Beauraing
Aëlle vit depuis 9 ans à Pondrôme: elle doit quitter le territoire
publié le:06/03/2018 14:40:00 - mis à jour: 07/03/2018 14:36:49
Aëlle et sa mère doivent compter sur la solidarité de la communauté scolaire
Aëlle, 11 ans, est membre du conseil communal des enfants de Beauraing. Elle vit avec sa maman Mireille depuis 9 ans en Belgique, mais doit quitter le territoire.
L'école communale de Pondrôme est en émoi: la petite Aëlle, 11 ans, a reçu un ordre de quitter le territoire alors qu'elle vit depuis 9 ans en Belgique et 8 ans à Beauraing. Aëlle, Camerounaise, est décrite par ses enseignants comme une petite fille très douée (elle a sauté une classe de primaire) et très intégrée puisqu'elle est membre du conseil communal des enfants.

La directrice de l'école communale Sophie De Win explique :
Nous, on ne comprend pas parce que c'est un non-respect de la personne et de l'enfant. C'est une petite fille qui a toujours bien travaillé. Elle a fait sa première et sa deuxième primaire en un an tellement elle est douée. Elle est bien scolarisée et elle est vraiment belge au niveau de sa culture donc on ne comprend pas.
Messages de soutien sur les réseaux sociaux, lettre écrite par le corps enseignant, pétition en préparation. Depuis l'annonce de l'expulsion, la communauté tente de faire bouger les choses. Soutien de poids pour leur cause, le bourgmestre de Beauraing. Il connaît bien Aëlle en tant que membre du conseil communal des enfants de Beauraing. Marc Lejune va contacter le secrétaire d'état à l'immigration, Théo Francken, par le biais d'une lettre.
On va essayer d'attirer l'attention sur la maman et la petite fille pour qu'elles restent ici en Belgique où elles se sont vraiment bien intégrées. Il n'y a que les montagnes qui ne bougent pas. J'espère qu'une attention particulière sera portée au dossier. On va écrire aujourd'hui au secrétaire d'état, en espérant qu'il y soit attentif.
Mireille Akono, la maman d'Aëlle, est la plus ancienne résidente du centre Fedasil de Beauraing où sa fille et elle sont hébergées. Il y a neuf ans, elle a décidé de fuir le mariage forcé dont elle a été victime :
Si je retourne là-bas, on va directement me renvoyer rejoindre cet homme. Le commissariat aux réfugiés a jugé que je n'étais pas suffisamment en danger pour accepter ma demande. Ils se basent sur le fait que, dans le centre du Cameroun d'où je viens, les mariages forcés ne sont pas pratiqués. Mais une fois sur place, je serai envoyée chez lui, où là-bas c'est la coutume. Aujourd'hui je suis épuisée. Je ne sais pas ce que je pourrais faire de plus. Je suis à bout.
J'ai envoyé un document authentifiant que j'ai vraiment été mariée de force mais les autorités n'y croient pas. J'ai aussi expliqué que si j'allais là-bas, dans la région de mon "mari", l'excision serait pratiquée sur Aëlle. Ils utilisent toujours le même argument pour me dire non : mon origine ethnique, au centre du pays. Mais ils ne prennent pas en compte le fait que je serai directement renvoyée chez mon "mari" à l'extrême nord du pays.
Nicolas Genin, directeur du centre Fedasil de Beauraing, explique :
Il faut pouvoir apporter les preuves d'une persécution pour ses opinions politiques, sa religion, ou parce que l'on vient d'un pays en guerre. Mais aussi parce qu'on est une femme et que dans certains pays cela représente un risque de rester là-bas. Pour son orientation sexuelle également. Ce sont les instances que sont, l'office des étrangers et le commissariat général aux réfugiés, qui décident si la personne entre ou pas dans ce cadre là en fonction de son vécu.
Le centre Fedasil qui héberge Mireille et sa fille, n'a aucun pouvoir de décision sur la mesure d'expulsion décidée par le commissariat général aux réfugés et l'office des étrangers. Mireille et Aëlle sont un cas exceptionnel. En général, les dossiers sont traités beaucoup plus vite. C'est parce qu'à chaque refus elle a renvoyé une demande d'asile qu'elle a pu rester aussi longtemps dans le centre beaurinois. Le traitement d'une demande pouvant durer longtemps. Mais la loi s'est durcie, elle est plus intransigeante face aux demandes répétitives. D'après nos informations, étant donné qu'il n'y a pas de preuves nouvelles de ses dires dans le dossier de Mireille, il risque à présent d'être directement refusé. Elle peut réintroduire une demande d'asile si elle le souhaite, mais elle n'est plus sûre de pouvoir rester dans son hébergement actuel.
Si les actions menées par l'école et le bourgmestre ne donnent rien, d'ici la fin de la semaine, Aëlle pourrait peut-être retourner dans un pays dont elle ne connaît presque rien.
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