Patrimoine

Laforêt: un toit rénové "à l'ancienne" avec la technique des faisiaux

publié le:25/06/2020 17:21:00 - mis à jour: 26/06/2020 17:02:07

Les faisiaux sont des déchets des carrières d'ardoise de la Semois, récupérés jadis par les villageois pour les toits. A Laforêt, un bâtiment bénéficie actuellement d'une rénovation traditionnelle en faisiaux.

Le geste est ancestral. La matière aussi. Le couvreur Thierry Maziers est perché pendant près d'un mois au-dessus d'un ancien bâtiment du village de Laforêt. Il rénove la toiture à l'ancienne, en se fournissant de matériaux propres à la région:

C'est ce qu'on appelle des toitures en faisiaux et argile, propres à la vallée de la Semois. C'est du schiste brut. Ce sont des faisiaux de récupération, parce qu'on n'en trouve plus. Je les ai récupéré sur une toiture l'année passée, qui avait plus de 200 ans. Mais il y en a de plus vieilles, qui ont 300 ans. Elle est posée avec un système d'argile: une terre qu'on va chercher à un endroit bien spécifique. On la mouille avec de l'eau, et on la met sur le toit, sur un plancher en chêne, posé en escaliers. Cela fonctionne comme un puzzle.

On estime le poids de la structure à 300 kilos par m2. 200 une fois que l'argile est sèche. Pour ces couvreurs professionnels depuis quatre générations (le fiston est sur le chantier), la technique des faisiaux est un moyen unique et rare de conserver le savoir-faire du coin.

On est quand même fiers de le faire, parce que cela fait partie du patrimoine, et que c'est fini. Après nous, c'est terminé, à moins que quelqu'un veuille essayer.

L'appel est lancé. Pour l'une des propriétaires du bâtiment à rénover, Agnès Ricou, cette rénovation est presque une démarche d'hommage:

On voulait faire quelque chose pour le village. Parce qu'on vient quand même de Flandre pour habiter en Wallonie. Et on est amoureux du village, donc pour lui on a décidé de faire le toit. La prochaine étape, ce sera le séchoir à tabac.

Ce toit en faisiaux coiffe en réalité deux pièces anciennes typiques du village. Le tout fait partie du petit patrimoine populaire wallon, explique Eric Vincent, guide dans la région pour l'Office du Tourisme et passionné de patrimoine local:

Vous avez le dernier fumoir à jambon du village de Laforêt, qui est une pièce absolument extraordinaire. C'était une pièce généralement attenante aux maisons. Et puis les habitants avaient un rang de cochons, dans lequel, comme cela se dit, ils rangeaient leurs cochons.

Des trésors comme ceux-ci, le village de Laforêt et tous ceux de Vresse en regorgent. Eric fait partie d'un groupe de bénévoles qui s'attelle avec la commune à recenser ce patrimoine. Un projet de longue haleine, lancé par la Province de Namur, qui devrait atteindre son but dans six mois: mettre en ligne tout ce petit patrimoine populaire wallon.

Nicolas Lembrée, Journaliste
nicolas.lembree@matele.be

 

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