Environnement

La restauration des mares menacée par des coupes budgétaires en Wallonie

publié le:22/07/2025 12:00:00 - mis à jour: 24/07/2025 15:39:25

Le Gouvernement wallon a décidé de mettre un terme au projet de restauration des mares agricoles porté par Natagora. Un coup dur pour l'association de protection de l'environnement.

Sur la parcelle de terre située au lieu-dit "Le Wachenne" à Schaltin, on aura bientôt les pieds dans l'eau. Hubert Petit et sa compagne ont racheté cette exploitation agricole pour la transformer en lieu d'accueil pour des personnes en reconstruction psychologique. L'idée est de redonner sa place à la nature, en aménageant des haies et surtout des mares. Pour cela, le couple a fait appel à Natagora, explique le porteur de projet.

La première chose, c'était de regarder les endroits qui convenaient pour faire une mare, parce que ce n'est pas comme une piscine. On a donc identifié les endroits qui étaient suffisamment argileux, et on a déterminé six endroits qui seraient idéals pour pouvoir faire des mares.

250 projets de mares en suspens

Les mares d'Hubert font partie du projet de restauration des réseaux de mares agricoles porté par Natagora, qui a déjà permis de créer 400 mares depuis 2017. Mais ce projet arrivera à terme à la fin du mois de juillet car le Gouvernement wallon a décidé de raboter son budget alloué à la protection de la nature. Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité, en charge de la Nature, justifie cette décision :

En fait, il y avait deux structures qui réalisaient cette mission, Natagriwal et Natagora. Désormais, c'est Natagriwal qui doit poursuivre la mission. Dans le contexte budgétaire actuel, on ne peut plus se permettre d'avoir des doublons. Il faut aussi une certaine clarté pour le public. Donc la mission est bien maintenue, mais dans le chef d'un seul acteur.

Cette décision tombe comme un couperet pour Natagora. L'association de protection de l'environnement avait l'intention de créer près de 250 mares cette année, explique Luca Fagan, responsable du projet de restauration des mares agricoles pour Natagora.

On réfléchit à pouvoir transmettre certains projets, mais vu le nombre on ne pourra pas tous les transmettre. Donc, malheureusement, certains projets vont devoir être annulés. Je pense que certaines personnes, qui ont appris que le projet s'arrêtait, ont déjà fait une croix sur leur mare. Heureusement, pour d'autres, comme Hubert, le projet est déjà bien avancé donc le projet devrait bien aboutir cet automne.

Coup dur pour la nature

A partir du 1er août, les agriculteurs pourront toujours bénéficier d'aides pour créer des mares, mais ils ne pourront plus faire appel à Natagora pour l'accompagnement et les procédures administratives. Un changement qui risque d'en décourager plus d'un, reconnaît Hubert Petit.

J'avais un voisin qui souhaitait faire des mares, en voyant mon projet. Aujourd'hui, s'il n'y a plus le suivi de Natagora, il ne va pas en faire.

Pourtant, la restauration de mares représente un enjeu crucial pour la biodiversité et la résilience du territoire wallon, selon Luca Fagan.

En 50 ans, on a perdu 40 à 80% des mares. Il y a eu une déconnexion du maillage écologique. Il est donc important de restaurer des réseaux de mares denses pour sauvegarder des espèces d'amphibiens, mais aussi certains mammiphères et oiseaux. Au-delà de la biodiversité, ce sont aussi des lieux de rétension de l'eau, qui permettent de maintenir de l'eau douce pendant les sécheresses, et qui font tampon lors des fortes pluies pour éviter le ruissellement et l'érosion.

Reste donc à espérer que malgré l'abandon du projet de Natagora, les agriculteurs et les particuliers continueront à creuser des mares en Wallonie.


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Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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