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Un an de Covid sur Matélé: quel bilan pour la rédaction?

publié le:05/03/2021 16:00:00 - mis à jour: 08/03/2021 09:49:50

Un an de Covid sur Matélé: quel bilan pour la rédaction?

Depuis un an, la rédaction de Matélé couvre le sujet «coronavirus». Nous avons compilé vos remarques et vos critiques ainsi que nos impressions et réflexions pour tenter une auto-évaluation.

*** Cet article n'est pas un article d'information comme les autres. Il s'intègre dans le projet OFF. Temps de lecture estimé: 7 minutes ***

Le 6 mars 2020, Matélé sort son premier reportage consacré au coronavirus. A l'époque, peu de Covid-19 dans les médias, celui qui allait bouleverser nos vies ne se désigne encore que par son nom générique, de coronavirus. Nous n'avons pas vérifié mais nous devons être l'un des derniers organes de presse belges à avoir réalisé un reportage sur ce thème. Matélé est un média local et début mars, si le virus circule probablement déjà dans notre région, il ne fait pas encore parler de lui. Depuis, le dossier « Covid » sur notre site internet compte 723 articles. Retour sur un an de couverture médiatique du Covid-19 par Matélé…

Les derniers et fiers de l'être !

En février 2020, nous avons tenu bon : pas de Covid sur Matélé. Toute la presse nationale s'est déjà emparée du sujet, d'abord dans les pages internationales avec des images de Chine et d'Italie, puis avec les premiers cas sur notre territoire. Dans ce contexte, nous avons voulu rester ce que nous sommes, un média local. Sur ce point, nous avons été intransigeants, même si le coronavirus envahissait progressivement la scène médiatique, nous avons maintenu le cap, tant que le Covid n'a pas de conséquence dans notre zone de couverture (l'arrondissement de Dinant, pour les distraits), nous n'en parlerons pas.

Le 6 mars, le CHU UCL Namur passe en phase de pré-alerte. Nous estimons alors que ce qui n'est pas encore une crise a désormais des répercussions chez nous et décidons de traiter.

Le premier reportage de Matélé sur le coronavirus le 6 mars 2020

Ce souci de ne traiter la crise que sous un angle local, nous avons tenté de le garder pendant toute cette année. L'information locale constitue notre raison d'être, si vous apprenez chez nous, les mêmes informations que dans la presse nationale, nous perdons toute spécificité.

Nous avons traité la situation dans les deux hôpitaux et dans les maisons de repos de notre région, nous sommes allés à la rencontre des secteurs économiques en difficulté chez nous, nous avons mis en lumière les actions de solidarité qui naissaient dans notre région, nous avons accompagné nos écoles dans leur fermeture/réouverture et dans leur adaptation en mode « hybride », nous avons suivi les sportifs, les artistes et tous ceux qui ont vu leur quotidien bouleversé dans notre arrondissement…

Cette volonté de rester «local», de décrypter le monde à l'échelle d'une petite région, c'est notre mission et notre fierté. Pourtant, ce ne fut pas toujours facile, ni même pertinent dans cette crise. Parce que pour comprendre ce qu'il se passe ici, il faut parfois avoir une vue d'ensemble. Pas facile de savoir où placer le curseur. Vous nous en avez parfois fait la remarque.

Un exemple parmi d'autres: les masques en début de crise. Faut-il porter un masque? De quel type? L'Etat fédéral assure-t-il comme il se doit l'approvisionnement? Autant de questions que nous n'avons pas abordées sur Matélé (ou très peu). Nous avons, par contre, suivi les couturières solidaires qui ont confectionné des milliers de masques et le choix des communes d'en commander pour distribuer à leur population.

>>> A LIRE AUSSI sur la problématique des masques à l'échelle locale:  Polémique autour des masques à Havelange 

>>> A LIRE sur les masques en général: Tout savoir sur les masques faits "maison"

Autre exemple, les fameuses conférences de presse de Sophie Wilmès puis d'Alexander De Croo. Nous avons choisi de les couvrir, alors que cela relève clairement de l'information nationale, en vous proposant une analyse dans l'Actu (quand l'horaire le permettait) ou un article sur notre site. Cependant, nous avons aussi voulu les décoder et les expliquer au regard des réalités locales. Pendant la première vague, nous vous avons proposé des directs d'une heure sur Facebook avec votre bourgmestre pour poser toutes vos questions pratiques.

Garder la tête froide

Pour écrire cet article, chaque membre de la rédaction s'est plongé dans ses souvenirs, dans ces jours de mars où comme vous, nous avons assisté, incrédules, au bouleversement de nos vies, y compris professionnelles. Nos mots sont sans doute les mêmes que les vôtres: «on ne s'imaginait pas que ça bouleverserait à ce point nos vies, nos habitudes», «que ça durerait si longtemps»…

Dans un premier temps, soyons honnêtes, nous n'avons pas beaucoup pris de recul. Il fallait s'adapter et très vite. L'organisationnel, le basculement vers une rédaction en télétravail et la couverture de l'info « chaude » ont clairement pris le pas sur toute forme d'auto-évaluation de notre travail journalistique.

Pourtant, dès le 24 mars, nous écrivions:

Quelles informations traitons-nous? Quelles histoires racontons-nous? Sur quel ton? Sur ces questionnements aussi, les internautes nous interpellent. Entre ceux qui trouvent qu'on parle trop de ce coronavirus et ceux qui attendent de nous des réponses aux mille questions qu'ils se posent, il faut trouver un équilibre.

Un équilibre également dans le ton de nos éditions. Là aussi, un fossé s'est creusé entre ceux qui veulent de la légèreté, des infos positives voire de l'humour et ceux qui considèrent qu'on ne peut pas rire de tout, surtout pas d'un virus qui fait autant de victimes.

Tous les jours, nous cherchons la bonne distance entre ces deux pôles. Nous avons l'ambition de vous informer sur les conséquences locales de ce virus et du confinement, de relayer les difficultés et les solutions des uns et des autres mais aussi de vous communiquer des informations pratiques liées au confinement. Nous avons également choisi de vous raconter de belles histoires, celles notamment de la solidarité, ainsi que des petites tranches de vie quotidienne.

>>> POUR RELIRE l'article complet: Comment travaille la rédaction de Matélé pendant le confinement 

Cet équilibre, nous n'avons pas cessé de le rechercher.

Vous nous avez reproché d'être anxiogènes, d'aimer vous faire peur. Sincèrement, ce n'est pas le cas. Chaque fois que c'est possible, nous réalisons des reportages sur des sujets plus positifs, constructifs ou solidaires. On se souviendra aussi de ce moment hors du temps, de ce direct devant la maison de repos de Rochefort où l'espace de quelques chansons, nous avons oublié ce maudit virus.

Mais reconnaissons-le, nous avons été les porteurs de mauvaises nouvelles, plus souvent qu'à notre tour. Aurions-nous dû traiter moins, différemment ? Les avis divergent comme les sensibilités. Nous avons aussi été pris dans un flux continu d'informations en provenance de tous les secteurs. Aurions-nous dû temporiser ? Peut-être mais jamais notre site Internet n'a enregistré autant de visiteurs, nous pensons donc que vous aviez besoin d'informations locales.

Alors? Quels enseignements tirer de tout cela ? Sans doute, qu'on ne refait pas l'histoire, et que si nous devions traiter les événements de mars et avril 2020 avec la connaissance d'aujourd'hui, on ne ferait sans doute pas les choses exactement de la même manière.

Les chiffres

Ah les chiffres! Jamais sans doute, nous n'avions eu à traiter autant de chiffres.

Au départ, nous n'en avons pas donné du tout. Au niveau national, les chiffres étaient globalisés, il a fallu attendre avant d'avoir des informations précises par province puis par commune. De son côté, au printemps, le CHU UCL Namur ne communiquait pas de chiffres non plus, tout au plus avions-nous des « indicateurs » qui, pendant la première vague, sont toujours restés au vert (sans qu'on n'arrive à savoir ce que cela signifiait exactement).

Dans un second temps, des chiffres plus locaux ont été rendus publics par Sciensano. Les chiffres ont ceci de particulier: ils bougent tous les jours. Tous les jours, vous pouvez écrire un nouvel article et le titrer ça monte ou ça descend. Nous avons cherché à résister à cette tentation.

Nous avons abordé la communication des chiffres en essayant de les encadrer d'analyses et d'explications. Reconnaissons que tout n'a pas nécessairement été assez explicite, nous ne nous sommes pas rendus compte, par exemple, que tout le monde n'avait pas les armes nécessaires pour décoder un graphique.

>>> Deux exemples: 

De manière générale, nous avons évité les comparaisons de chiffres absolus de commune à commune pour nous concentrer sur l'impact dans les hôpitaux (hospitalisations, soins intensifs...). Quand exceptionnellement nous avons choisi de vous donner des chiffres communaux, nous les avons encadrés du taux d'incidence (en vous expliquant ce que ce taux signifiait).

Aux ordres du gouvernement, des labos pharmaceutiques?

Vous nous avez beaucoup écrit pendant cette crise, parfois pour nous encourager (merci beaucoup…) et parfois pas. Passons sur les insultes ou sur les accusations du type «vous êtes l'URSS en 1974» auxquelles, honnêtement, nous ne voyons pas trop quoi répondre. Pendant cette année, il y a eu aussi des messages nous accusant d'être un des rouages d'un complot ourdi par les firmes pharmaceutiques ou par Bill Gates ou d'être le porte-parole des autorités, des « politiques ».

Ces critiques nous touchent, nous blessent parfois, surtout quand on a le sentiment de faire son métier le mieux possible, dans des conditions compliquées par la pandémie mais elles méritent aussi une réponse. Aucun journaliste de Matélé ne reçoit d'ordre de qui que ce soit. Facile à écrire mais comment le prouver aux plus sceptiques d'entre vous ? Comment prouver que s'il y a eu des approximations, des informations données un jour et démenties la semaine suivante, des JT monothématiques jusqu'à plus soif, cela relève de la maladresse, de l'erreur de jugement dans une période très agitée, mais aussi reconnaissons-le humblement, de notre manque de repères dans le traitement médiatique d'une pandémie mondiale. Par contre, cela ne relève certainement pas d'une forme de collusion avec les autorités ou les labos. Comment imaginer d'ailleurs que le cabinet du Premier ministre ou le patron de Pfizer appellerait la rédaction de Matélé pour lui dicter sa conduite?

Un bon point pour finir

L'année fut compliquée, inédite, bouleversante. Cette auto-évaluation pourrait s'étendre sur des pages et des pages. Elle pourrait revenir sur la façon dont Matélé a dû repenser ses programmes avec l'absence des événements sportifs ou culturels, comment nous avons créé «100% Kids» ou «Une heure Max», comment nous sommes passés au télétravail en quelques jours grâce à notre fabuleuse équipe technique.

Il y aurait tant de choses à analyser, à décortiquer. Ce sera peut-être l'objet d'un autre article du projet «Off».

Nous voudrions quand même terminer par nous attribuer une bonne note, celle d'être restés nous-mêmes (c'est du moins notre opinion, vous ne serez peut-être pas d'accord) tout en nous réinventant, pour employer un mot à la mode. Nous avons le sentiment d'avoir gardé notre âme, notre ligne rédactionnelle, tout en imaginant de nouveaux formats, de nouvelles façons de vous informer et en ne restant pas focalisés sur l'aspect purement sanitaire de la pandémie. Cette année, sont ainsi nés des cartes blanches avec une réflexion sur ce que nous voulons pour demain, le groupe «ADN» qui donne la parole aux jeunes, «Terroir Mon Amour» qui part à la rencontre des producteurs locaux, l'opération «Réveillons-nous» pour donner un coup de pouce aux artisans, «Les yeux dans les yeux» avec des témoignages plus longs et puis ce nouveau projet «Off» qui vise à recréer du lien entre vous et nous.

>> Une question? Une remarque sur le travail de la rédaction de Matélé, écrivez-nous à redaction@matele.be

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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