Editorial
Touche pas à mon école!
publié le:30/09/2020 15:08:00 - mis à jour: 01/10/2020 11:02:14
L’école de Felenne ferme ses portes, les classes maternelles de Haut-le Wastia et de Chairière sont sauvées de justesse. Une logique administrative se heurte à la réalité rurale.
L'histoire se déroule toujours de la même façon: des habitants qui vieillissent, des seconds résidents qui s'installent et les derniers jeunes couples qui préfèrent (et on ne les en blâme certainement pas) mettre leurs enfants dans une école près de leur travail ou, au moins, pas dans une école qui risque de fermer ses portes avant la fin de leur scolarité. Les effectifs tombent alors en-dessous de la limite fatidique et le couperet tombe: l'école doit mettre la clé sous le paillasson.
En presse locale, les reportages consacrés aux écoles qui se battent pour leur survie sont malheureusement devenus inévitables en septembre. Cette année, elles s'appelaient Chairière, Haut-le Wastia ou encore Felenne. Chairière et Haut-le-Wastia s'en sont finalement sorties, Felenne est tombée. Avant elles, il y avait eu Lavaux-Sainte-Anne, Neffe, Hulsonniaux, Nafraiture… autant d'écoles ou de classes qui ont dû se battre, avec des fortunes diverses, pour maintenir leurs portes ouvertes.
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Pour rester ouverte, une classe se doit d'accueillir un nombre minimal d'élèves (qui varie notamment avec la distance par rapport à une autre école). Il existe bien sûr des dérogations pour une année ou deux mais la règle demeure : pas assez d'enfants, on ferme et on ne rouvre plus. Une logique purement administrative se heurte aux réalités des villages qui, vu leur faible population, ne connaissent pas un nombre de naissances plus ou moins constant.
Cette règle d'un nombre minimum d'enfants parce qu'elle est, dans les faits, irréversible entraîne de graves conséquences pour l'avenir des zones rurales les plus reculées. Une école qui ferme, au-delà des emplois perdus, ce sont des parents qui sont obligés de conduire leurs enfants dans le village voisin ou à la « ville » et ce, par leurs propres moyens, parce que ces entités sont en général les moins bien desservies par les transports en commun. Une double peine en quelque sorte. Une école qui ferme, c'est aussi, à moyen terme, un village qui s'endort en perdant l'un de ses moteurs du vivre-ensemble et en attirant moins les jeunes couples.
Tous les acteurs qui gravitent autour de l'école – autorités publiques, enseignants, parents – connaissent ces enjeux. Cette épée de Damoclès conduit à un effet pervers : le développement d'une forme de marketing scolaire, à grand renfort de projets pédagogiques, quand ce n'est pas de la concurrence pure et simple entre les écoles. Entendons-nous bien, nous sommes pour les projets pédagogiques originaux ou alternatifs quand ils sont portés par une équipe enseignante motivée et convaincue de leur bien-fondé mais qu'en penser lorsqu'ils ne sont qu'un vernis pour séduire les parents. Tout cela n'est évidemment pas très sain et mobilise une énergie et une attention qui seraient assurément mieux employées à enseigner et à animer une école de village.
Aujourd'hui, il nous apparaît primordial de revoir à la baisse les quotas d'enfants nécessaires pour garder ouverte une école dans les petits villages et d'allonger le nombre d'années où il est autorisé à descendre en dessous. La fermeture d'une école doit rester un événement très exceptionnel et plus facilement réversible. Les emplois qui en découlent ne seront que le faible prix à payer pour que les petites écoles rurales gagnent en sérénité et que tous ses acteurs consacrent toute leur énergie à former et à faire grandir nos enfants.