Dinant se dirige-t-elle vers une crise politique qui verrait sa majorité tomber? Après la sortie dans la presse d’une conseillère, plusieurs ténors expriment leurs doutes quant à l’avenir de la tripartite.
Une petite phrase de Thierry Bodlet a mis le feu aux poudres. Commentant la démission de sa directrice générale ce weekend, le nouveau bourgmestre de Dinant avait affirmé que Valérie Defèche n'avait pas la carrure pour l'emploi. Une remarque qui n'est pas passée inaperçue auprès de certains conseillers communaux de la majorité, au point qu'Audrey Bernard envisage aujourd'hui de siéger comme indépendante.
Contacté ce mercredi après-midi, le bourgmestre Thierry Bodlet pèse ses mots, reconnaissant qu'il a été un peu trop spontané en revenant sur la démission de Valérie Defèche, ses propos ne se voulaient pas péjoratifs, affirme-t-il.
Plus largement, Thierry Bodlet reconnaît que la situation de sa majorité est inquiétante:
Je suis inquiet pour l'avenir. Au fil du temps, il y a des aspects purement politiques qui se mêlent à des aspects humains, émotionnels. Je vais proposer qu'on refasse un check complet entre ce qu'on veut faire ensemble et ce qu'on ne veut pas pour voir si on peut continuer ensemble. L'expérience de cette majorité comme de la précédente, où moi puis Robert avions été évincés, montre que cela reste compliqué à Dinant.
Une réunion à haut risque ?
Ce mercredi soir, la majorité se réunit comme elle le fait désormais avant chaque conseil communal. Cette fois, la réunion pourrait cependant déboucher sur une crise politique majeure. Au point de faire tomber la majorité? Pas si vite, mais après avoir pris le pouls auprès de plusieurs ténors de la majorité, on ne peut que constater que plus personne ne cache le fait qu'il y ait un sérieux problème.
Pour Thierry Bodlet, la réunion de ce mercredi soir n'est toutefois pas celle de la dernière chance. A la question de savoir à partir de quand il considérerait qu'il n'a plus une majorité pour le soutenir, il ne fixe pas de seuil précis: « on verra bien avec le temps parce que les indépendants peuvent aussi voter avec nous et faire passer des projets ».
Comment en est-on arrivé là?
La majorité dinantaise, confortable au début de la législature avec 14 sur 23 sièges, semble désormais prendre l'eau de toutes parts. Alex Miskirtchian (de la liste emmenée par Robert Closset) et de Marie-Christine Vermer (ID !), même s'ils n'avaient pas formellement quitté la majorité, avaient déjà pris leurs distances en ne votant pas l'avenant au pacte de majorité en septembre dernier.
Aujourd'hui, c'est donc Audrey Bernard (liste tendance socialiste) qui envisage très sérieusement de siéger comme indépendante. Les propos tenus ce dimanche dans la presse par le bourgmestre Thierry Bodlet à la suite de la démission de la directrice générale sont très, très mal passés auprès d'Audrey Bernard.
Les propos qui ont été tenus m'ont profondément choquée. Le service public doit être soutenu par le politique et non pas dénigré.
Audrey Bernard y voit également un discours aux relents machistes. Cette colère semble être la goutte qui fait déborder le vase dans le chef de la conseillère socialiste qui se dit maintenant «en réflexion».
Je ne veux pas prendre une décision sur le coup de la colère mais je dois dire que je suis au-delà du coup de colère. Je ne peux rien faire sans l'avis des militants. Avant de prendre une décision, je dois savoir si mon énervement est partagé.
Au-delà de la colère née ce weekend, Audrey Bernard semble donc à la croisée des chemins, tiraillée entre sa fidélité à son groupe et à la majorité d'un côté et ses valeurs, de l'autre.
Le groupe socialiste «en réflexion»
Le chef de groupe d'Audrey Bernard, Laurent Belot, se dit également dans une phase d'analyse et de réflexion. Sans formuler explicitement les options qui s'ouvrent à lui, l'échevin socialiste reconnaît que la majorité actuelle «a un problème» :
Ce serait se voiler la face de ne pas reconnaître qu'il y a un problème. On est dans une situation qui se complique de jour en jour. Je suis en réflexion, en analyse parce que je ne suis pas à l'aise avec la situation, mes valeurs ne sont pas à l'aise avec la situation. Les équilibres changent pour le moment et ça me laisse songeur.
A la question de savoir si la majorité peut tomber cette semaine, Laurent Belot répond qu'il n'en sait rien. Quand on constate qu'il reste trois années pour arriver au bout de la législature régionale, voilà une réponse qui n'augure rien de bon.
Omer Laloux: «Je ne vois pas comment on va s'en sortir»
Parmi les sages du conseil communal, Omer Laloux (cdH – ID !) ne semble pas, lui non plus, croire que cette tripartite peut finir son mandat. S'il continue de défendre Thierry Bodlet, il fustige ceux qui font «leur petit show dans la presse» mais aussi Axel Tixhon et l'opposition :
J'en veux à Axel Tixhon qui est parti en claquant la porte, il aurait dû préparer sa succession. J'en veux aussi beaucoup à l'opposition qui attaque continuellement, qui met une pression pas croyable. A certains moments de la législature, il faut laisser les gens travailler. Si la politique, c'est ça, je reste chez moi, je m'occupe de mon club de foot et de ma petite-fille. L'intérêt des Dinantais, certains n'y pensent pas.
Et de conclure: «La situation est presqu'inextricable, je ne vois pas comment on va s'en sortir.»
Delphine Claes et Robert Closset y croient toujours
Parmi ceux qui continuent à penser que, malgré tout, la majorité dinantaise a un avenir se trouvent le premier échevin, Robert Closset et la présidente du CPAS, Delphine Claes (Ecolo- ID !). L'un comme l'autre plaident pour que les dissensions s'expriment en réunion de majorité plutôt que sur la place publique.
Robert Closset reconnaît toutefois que les propos de Thierry Bodlet à l'égard de Valérie Defèche auraient pu être plus mesurés:
Thierry a peut-être été un peu fort, il n'aurait pas dû dire ça mais je n'ai aucun souci avec lui. Il est à l'écolage, il faut lui laisser une chance. Il faut tâcher d'être raisonnable et s'exprimer en réunion de majorité.
Pour Delphine Claes, la crise actuelle n'est pas «un problème d'envergure»
Pour moi, rien n'est remis en question. Je préfère utiliser mon énergie à des choses positives. Je n'ai pas de problème avec Thierry Bodlet. Je ne dis pas que tout roule mais pour moi, la majorité n'est pas en danger. Il est trop tôt pour faire une analyse politique poussée de la situation.
Trop tôt, peut-être, mais la majorité dinantaise ne pourra pas faire l'économie d'une telle analyse et devra faire la part des choses entre ce qui relève de difficultés interpersonnelles liées notamment à la personnalité de Thierry Bodlet et ce qui concerne des divergences politiques et idéologiques.