ANALYSE Havelange: le sourire de la taulière

publié le:11/11/2015 11:51:08 - mis à jour: 11/11/2015 16:47:55

Elle n'avait jamais assisté à un conseil avant de devenir bourgmestre. Son naturel désarme. Et son sourire énerve l'opposition. Mais la mécanique est huilée. Sa majorité tourne. Elle apparaît dans le débat comme si elle occupait la place depuis toujours. Elle est la taulière. Et elle ne changera pas de sourire.

Bonne chance pour la déloger, celle-là. La nouvelle bourgmestre d'Havelange, Nathalie Demanet, a connu sa première élection en 2012, est devenue directement bourgmestre, rejetant le cdH dans l'opposition. Elle aurait pu se planter dans les grandes largeurs: une majorité "ric-rac", une opposition échaudée, et un manque d'expérience locale assez phénoménal (elle admet sans peine n'avoir jamais assisté à un conseil avant de devenir bourgmestre). Mais trois ans plus tard, la bourgmestre affiche une décontraction étonnante au point de lancer sa candidature de chercheuse d'un emploi complémentaire sur le plateau de Matélé. Une sorte d'OVNI. Mais un OVNI qui dure.

Cette décontraction énerve dans les rangs de l'opposition, paraît-il. "Elle a un sourire qui sonne faux", dit un conseiller. "Je suis d'une nature joyeuse, je ne vais pas changer", rétorque Nathalie Demanet. On la dit autoritaire, aussi. Elle n'esquive pas: "Autoritaire? Sans doute. Mais gestionnaire d'une équipe, certainement." Bref, c'est une marrante, mais pas une rigolote.

Face à elle, Michel Collinge, l'ancien bourgmestre. Il n'a pas le rôle facile. D'ailleurs, il préfère dire "l'ancienne majorité" plutôt que "la minorité". Le mot a du mal à passer. C'est comme s'il se coinçait dans la gorge. "C'est une corde sensible qui vibre", admet le chef de file de la liste VRAI. "Notre perspective est de regagner notre place." La rédaction s'étonne: "Vous suivez presque chaque fois la majorité au conseil. Pourquoi l'électeur voterait-il pour vous en 2018?" Là, ce n'est plus une corde sensible qui vibre, c'est toute la harpe! Indigné, Michel Collinge. Il lâche la vapeur:

"Madame, depuis trois ans, les projets présentés au conseil sont des projets que nous avons initiés! Ils ont poursuivi la concrétisation de nos projets. Par contre, on ne vote pas les budgets car depuis trois ans, aucun budget ne présente un projet d'envergure, un projet innovant. C'est une gestion à la petite semaine, une gestion en affaires courantes."

Petite semaine, affaires courantes: les mots étaient prémédités. D'ailleurs les mêmes mots seront utilisés aussi par l'ancienne échevine Christine Botton. Effet calculé. Discours de reconquête. Mais Nathalie Demanet a aussi travaillé ses éléments de langage:

"Franchement, quand une situation est difficile, l'heure n'est pas à se demander si on part en vacances aux Bahamas ou à La Réunion, l'heure est à savoir comment boucler la fin de mois. On est en effet dans une gestion des affaires courantes, mais on n'a pas abandonné l'espoir de sortir de l'ornière et de refaire des projets."

Pas de vacances, mais des fins de mois: ou comment parler budget au téléspectateur moyen. Bien joué.

La besace de la bourgmestre n'est pas vide: il reste une petite grenade. "En 2013, quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons découvert l'imprévoyance de l'ancienne majorité." Imprévoyance: pas bien méchant, mais Michel Collinge ne laisse pas passer:

"En 2006, quand nous sommes arrivés, la situation n'était pas brillante non plus, nous avons dû augmenter les taxes pour garder une marge de manœuvre pour pouvoir mener des projets. Nous avons fait des provisions dans la perspective de la zone de secours: des provisions qui se sont avérées insuffisantes alors qu'elles se basaient sur les chiffres fournis par le gouverneur. Malgré ça, nous avons mené des projets à terme et nous n'avons lancé aucun projet sans avoir de subsides."

La technique de la tenaille

Là-dessus, Marc Libert, échevin Ecolo, entre dans la danse:

"En 2008, nous disions à la majorité qu'elle allait dans le mur. On remarque entre 2008 et 2010 une augmentation permanente des frais de personnel et de fonctionnement: +11%, +13%, +16%. C'est une gestion assez légère."

Une bonne vieille tenaille. Figure classique mais toujours efficace. Demanet d'un côté, Libert de l'autre, Collinge au milieu. Ce dernier ne s'avoue pas vaincu, loin de là:

"Je ne suis pas du tout d'accord. En terme de personnel, nous n'avons jamais engagé personne sans avoir la garantie d'une subvention à quelque niveau que ce soit. Si on avait poursuivi, c'est clair qu'on aurait dû faire des choix comme tout le monde, mais ce n'était pas le cas quand nous étions dans la majorité. Ici, je ne vois aucun plan financier avec des solutions de subvention."

Valeureuse défense! Alors Nathalie Demanet abandonne la tenaille et sort le marteau. Pour enfoncer le clou:

"Une subvention ne couvre jamais une dépense à 100%. Monsieur Collinge, vous avez usé, je ne dis pas abusé, mais vous avez usé des subventions: cela ne me conforte pas que c'est la panacée quand je vois la situation actuelle."

Michel Collinge: à quoi pense-t-il? Peut-être à 2018.

Michel Collinge, sous ces assauts, a la tête qui rentre dans les épaules. Au sens propre. Ce n'est pas très télévisuel, une tête qui rentre dans les épaules. Mais Michel Collinge ne pense plus à la tête, à la caméra, aux épaules. Il s'affaisse. A quoi pense-t-il? Peut-être à 2018. Il lui faudra un siège en plus pour renvoyer la bourgmestre et son sourire dans l'opposition.

Un siège. Un tout petit siège.

Le chemin sera long.

Revoir Le Journal

CDJ

22H30