Après la vague de chaleur de juin, l'éco-anxiété grimpe. Une psychologue plaide pour l'« éco-lucidité » et invite à agir, à son échelle, sans viser la perfection.
Une vague de chaleur en chasse une autre et il devient difficile de nier l'impact négatif du dérèglement climatique sur nos vies. Dans ce contexte, bon nombre d'entre nous développent de l'éco-anxiété, une forme de détresse émotionnelle face aux crises environnementales. Murielle Joye, psychologue à Ave-et-Auffe, est spécialisée dans ces questions. Elle constate une augmentation des consultations liées à l'éco-anxiété depuis la canicule de juin :
Cette histoire de dôme de chaleur a vraiment créé de la panique. D'ailleurs, vous avez remarqué peut-être sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes en parlent, disent comment il faut faire. Moi, j'ai eu énormément de personnes exprimant, pour la première fois, cette anxiété face aux modifications climatiques. Jusqu'à présent, c'était sous-jacent.
L'éco-anxiété se manifeste par des symptômes comparables à l'anxiété classique : fatigue, ruminations, palpitations, douleurs… L'éco-anxieux peut finir par se figer et ne plus être capable de bouger.
Des petits gestes
Pour sortir de l'éco-anxiété, la psychologue conseille la politique des petits gestes : se remettre en mouvement, si possible avec d'autres.
Par exemple, conscient des enjeux climatiques, Didier Rossion a emmené ses enfants dans l'aventure du verger collectif du village d'Auffe à Rochefort. Grâce à un subside, un groupe de villageois a pu créer un verger sur une parcelle communale.
C'est un sentiment de fierté parce que bon, c'est quand même pas mal de travail, pas mal de réunions, de discussions et voir que les premiers fruits de notre travail au sens propre arrivent, c'est valorisant.
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Eco-lucidité plutôt qu'éco-anxiété
Le sol du verger collectif d'Auffe est très sec en ce début juillet. La sécheresse est bien installée en Famenne et les jeunes arbres manquent d'eau. De là à dire que l'éco-anxiété est légitime, il y a un pas que la psychologue ne se prive pas de franchir.
On devrait même appeler l'éco-anxiété de l'éco-lucidité. Puisqu'en effet, maintenant il s'agit d'une peur réaliste, face à un danger réel. Donc nommer les choses, dire « écoutez, vous avez raison d'avoir peur et on appelle ça de l'éco-lucidité », cela permet déjà de valider le ressenti des personnes. Et puis, il faut se dire que l'anxiété ça nous a toujours rendus adaptatifs. Ça nous a permis, depuis la nuit des temps, de pouvoir combattre un danger, faire face à un danger et mettre des choses en place.
Ces petits gestes, comme utiliser une gourde, laisser la place à la biodiversité dans son jardin ou encore renoncer à un voyage en avion ne changeront pas le monde mais ils feront du bien à la nature et à l'humain qui les pose.
Et Murielle Joye de rappeler cette jolie formule : on peut parfaitement accepter d'être imparfait.