Le marché couvert aux bestiaux de Ciney reste un lieu clé pour fixer le prix du bétail. Mais avec la baisse de fréquentation et la montée des ventes directes à la ferme, son avenir est incertain.
À Ciney, le marché couvert aux bestiaux reste une référence. Dans ce lieu, vendeurs et acheteurs se rencontrent pour fixer le prix du bétail. Encore aujourd'hui, il est l'un des plus grands marchés d'Europe. L'outil sert de baromètre pour toute une filière. Philippe Delahaut, directeur du marché, rappelle l'importance de cette institution :
C'est vraiment la bourse où les prix se font pour le bétail. Essentiellement blanc-bleu, mais aussi les autres races, et c'est le seul endroit où il y a un juste prix qui permet de valoriser les animaux.
Ces dernières années, le marché a connu un net recul. En 2009, près de 3000 bovins passaient par les allées cinaciennes. Seize ans plus tard, ce chiffre est tombé sous la barre des 1500 en moyenne. Benoît Cassart, éleveur à Porcheresse et député européen, explique les raisons:
La baisse du nombre de bêtes depuis 30 ans s'explique en partie par différentes maladies sanitaires : on a perdu près d'un animal sur trois en Belgique. Parallèlement, les fermes se sont concentrées et ont grandi, ce qui modifie la dynamique du marché. Aujourd'hui, la combinaison de ces facteurs – maladies, concentration des exploitations et évolution des pratiques d'élevage – explique en grande partie la diminution de la fréquentation.
De plus en plus de transactions se font directement à la ferme, sans passer par la case marché. Cette pratique ne date pas d'hier. Jean-Pierre Hautot, un éleveur de Ciney, vend ses veaux à domicile depuis quarante ans :
On achète les lots dans les grosses fermes et on les envoie directement dans les centres d'engraissement. Moins de travail au marché, moins de risques pour les animaux, et moins de contraintes administratives.
"Les agriculteurs n'auront plus aucun pouvoir de négociation."
Mais Philippe Delahaut met en garde contre les risques d'une disparition du marché :
Si cet outil venait à disparaître, ce seraient quelques gros marchands qui fixeraient les prix. Il n'y aurait plus cette concurrence, plus cette bourse de prix, plus le juste prix pour les animaux… et ce serait le début de la catastrophe.
Benoît Cassart confirme :
Les agriculteurs doivent comprendre que s'ils sont obligés de livrer à un seul abattoir, ils n'auront plus aucun pouvoir de négociation.
Au-delà des chiffres et de l'économie, le marché de Ciney reste un lieu de rencontres et d'échanges. Géry Callaert, marchand d'animaux, souligne :
Si tu ne viens pas ici, tu ne connais pas les gens. Le marché te permet de juger de la fiabilité des clients et de l'état des animaux. C'est un rendez-vous indispensable.
Ces dernières semaines, l'activité du marché semble repartir. La hausse récente des prix du bétail a contribué à attirer à nouveau les éleveurs. Depuis le début de l'année, la moyenne s'établit à 1 700 bêtes par semaine.