonie:
L'objectif est de préserver notre cadre de vie, de tenir compte de certaines tendances qui concernent l'artificialisation des sols et de prendre en compte l'évolution de séquences climatiques telles qu'on les observe. Il faut travailler à la résilience de notre territoire.
Yves Hanin, professeur à l'UCLouvain et directeur du Centre de Recherches et d'Etudes pour l'Action Territoriale, ajoute:
On doit mieux isoler les maisons, rapprocher les personnes de leur lieu de travail et les enfants des écoles. L'une des idées retenues est d'imaginer des centralités. Dans des villages ou dans des communes, il faut rénover du bâti, habiter là où il y a encore des terrains disponibles. Il faut qu'on puisse aller à vélo ou à pied aux différents endroits de la vie quotidienne.
Un frein à l'expansion des villages
Ce principe de centralité est l'un des nombreux points soulevés par le SDT dans un texte de plus de 270 pages. La Région veut donc limiter les constructions en rase campagne et orienter les futurs projets dans un périmètre qui regroupe logements, services et infrastructures.
À l'avenir, 75% du développement résidentiel devra d'ailleurs être concentré dans les centres urbains ou ruraux. Ce chiffre fait bondir certains bourgmestres des plus petites communes du pays, comme Christophe Bastin d'Onhaye, qui y voient un frein à l'expansion des villages et, par conséquent, une limitation de leurs ressources financières.
En résumé, quand il y aura trois constructions dans le village d'Onhaye, on pourra seulement construire une dans un des six autres villages de la commune, que sont Weillen, Falaën ou Sommière... Cela veut dire que les gens qui ont des terrains à bâtir, ils seront peut-être toujours à bâtir, mais on ne sait pas en quelle année. Si on ne peut plus construire chez nous, on va vraiment devenir des cités-dortoirs où il n'y aura plus d'école parce que personne ne pourra y habiter. C'est de la folie.
Willy Borsus se défend:
Nous voulons justement préserver la qualité des villages et permettre une urbanisation progressive dans le temps. On ne va pas confisquer ou interdire de construire. C'est un document indicatif qui va fixer les lignes pour les années à venir.
Ce schéma de développement du territoire n'est encore qu'un projet dont les contours peuvent évoluer au fil des remarques des citoyens et des politiques. Après les consultations, les concertations et l'aval définitif du SDT, les communes auront cinq ans pour définir leur propre centralité.
L'enquête publique concernant le SDT est en cours jusqu'au 14 juillet. La Région aimerait adopter son texte avant mai 2024.