L'auteur dinantais Hugues Alexan présente notamment "D'or et de jungle" de Jean-Christophe Rufin. Un roman d'aventures, avec suspense et humour, qui dénonce aussi les dérives de pouvoir des ultras riches.
La sélection littéraire et les avis de l'écrivain dinantais Hugues Alexan :
- "D'or et de jungle" de Jean-Christophe Rufin, Calmann-Lévy, 2024
Jean-Christophe Rufin est un personnage hors du commun, aux multiples facettes. Médecin de formation, il a longtemps travaillé pour Médecins Sans Frontières avant de se tourner vers la diplomatie. Il a notamment été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.
C'est un écrivain aussi prolifique qu'éclectique puisqu'il est l'auteur de romans écologiques, politiques, policiers ou historiques (dont le superbe "Rouge Brésil" pour lequel il a reçu le prix Goncourt en 2001). Il siège aussi à l'Académie française.
Dans "D'or et de jungle", on suit Marvin Glowic, créateur du moteur de recherche Golhoo, règne sur un empire de la tech qui emploie des centaines de milliers de personnes à travers le monde.
Un jour, un de ses amis de jeunesse vient le trouver. Il s'agit de Ronald Daume, directeur d'une petite agence de renseignements privée. Il lui fait prendre conscience que le seul obstacle à l'extension de sa puissance, ce sont les lois qui régissent le pays où sa société est établie.
Le seul moyen d'y échapper, c'est d'avoir son propre État. Il le convainc de lui confier la mission d'organiser le coup d'État au sultanat de Brunei, un minuscule pays situé sur l'île de Bornéo.
Ronald rassemble une équipe constituée d'un ancien membre d'Action Directe, d'une queer spécialiste de géopolitique, de deux hackers complètement asociaux et d'une ancienne championne de plongée aux formes sculpturales...
Avec une charge d'explosifs bien placée et quelques fake news bien dosées, tout ce petit monde va tenter de renverser le sultan pour le remplacer par un fantoche à la solde de Marvin.
C'est un roman à la fois distrayant (avec du suspense, de l'aventure et un zeste d'humour) et interpellant car il aborde une problématique très actuelle : les dérives de la puissance de certaines personnes richissimes.
Il faut savoir que sur les 197 États reconnus par l'ONU, plusieurs ont un budget annuel nettement inférieur au chiffre d'affaire de Meta ou d'Amazon, par exemple.
Ça donne une idée des moyens dont disposent des gens comme Marc Zuckerberg, Jeff Bezos ou Elon Musk, pour ne citer qu'eux, s'ils souhaitent repousser les limites de leur puissance.
Elon Musk, par exemple, a créé sa propre ville : Starbase, située au Texas, une cité de 4 km² qui héberge environ 500 habitants qui sont tous des employés de Space X.
On est d'accord, une ville n'est pas un État, mais ce n'est peut-être qu'un premier pas...
- "Paresse pour tous" de Hadrien Klent, Le Tripode, 2021
L'histoire se passe en France de 2020 à 2022. Émilien Long est un économiste français, prix Nobel d'économie, auteur d'un livre intitulé Le droit à la paresse au XXIè siècle dans lequel il prône la semaine de quinze heures. Le livre est un succès qui ne manque pas de défrayer la chronique.
Des amis arrivent à le convaincre de mettre ses idées en pratique en étant candidat à l'élection présidentielle. Le roman raconte la campagne électorale et, bien sûr, développe au passage les idées portées par ce candidat pas comme les autres.
L'idée générale part d'un constat : le développement des technologies, en augmentant considérablement la productivité, aurait dû engendrer une diminution substantielle du temps de travail.
Or, ce n'est pas le cas, ou du moins pas autant que ça ne devrait. La principale raison : on a créé de nouveaux besoins en poussant les consommateurs à acheter toutes sortes de produits dont ils pourraient se passer aisément, produits qu'il faut fabriquer, ce qui nécessite du travail.
Ce qui on augmente en plus la pollution et la surexploitation des ressources de la planète, contribuant à une catastrophe écologique dont on commence à percevoir les effets.
D'où l'idée de consommer moins et mieux, de façon à produire moins et mieux, ce qui permettra de travailler moins et mieux et d'avoir ainsi du temps pour faire d'autres choses.
Car la paresse, pour Émilien Long, ce n'est pas la glandouille (ou en tout cas pas que), mais c'est se réapproprier sa vie en dégageant du temps pour la vie associative, la solidarité, le sport, la culture, le jardinage et que sais-je encore.
C'est un roman intelligent et bien documenté. L'auteur n'hésite pas à se référer à des économistes comme Keynes ou des essayistes comme Paul Lafargue, notamment, pour étayer son histoire. Le livre n'en est pas moins très plaisant, facile à lire avec un côté amusant.
Certaines idées développées sont un peu extrêmes selon moi, mais elles ne sont pas dénuées d'intérêt pour autant car elles ont le mérite de mettre en exergue les principaux problèmes auxquels l'humanité est confrontée et de proposer des pistes logiques à suivre pour les résoudre.