ANALYSE Hastière : le choc des générations

publié le:05/02/2016 19:00:00 - mis à jour: 08/02/2016 11:06:00

La vieille école qui a fait ses preuves face à la nouvelle génération remuante : tout l’enjeu de l’équilibre politique hastiérois.

A Hastière, il y a deux blocs : d'une part la majorité Union, à forte tendance PS, avec ses 11 sièges et d'autre part l'opposition Avenir, à forte tendance cdH, avec ses 6 sièges. Cette configuration était déjà la même aux élections de 2006.

Lors de notre émission Acte2, la liste Avenir a posé un choix tactique fort : elle a envoyé deux jeunes sur la plateau du débat principal. Le chef de file, Jean-Joseph Nennen, a cédé sa place à une figure montante, le président national des jeunes cdH, Mathieu Morelle. A ses côtés, une autre jeune, la n°2 de la liste, Véronique Hees.

Côté majorité, Union était représentée comme il se doit par le bourgmestre Claude Bultot, accompagné du nouvel échevin Fabrice De Rycke. Un choix probablement dicté par des équilibres internes, mais un choix peu valorisant pour Fabrice De Rycke, peu à l'aise sur plusieurs dossiers.

D'un côté donc, une majorité absolue intangible en place depuis 15 ans, de l'autre, une relève qui se plaint de ne pas être entendue :

« Ils nous écoutent mais ce n'est quasi jamais suivi d'effet. Parfois cela contrarie le bourgmestre alors le débat est coupé directement. »

Claude Bultot, patelin, sort sa première petite vacherie en mode furtif :

« Ma porte est toujours ouverte. Tout le monde peut venir me voir et discuter. Mais c'est un peu triste de ne pas vous voir souvent à la maison communale… »

Réalisme de clocher

S'il y a bien un dossier où le réalisme de clocher s'oppose à un idéalisme exigeant, c'est celui de La Rotonde, du nom de cette ancienne maison de repos rachetée par la commune pour y faire du commerce et du logement. Le hic, c'est que le bâtiment a été mal expertisé et s'est vite révélé impossible à réhabiliter. D'où : décision de destruction. 550.000€ envolés. Mathieu Morelle:

« Si c'était une blague, on donnerait 10/10. C'est un vrai scandale, une gabegie. »

Claude Bultot a alors cette justification surprenante, peu en phase, c'est un euphémisme, avec les standards d'une politique d'investissement moderne :

« Oui, c'est de l'argent public, mais pas de l'argent communal. C'est de l'argent wallon qui de toutes façons aurait été dépensé ailleurs. »

Mathieu Morelle le coupe :

« Quel discours de gestion, quoi ! »

Claude Bultot continue sur sa lancée :

« Il n'y a rien comme projet, en effet, mais au budget communal, ça se limite à une dépense de 25.000 euros. On peut dire que c'est de l'argent public mais il fallait assainir un chancre. »

Mathieu Morelle ne lâche pas :

« On a acheté un terrain où il n'y aura rien du tout, cela pose question sur le mode de gestion, c'est particulièrement interpellant. »

Claude Bultot :

« On va assainir le site et c'était le but à atteindre. »

CQFD 1, version Bultot : il y avait un chancre, maintenant il y aura un terrain nu, et cela n'a pas coûté beaucoup aux Hastiérois.

CQFD 2, version Morelle : il y a un bourgmestre qui achète inconsidérément un bâtiment et qui fait payer la facture aux Wallons.

CQFD 3, version Matélé : il y a deux logiques politiques antagonistes qui ne se parlent pas.

Le centre culturel: essais et erreurs

Confirmation avec le dossier suivant : le centre culturel. Abandonné pour insalubrité. La commune hésite : faut-il étendre ? Racheter le bâtiment adjacent ? Raser ? Une terrasse ou pas ? Véronique Hees résume :

« Une fois on rénove, une fois on abat, cela fait trois ans qu'on tourne en rond. »

Claude Bultot :

« Je crois que vos collègues ont loupé quelques réunions. C'est clair qu'au début il y a eu quelques réflexions, mais c'est fini. J'ai annoncé au centre culturel, mais je crois que Mathieu Morelle n'était malheureusement pas présent, qu'on va démolir et rebâtir, c'est acquis. »

Morelle conteste faiblement : on entend vaguement grommeler les mots « premier mensonge », mais c'est trop tard, Bultot est déjà ailleurs. C'est l'art du pilonnage furtif : ce n'est qu'après qu'il soit passé qu'on constate les dégâts.

Mais Mathieu Morelle n'est pas du genre à se faire envoyer dans les cordes sans réaction :

« J'ai entendu ce discours quatre fois. On procède par essais et erreurs mais pour l'instant, il n'y a que les erreurs. »

L'interruption ne perturbe pas Claude Bultot :

« Si le dossier n'est pas éligible aux fonds européens, il peut revenir dans le PCDR. Ce dossier, il sera fait. »

Au moment de la conclusion, on avait réservé une surprise aux protagonistes : on leur a demandé de souligner une qualité de leur vis-à-vis.

Mathieu Morelle, pris au dépourvu, souligne « la sympathie hors du conseil communal » de Claude Bultot. Un défaut ?

« Il ne prend pas assez l'initiative, il subit les choses. »

Claude Bultot, dans cette dernière ligne droite du débat, a replacé Mathieu Morelle dans son statut de jeunot auquel il accorde une certaine indulgence : 

« Quand je vois comme on s'est battu sur des dossiers avec les autres niveaux de pouvoir, je ne peux pas accepter. On a parlé de réfection de ponts, on a parlé d'un gros dossier de collecteur, c'est neuf millions d'euros, c'est pas venu tout seul. On a parlé d'enfouissement électrique, c'est pas venu tout seul non plus. Il faut aller en profondeur des dossiers et ne pas se contenter d'un égout bouché de temps en temps. »

Une qualité quand même ?

« Mathieu est un jeune, il est beaucoup, beaucoup plus jeune que moi, il me fait penser à moi quand j'ai commencé, j'étais peut-être encore plus hargneux, plus méchant, mais il a une correction, il s'implique. Il a envie de faire bouger les choses, pas toujours très bien mais il est jeune. C'est un vrai adversaire. »

Classe. Et bien joué : flatter le jeune âge et la maladresse de son adversaire pose le bourgmestre en vieux mâle alpha. Et les gens aiment voter pour des vieux mâles alpha !

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