Biodiversité

Le dépérissement des chênes s’accentue en Famenne : quelle forêt pour demain ?

publié le:09/09/2026 15:57:00 - mis à jour: 10/09/2026 15:19:50

Le dépérissement des chênes s’accentue en Famenne, où le changement climatique rend les arbres particulièrement vulnérables. Le DNF réfléchit à la forêt de demain, entre nouvelles essences et régénération.

Vu du ciel, le phénomène saute aux yeux. Dans certaines zones, les forêts prennent déjà des airs d'automne. Sur le terrain, Thibaut Gheysen, chef de cantonnement au Département Nature et Forêts de Rochefort, observe différents signes de dépérissement.

D'abord, on a commencé à voir les houppiers, c'est-à-dire le sommet des arbres, s'éclaircir. Puis sont apparus des écoulements noirs sur les troncs, ainsi que des piqûres d'insectes. Au début, ces insectes étaient relativement peu dommageables, car ils ne pénétraient pas à l'intérieur du bois et n'avaient donc pas d'impact sur sa valorisation.

Le phénomène n'est pas nouveau. Des dépérissements sont observés depuis plusieurs années et se sont accentués depuis 2021. Aux signes de faiblesse des arbres se sont donc ajoutées les attaques d'insectes.

Aujourd'hui, d'autres insectes pénètrent à l'intérieur du bois et en réduisent fortement la valeur. Certains usages, comme la fabrication de tonneaux, de placages ou même de parquet, deviennent alors impossibles.

La situation est directement liée aux conditions climatiques

En Famenne, les sols sont souvent superficiels et disposent de réserves en eau limitées. Ils peuvent être très humides en hiver, mais devenir particulièrement secs en été. Or, les périodes sans précipitations sont de plus en plus longues. Thibaut Gheysen poursuit :

Le chêne pédonculé, très présent dans nos forêts, supportait bien les sols humides en hiver. Il souffre davantage lorsque l'eau vient à manquer durant de longues périodes en été. Pour se protéger, certains arbres commencent alors à perdre leurs feuilles plus tôt.

Cette situation a également un impact économique. Lorsqu'un arbre est attaqué par les insectes et perd en qualité, son bois est moins valorisable et son prix diminue. Pour autant, il n'est pas question de couper systématiquement tous les arbres qui dépérissent.

Quand on coupe un arbre, on fait rentrer de la chaleur dans le peuplement. Les voisins ont plus chaud, ils risquent aussi de souffrir plus. Il faut donc trouver un équilibre entre la valorisation des arbres qui peuvent encore l'être et la préservation de l'ambiance forestière. Garder un couvert permet notamment de limiter la température et de favoriser l'installation des jeunes arbres.

Quels arbres pour les forêts de demain ?

Le DNF travaille donc sur différentes pistes. Le chêne sessile, qui supporte mieux les périodes de sécheresse, est notamment testé. Des provenances plus méridionales sont également étudiées, tout comme le chêne pubescent. Mais toutes ces essences ne sont pas forcément adaptées à chaque endroit. Les forestiers doivent aussi tenir compte des conditions locales et du statut Natura 2000 de certains peuplements.

Une autre piste pourrait venir directement de la nature. La régénération naturelle permet aux arbres les mieux adaptés à leur environnement de se développer. Le chêne possède notamment un potentiel génétique important, qui pourrait lui permettre de s'adapter progressivement aux nouvelles conditions.

Peut-être que les essences qu'on a maintenant dans la régénération naturelle vont s'adapter en montant moins haut, et permettre déjà de recréer une forêt sans qu'on doive spécialement aller tout replanter.

L'objectif est donc de préparer les forêts de demain sans forcément renoncer au chêne indigène. En Famenne, les forestiers cherchent encore le bon équilibre entre adaptation au changement climatique, maintien de la biodiversité et préservation d'un paysage forestier qui fait partie du territoire depuis des générations.

Antoine Peret, Journaliste
antoine.peret@matele.be

 

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