Maria van den Steen de Jehay présente, au début du XXème siècle, toutes les caractéristiques d’une femme du monde. La Grande Guerre va la transformer, selon la formule de la Reine, en « Major de Poperinghe ».
En 1870, dans le château du Ry à Mohiville, Ferdinande de Maillen donne naissance à une petite fille, Maria de Villegas de Saint-Pierre. La famille aristocrate mène un grand train de vie. Maria grandit et devient, ce qu'il convient d'appeler, une femme du monde. Elle se passionne pour la littérature mais choisit également de devenir infirmière.
Maria de Villegas de Saint-Pierre épouse son cousin, le comte Léopold van den Steen de Jehay en 1892, leur voyage de noces durera six mois et les emmènera à travers toute l'Europe. De retour en Belgique, le couple partage son temps entre un hôtel particulier à Bruxelles et le château de Chevetogne. C'est là que Maria se trouve lorsque la guerre éclate en août 1914.
Immédiatement, Maria van den Steen de Jehay prend les choses en main et transforme le château en ambulance, c'est-à-dire en hôpital. Elle demande aux domestiques de descendre tous les matelas au rez-de-chaussée et les fait installer de part et d'autre du grand hall. A Chevetogne, il y aura 15 matelas à gauche pour les soldats français et 15 à droite pour les Allemands. Au milieu, Maria, qui règne sur tout ce petit monde. On imagine mal aujourd'hui la force de caractère de la Comtesse pour soigner avec la même équité, le même dévouement, amis et ennemis.
L'ambulance de Chevetogne ne fonctionne que quelques semaines. En septembre, le château est occupé par les Allemands dirigés par le général von Lonchamp. Lorsque Maria lui annonce qu'elle retourne à Bruxelles retrouver son mari, l'Allemand ne la croit pas et, persuadé qu'elle va rejoindre la Reine Elisabeth sur le front, lui confie un petit mot où il présente ses hommages à la souveraine. Habilement, Maria va se servir de cette missive pour quitter la Belgique occupée.
Sur le front
D'abord lingère dans l'hôpital du Duc et de la Duchesse de Vendôme, Maria van den Steen de Jehay fonde à Poperinghe, dans la « British Area », l'hôpital Elisabeth. Elle mobilise son immense carnet d'adresses pour lever des fonds et pour recruter du personnel. Pendant plus de trois années, Maria soigne des civils atteints du typhus, accueille et réconforte des soldats blessés et organise l'évacuation de réfugiés.
En 1918, la Comtesse que la Reine surnomme affectueusement « Mon Major de Poperinghe » rentre de la guerre, épuisée. Son fils qui s'était engagé à 16 ans, revient psychologiquement meurtri et sa famille se dispute le château de Louvignies. Malgré cela, Maria continue son combat : elle vend ses collections de tableaux pour financer des œuvres au profit des orphelins de guerre et des gueules cassées. En novembre 1939, elle termine ses mémoires par « Tout cela est-il bien arrivé ? Tout cela ne va-t-il pas recommencer ? ».
Le rôle des femmes dans la Grande Guerre
La place des femmes aux côtés des soldats lors de la Grande guerre se situe essentiellement dans la composante médicale. Lors de l'invasion en août 1914, les soins de santé sont très peu organisés. Cependant, un certain nombre de femmes, essentiellement issues de l'aristocratie, va installer des ambulances où on soigne les combattants des deux camps. Au-delà du devoir patriotique de servir son pays, cette pratique permet aussi de hisser le drapeau de la Croix-Rouge sur le château et donc de le protéger.
En Belgique, le personnel hospitalier, en particulier féminin, manque de formation. Les soins procurés peuvent être qualifiés de « maternels » et non pas de « professionnels ». Les infirmières réconfortent plus qu'elles ne soignent. Lorsque l'armée belge prend position derrière l'Yser, le commandement militaire se rend compte de la pénurie et fait venir des nurses d'Angleterre. La cohabitation ne sera pas toujours aisée : les Anglaises, très strictes et disciplinées, ont une approche plus médicale de leur métier.
A la fin de la guerre, beaucoup de femmes vont poursuivre leur métier d'infirmière et initier un mouvement d'émancipation féminine.
Merci à Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre et à Axel Tixhon
Avec le soutien de la Province de Namur
