Environnement

Sécheresse en Famenne : dans nos forêts, les champignons se font rares

publié le:29/09/2026 09:44:00 - mis à jour: 29/09/2026 19:01:56

Au bois de la Heronerie à Lessive, les naturalistes dressent un bilan alarmant : touchés par la sécheresse, les champignons s’effondrent, passant de 150 espèces l’an dernier à une vingtaine aujourd’hui.

Sous les arbres du bois de la Heronerie à Lessive, le constat fait froid dans le dos. Venus effectuer leur relevé annuel de biodiversité, les membres de la Société des Naturalistes de Namur-Luxembourg (SNNL) ont découvert des sous-bois quasi déserts. En cause : une sécheresse historique qui prive le sol d'humidité, brise la symbiose entre les arbres et les champignons, et menace l'ensemble de l'écosystème forestier. 

Un effondrement brutal : de 150 à 20 espèces en un an

Chaque automne, les bénévoles de la SNNL sillonnent la région pour répertorier les espèces de champignons dans des forêts naturelles préservées. Mais cette année, la prospection a pris une tournure dramatique, raconte Pascale Debras, secrétaire à la Société des Naturalistes. 

L'année passée à la même époque, nous avions obtenu environ 150 espèces différentes sur ce site. Aujourd'hui, on en compte une petite vingtaine tout au plus.

Faute de pluie, les célèbres "champignons à chapeau" (les macromycètes à lames) ont presque totalement disparu des parcelles, précise Pascale.

Il n'y a plus rien du tout, à part des croûtes et des polypores sur le bois mort, c'est-à-dire les espèces les plus résistantes.

Un sol "comme du béton" et des chênes en dépérissement

Pour Marc Piquet, ancien forestier et naturaliste actif depuis plus de 50 ans en Famenne, la situation sur ce sol argilo-calcaire est d'une gravité inédite. 

Sur le sol, c'est impossible de trouver quoi que ce soit : il est extrêmement sec, dur comme du béton.

Cette pénurie d'eau a des conséquences directes sur la biologie du sous-bois. Privé d'humidité en surface, le mycélium (le réseau souterrain du champignon) se réfugie en profondeur, empêchant la formation des fruits visibles à l'œil nu. Les rares spécimens qui parviennent à émerger apparaissent miniatures ou  "raccrapotés".

Ce blocage rompt l'échange vital entre les arbres et les champignons. En Famenne, la chênaie subit de plein fouet ce "stress environnemental", comme le détaille Marc.

La chênaie est en train de dépérir partout ici, elle est vraiment en crise. Comme cette sécheresse a cassé la relation entre les arbres et les champignons, le phénomène s'aggrave.

Parmi les rares champignons à lames observés figure d'ailleurs la collybie du chêne, une espèce parasite qui s'attaque aux racines des arbres déjà fragilisés.


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Un drame écologique global

Si des sécheresses marquantes ont déjà touché la région par le passé, notamment dans les années 1970, les scientifiques observent une accentuation continue du phénomène depuis 15 à 20 ans. Même l'Ardenne, historiquement plus arrosée, subit désormais ces déficits hydriques marqués.

Pour les naturalistes comme Pascale, la disparition temporaire des champignons n'est que la face visible d'un problème bien plus large.

C'est un drame évidemment. L'écologie est un tout : s'il manque des champignons, cela veut dire que les mousses sèchent aussi et que tout l'environnement souffre.

Même si la nature fait preuve de résilience et que des espèces méditerranéennes pourraient remonter vers le nord à l'avenir, le déséquilibre actuel inquiète les observateurs.

Sensibiliser le grand public avec des expositions

Malgré la tristesse face à ce paysage asséché, la centaine de bénévoles qui compose la SNNL continue son travail rigoureux d'inventaire naturaliste, qui couvre la botanique au printemps, la mycologie en automne et la géologie en hiver. Leurs données permettent d'établir un état des lieux précis pour éclairer les gestionnaires du territoire.

Pour partager leurs découvertes et alerter sur la fragilité de cette biodiversité, l'association organise une exposition de champignons frais à l'Institut des Arts et Techniques de Namur (IATA). Il s'agit d'une occasion rare pour le grand public, puis pour les élèves de l'établissement, de découvrir la diversité méconnue du monde fongique et d'apprendre à identifier les espèces en toute sécurité.

Antoine Van Laethem, Journaliste
antoine.vanlaethem@matele.be

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