Le castor est souvent perçu de manière négative, à cause des désagréments provoqués par ses constructions sur les cours d'eau. Mais les barrages du rongeur permettraient de filtrer l'eau. Exemple à Gedinne.
A Willerzie, dans la commune de Gedinne, s'écoule la Hulle, une rivière qui prend sa source dans le massif de la Croix-Scaille pour rejoindre la Houille et se jeter dans la Meuse à Givet. Ce cours d'eau est habité depuis des années par les castors. Le rongeur a d'ailleurs construit un barrage d'une taille importante à proximité du village.
Lors des journées de l'eau, la régionale Natagora Lesse & Houille et le contrat de rivière Haute-Meuse ont décidé de mener des analyses en amont et en aval de ce barrage. L'objectif était d'évaluer son impact potentiel sur la qualité de l'eau de la Hulle. Et les résultats sont sans équivoque, note Sylvain Richard, du contrat de rivière Haute-Meuse.
Nous avons trouvé des espèces plutôt tolérantes en amont et plutôt exigeantes en aval, ce qui peut démontrer une amélioration de la qualité de l'eau. Le barrage de castors y est probablement pour quelque chose, tout comme l'hydromorphologie du cours d'eau qui est assez particulière.
A un point de la rivière, situé plusieurs centaines de mètres en aval du barrage de castors, les bénévoles ont notamment découvert plusieurs espèces aquatiques témoignant d'une bonne qualité de l'eau, explique Sylvain Richard.
On a retrouvé deux espèces de perles différentes, ce qui est assez bon signe. Mais aussi des trichoptères avec et sans fourreau, des larves de libellules, de demoiselles… Il y avait vraiment beaucoup de choses.
Pourtant, le rongeur a mauvaise réputation
Le village de Willerzie, situé en amont du barrage, a la particularité de ne pas être épuré. Les eaux polluées s'écoulent donc librement dans la Hulle. Mais le barrage construit par les castors fait office de station d'épuration naturelle, selon Sylvain Richard.
En fait, un cours d'eau va toujours avoir une petite ou grande capacité d'auto-épuration. Mais un barrage peut avoir un côté filtrant ou permettre de reméandrer le cours d'eau, ce qui représente un impact positif.
Les barrages de castors pourraient même limiter les risques d'inondations en freinant l'écoulement des eaux en aval. Pourtant, le rongeur est plus souvent décrié pour les désagréments causés par ses constructions, note Jean-Luc Pitsaer, le conservateur de la réserve naturelle de la Vallée de la Hulle pour Natagora.
Pour les pêcheurs, c'est un problème car le barrage empêche les poissons de voyager dans la rivière, même s'ils parviennent parfois à se frayer un chemin. Pour les agriculteurs, c'est aussi embêtant car leurs prairies peuvent être inondées. Le naturaliste, par contre, est content car une fois que le castor arrive, un nouveau biotope se crée. Donc il faut trouver un compromis.
En Wallonie, le castor est une espèce protégée. Ses barrages ne peuvent être détruits, sauf en cas de dérogation du DNF. La population du rongeur est estimée à près de 3000 individus dans la région.