Le procureur du Roi Vincent Macq l'affirme à Matélé: dans le dossier Deville, il a l'impression d'avoir été instrumentalisé à des fins politiques: "Ce n'est pas à cela que servent les institutions judiciaires."
Pavé dans la mare sur le plateau de Matélé: l'échevin Frédéric Deville exhibe un Pro Justicia tiré directement du dossier répressif à sa charge. Dans ce document, un inspecteur de la Police Judiciaire Fédérale évoque le contexte politique des auditions:
"Le commissaire Christophe Liégeois nous a déclaré que le commissaire Baudoin Leclercq (NDLR, alors chef de zone de la police locale), en contradiction avec les prescriptions de Charlotte Fosseur, Procureur du Roi de Division, avait procédé à l'audition des trois échevins parce qu'il était soumis à une pression presque quotidienne par le bourgmestre Jean-Marie Cheffert."
Voilà qui contraste singulièrement avec l'affirmation faite par le bourgmestre de "n'être jamais intervenu dans ce dossier". Qui dit vrai? Procédons par ordre.
1. Le commissaire Baudoin Leclercq réfute avoir subi des pressions pour auditionner les échevins, qui ont demandé spontanément à être entendus. Il affirme également avoir reçu l'autorisation de Charlotte Fosseur pour réaliser cette audition.
"J'ai été interpellé avec insistance par le bourgmestre Cheffert qui voulait connaître le résultat de l'enquête pour prendre les éventuelles mesures politiques qui s'imposaient. Mais c'est tout."
2. Par contre le commissaire Liégeois maintient l'intégralité de ses propos:
"Je ne retire rien à ce qui est écrit dans le dossier répressif, mais je ne souhaite pas revenir sur cette affaire."
3. Le procureur du Roi Vincent Macq, le chef du parquet de Namur-Dinant, se refuse à commenter l'enquête:
"Après analyse globale du dossier, il n'y a rien à reprocher à la zone de police, qui a dû travailler dans des conditions très difficiles. Pour le surplus nous ne ferons pas de commentaire parce qu'on nous avons l'impression d'être instrumentalisé dans ce dossier à des fins politiques et que ce n'est pas à cela que servent les institutions judiciaires. En soi c'est un message officiel, et je n'irai pas plus loin. C'est assez clair pour qui sait lire entre les lignes."
Dans une autre pièce du dossier répressif que Matélé a pu consulter, un PV daté du 9 mai 2016, dressé encore une fois par la police judiciaire fédérale, il est écrit ceci:
"Il est clair (...) que Jean-Marie Cheffert tente de démontrer qu'il n'a aucune implication dans la plainte déposée contre Frédéric Deville mais cela va à l'encontre du PV selon lequel la police de Ciney a été mise sous pression, des nombreux appels téléphoniques reçus par la police de Ciney pour connaître l'état d'avancement du dossier, et de la déclaration de Géraldine Desille selon laquelle la police de Ciney a effectué des constatations à la demande expresse de JM Cheffert."
Il sera difficile pour le bourgmestre de Ciney de continuer à affirmer "n'être jamais intervenu dans ce dossier".