Carte blanche

Rendre nos communautés plus autonomes et donc plus résilientes

publié le:11/05/2020 11:33:00 - mis à jour: 11/05/2020 16:41:21

Nicole Willem

Nicole Willem, du groupe "Rochefort en transition" réfléchit à notre avenir "post-corona". Elle refuse de revenir au monde "normal" qui, selon elle, fait peser sur nous une menace climatique plus grave encore.

Citoyenne engagée, Nicole Willem est l'animatrice du groupe "Rochefort en Transition", elle mène une réflexion permanente sur l'avenir de notre planète. Consommer, se déplacer, se nourrir, se loger et travailler autrement, c'est son credo. Elle en est persuadée que, par des actions locales, on peut changer le monde. Elle constituait dès lors une ressource très indiquée pour notre réflexion sur le monde "post-corona". 

L'intertitre est de la rédaction. 

Carte blanche à Nicole Willem: Quel monde voulons-nous pour demain? 

Nous sommes tous bouleversés d'une manière ou d'une autre par la crise inédite qui frappe notre monde.

Certains souhaitent que rapidement nous revenions à la normale. Mais c'est quoi la normale ? Un monde où l'argent est roi et dans lequel la plupart des êtres humains et la nature ne sont que des marchandises que l'on exploite sans scrupules si ça augmente les profits ? Un monde où 25.000 personnes meurent de faim chaque jour? Un monde où les exclus sont de plus en plus nombreux? Un monde où on court tout le temps, pour gagner de l'argent, pour acheter, consommer, gaspiller? Un monde où les services aux personnes se font dans des conditions de plus en plus difficiles ? Un monde où la nourriture parcourt des milliers de km pour arriver dans nos assiettes alors que des producteurs près de chez nous tirent le diable par la queue? Je pourrais remplir tout mon texte d'exemples de ce monde «normal» qui nous détruit depuis des dizaines d'années et qui fait peser sur nous une menace climatique encore bien plus grave. Et donc si retourner à «la normale» c'est relancer tout cela : non, trois fois non, ça suffit, basta, y en a marre!

Heureusement de tous côtés et dans tous les secteurs, un grand nombre de citoyens, d'associations, de services,... souhaitent que ce moment soit l'occasion de remettre en question "le toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin, toujours moins chère". Que ce moment soit l'occasion de réfléchir à comment rendre nos communautés (ville, village, quartier,...) plus résilientes. C'est à dire plus autonomes, capables d'utiliser leurs ressources (naturelles, en compétence, en savoir-faire,...) pour faire face à un choc ou à des événements extérieurs et capable de rebondir pour poursuivre la vie de la communauté.

Aujourd'hui, nous sommes très peu résilients car la plupart de nos besoins (se nourrir, construire, se fournir en matériels divers,...) dépendent de biens qui viennent des quatre coins du monde. Et cette grande dépendance, nous l'avons tous constatée depuis des semaines.

Prendre notre avenir local à deux mains

Cette démarche d'avancer vers une manière de vivre ensemble plus résiliente, cela fait des années que Rochefort en Transition y travaille. Face à cet avenir qui peut faire peur, des citoyens, des associations, des entrepreneurs ont décidé de ne plus attendre un changement venu d'ailleurs mais de prendre leur avenir local entre leurs mains: soutien aux producteurs locaux par des marchés réguliers de produits locaux (comme celui qui a lieu tous les vendredis à Préhyr, Rochefort), monnaie locale citoyenne (Le Voltî) qui soutient l'économie locale, une école à pédagogie participative, un groupe semences, achat de terres pour les sortir de la spéculation foncière (Terre-en-Vue), la défense des Biens communs,...

Et donc à quoi pourrait ressembler cette autre manière de vivre ensemble? Quelques idées qui me tiennent à coeur personnellement:

  • Vivre plus simplement, en réduisant ses besoins, en privilégiant les liens plutôt que les biens;       
  • Permettre à chacun d'avoir un rythme de vie soutenable où on peut s'occuper de soi et des autres ce qui passe notamment par un partage du temps de travail;
  • Utiliser les ressources naturelles avec parcimonie et en sauvegardant la biodiversité garante de notre vie à tous (humains et non-humains);
  • Donner la possibilité à chacun d'être régulièrement en contact avec la nature dont nous faisons partie pour mieux la connaître et la comprendre;
  • Mettre l'humain  au centre des décisions et repenser l'aide et les soins aux personnes, et notamment pour les personnes âgées, les personnes avec un handicap ou en difficulté;
  • Arrêter de produire de la richesse au profit d'un nombre de plus en plus limité de personnes, répartir cette richesse de manière plus juste (ici et ailleurs) notamment en rendant impossible l'évasion fiscale;
  • Assurer l'autonomie alimentaire locale (des semences jusqu'à l'assiette) par l'agriculture paysanne qui fonctionne grâce à des filières complètes (production, transformation, vente);
  • Revaloriser les travaux manuels (cuisiner, jardiner, bricoler, coudre,...) dès le plus jeune âge pour que chacun puisse réagir et se débrouiller quand il y a une difficulté;
  • Favoriser la solidarité, l'entraide, le partage au sein d'un village dans l'esprit des Systèmes d'Echanges locaux (CiRoSEL dans notre région);

Des utopies tout cela? Bien sûr ! Une utopie dessine un horizon au départ difficilement atteignable mais qui, par chaque lutte, chaque gain, va se rapprocher un peu plus et enfin se transformer en une réalité que nous pourrons vivre.

Je terminerai par cette citation de Pierre Rabhi :

Désormais la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l'humanité, sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s'adonner à n'importe quelle activité créatrice d'autonomie sera considérée comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l'asservissement de la personne humaine.

>>> Pour lire toutes nos cartes blanches sur le thème "Quel monde voulons-nous pour demain?" : https://www.matele.be/cartes-blanches

La rédaction

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