Agriculture

Tensions croissantes entre producteurs bio et l’APAQ-W autour d’une cotisation obligatoire

publié le:22/05/2026 18:15:00 - mis à jour: 22/05/2026 19:17:14

Le malaise grandit entre une partie des producteurs bio wallons et l’APAQ-W, l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité. Au cœur du conflit : une cotisation annuelle.

Si le montant peut sembler modeste, un peu plus de trois euros par mois, ce n'est pas tant la somme qui suscite la colère que son caractère obligatoire. Plusieurs producteurs dénoncent une contribution imposée et qu'ils assimilent à une taxe supplémentaire dans un secteur déjà soumis à de nombreuses contraintes administratives et économiques.

« On n'a pas le choix, on est pris en otage », déplore Sébastien Lenoir, responsable du maraîchage à la ferme des Rabanisses, sur les hauteurs de Rochefort. Selon lui, cette cotisation pénalise paradoxalement ceux qui « font les efforts de produire mieux pour une meilleure santé de la population ».

Une cotisation imposée depuis 2023

Cette contribution découle d'un arrêté du gouvernement wallon entré en vigueur en janvier 2023. Elle concerne les producteurs, transformateurs, distributeurs et grossistes du secteur bio. Pour les producteurs, le montant est fixe : 38 euros par an. Pour les autres acteurs de la filière, il varie selon le chiffre d'affaires.
En échange, l'APAQ-W est chargée de promouvoir le secteur bio auprès du grand public.

Du côté de l'agence, on rappelle que cette cotisation relève d'une obligation légale. Son directeur général, Philippe Mattart :

L'institution ne fait qu'appliquer la réglementation décidée par le gouvernement wallon.

Il évoque également un projet de réforme actuellement porté par la ministre wallonne de l'Agriculture :

La création d'une structure unique regroupant l'APAQ-W, le Collège des Producteurs et BioWallonie. Cette future entité pourrait être l'occasion de réévaluer le système de cotisation.


Une promotion jugée inefficace par certains producteurs


Au-delà de l'aspect financier, plusieurs producteurs contestent surtout la pertinence même des campagnes de promotion menées par l'APAQ-W.

Certains estiment ne jamais avoir demandé ce service et dénoncent une communication peu adaptée au bio. D'autres reprochent à l'agence de défendre simultanément l'agriculture conventionnelle et l'agriculture biologique, ce qui, selon eux, empêche une promotion forte et assumée du secteur bio.

Timothée Collin, du réseau des GASAP :

Mettre en exergue les circuits courts constituerait un soutien bien plus efficace pour les producteurs bio que des campagnes publicitaires généralistes. Les agriculteurs ont le sentiment de payer pour une communication dont ils ne perçoivent ni l'impact ni les bénéfices directs.


L'APAQ-W défend sa mission


Face aux critiques, Philippe Mattart rejette l'idée d'une incompatibilité entre la promotion de l'agriculture wallonne dans son ensemble et celle du bio :

Les campagnes menées mettent clairement en avant le secteur bio. Dire aujourd'hui que puisque l'on fait la promotion de l'agriculture d'une manière générale, on ne peut pas faire la promotion ou la communication sur le secteur bio, pour moi, est une erreur profonde. L'ensemble des messages que nous faisons passer en faveur du secteur bio sont extrêmement clairs sur les avantages que peut avoir le secteur bio en faveur des consommateurs. Ils mettent également en exergue les garanties du cahier des charges européen du bio.


Des positions toujours figées


Pour l'heure, aucune réunion n'est prévue entre les représentants des producteurs bio mécontents et l'APAQ-W afin d'apaiser les tensions.

Les positions restent donc largement figées, dans l'attente d'une éventuelle réforme du paysage wallon de la promotion agricole. Si elle voit le jour, comme le souhaite la ministre wallonne de l'Agriculture, Anne-Catherine Dalcq, la future structure unique regroupant l'APAQ-W, le Collège des Producteurs et BioWallonie pourrait rouvrir le débat sur ce système de cotisation contesté.

Benjamin Mars, Journaliste
benjamin.mars@matele.be

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