À Boiron, près de Gedinne, une ancienne plantation de douglas a été restaurée en prairie maigre de fauche. Trois ans après les travaux, plantes et insectes recolonisent progressivement le site.
Dans la réserve naturelle de Boiron, à proximité de Gedinne, la biodiversité se réinstalle petit à petit. Cette parcelle de 27 hectares a été mise à blanc il y a trois ans. L'ancienne forêt s'est transformé en une prairie maigre de fauche. Gauthier Deschamps, assistant à la gestion des réserves chez Natagora :
Sur cette parcelle, il y avait une plantation de douglas, une essence résineuse. Nous l'avons convertie en prairie maigre de fauche afin de favoriser la biodiversité et de permettre le retour de nombreuses espèces de plantes et d'insectes.
"Amnésie écologique"
La biodiversité peut donc à nouveau s'exprimer dans ce type de prairie, beaucoup plus répandu il y a une centaine d'années, à une époque où l'agriculture intensive n'existait pas encore. Ces réservoirs de biodiversité sont aujourd'hui de plus en plus menacés et ne représentent plus qu'une superficie limitée à l'échelle de la Wallonie. Sarah Wautelet, coordinatrice du projet Life Connexions chez Natagora :
Il existe une forme d'amnésie écologique : on oublie que ce type de milieu était autrefois relativement commun en Wallonie et accueillait une grande diversité d'espèces. Avec l'intensification des pratiques agricoles après la Seconde Guerre mondiale, pour répondre aux besoins en élevage et en production de bois, ces habitats ont été réduits à des superficies très limitées. Aujourd'hui, nous essayons de leur redonner de l'espace afin d'éviter l'effondrement de la biodiversité, dont notre société dépend également.

Fauchage tardif
Dans une prairie maigre de fauche, l'intervention humaine reste limitée. Pour préserver ce milieu ouvert, la parcelle est simplement fauchée une fois par an, de manière tardive. Gauthier Deschamps :
L'entretien est essentiel. Sans fauche, la prairie se reboiserait naturellement. L'objectif est de conserver les espèces propres aux milieux ouverts, dits semi-naturels. La fauche est réalisée tardivement afin que les plantes puissent produire leurs graines et enrichir naturellement la prairie.
L'Europe oblige, la Wallonie temporise
Ce projet, mené par Natagora, s'inscrit dans le cadre du programme Life Connexions, financé par l'Union européenne. Depuis deux ans, l'Europe impose d'ailleurs aux Etats membres de restaurer d'ici 2030 au moins 20% des terres, dont l'écosystème a été dégradés.
La Région wallonne n'a toutefois pas encore débloqué les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif, explique Sarah Wautelet :
La législation européenne nous demande de restaurer ce type d'habitats naturels. Mais nous ne savons toujours pas quels moyens budgétaires seront mobilisés pour y parvenir. Le programme Life lui-même est également menacé après 2028. On nous demande d'accélérer la restauration de la nature, mais sans visibilité sur les financements.
Cet été, les derniers douglas encore présents au fond de la parcelle seront abattus afin d'agrandir la prairie maigre de fauche et de poursuivre la restauration de cet habitat naturel.