15 août 1914: les Allemands battus à Dinant

15/08/2014 07:00:00

Source: www.dinant.be. Collection privée.

Le 15 août 1914, Dinant est le théâtre d'une bataille majeure pour la maîtrise de la Meuse. La Citadelle est perdue par les Français puis reconquise quelques heures plus tard. Les Allemands gardèrent une amertume immense de cette défaite, ce qui exposa la population aux terribles représailles du 23 août.

Le 15 août 1914, la bataille pressentie depuis plusieurs jours survient à Dinant.

Dès l'aube une patrouille française quitte la citadelle, tenue par un régiment français, pour surveiller les hauteurs de la rive droite, où l'ennemi s'est amassé.

A cinq heures du matin, des renforts montent vers la citadelle: c'est à ce moment que l'artillerie allemande entre en action et pillonne la ville et la rive gauche. Un des premiers bâtiments touchés est l'hospice, qui arbore pourtant le drapeau de la Croix-Rouge.

Une contre-attaque baïonnettes contre mitrailleuses

Une autre compagnie est envoyée à la citadelle, avec pour mission de gagner du terrain sur les Allemands et d'éloigner l'artillerie. Les Allemands parviennent à approcher une mitrailleuse à cent mètres de la ligne de défense. Les soldats français mettent la baïonnette au canon et contre-attaquent sous un déluge de plomb. Les pertes sont énormes. Les survivants français refluent vers l'intérieur du fort de la citadelle et s'échappent par l'escalier, abandonnant des blessés derrière eux.

A midi, le drapeau allemand flotte sur la citadelle.

Des troupes françaises sont alors envoyées de Onhaye et Weillen pour porter renfort à Dinant. Le régiment envoyé de Weillen subit des pertes inouïes en essayant de rallier Dinant: 50 morts et 300 blessés ou disparus.

Les Dinantais chantent La Marseillaise

Vers 15h, l'entrée en action de l'artillerie française, de la rive gauche de la Meuse, fait basculer le combat: les mitrailleuses allemandes installées sur les crêtes de la rive droite sont réduites à néant. L'armée allemande bat retraite.

Vers 17h, les Français regagnent la citadelle et remplacent l'étendard allemand par un drapeau français. Les Dinantais applaudissent les Français et entonnent La Marseillaise. Les Allemands feront cruellement payer ces scènes de liesse aux habitants le 23 août. Les soldats français qui réinvestissent la citadelle découvrent que les Allemands ont achevé leurs camarades blessés, voire les ont cruellement mutilés.

Un caporal français retrouvé pendu et mutilé aux parties génitales

Fernand Verez, soldat français, témoigne de cette barbarie:

"Entré à Dinant à la tombée de la nuit, j'ai passé la Meuse le soir même et suis allé à la citadelle. J'y ai vu des cadavres dans les escaliers et sur la plate-forme; trois étaient pendus, dont deux soldats et un caporal. Le caporal était pendu par le ceinturon à un arbuste et avait les parties coupées, la culotte et le caleçon étant tombés sur les chaussures et pleins de sang. Les deux soldats étaient également pendus. Je n'ai pas eu le temps de regarder s'ils étaient mutilés." (Source: L'invasion allemande, Schmitz et Nieuwland)

La population dinantaise est sortie curieusement indemne de cette terrible bataille: à la fin de journée deux morts seulement sont à déplorer parmi les civils: un facteur et un brancardier bénévole. Ce dernier, Léon Moussoux, portait le brassard de la Croix-Rouge et ramassait des soldats français blessés dans la rue Saint-Jacques. Il avait déjà ramené deux blessés et s'apprêtait à en ramener un troisième lorsqu'il fut pris pour cible par les Allemands du haut du fort. Il fut abattu d'une balle dans la tête.

Les dames de la bourgeoisie dinantaise

La conduite des Allemands fut néanmoins singulièrement violente dans le hameau de Gemechenne. Notamment un habitant a été arrêté chez lui et s'est retrouvé entouré de soldats allemands qui lui crachaient dessus, le frappaient à coups de crosse, puis de baïonnette. Il s'est finalement dégagé à coups de poings et s'est enfui sans que les balles tirées vers lui l'atteignent, même si une balle traversa sa casquette.

Le soir tombé, François Bribosia, échevin et futur bourgmestre de Dinant, écrit dans son journal:

"Il y a de nombreux tués, spécialement sur les hauteurs de la rive droite. Dinant est rempli de blessés allemands et français, tous sont soignés avec le même dévouement, par les médecins français ainsi que par les docteurs civils de Dinant. Les dames de la bourgeoisie dinantaise se disputent le rôle d'infirmières."

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CDJ

22H30