Commerces

ANALYSE | Le commerce dans le centre-ville : le bulletin de Dinant, Ciney et Beauraing

publié le:03/11/2025 12:22:00 - mis à jour: 03/11/2025 18:05:01

L’AMCV, l’association du management du centre-ville, publie son traditionnel baromètre de la dynamique commerciale des centres-villes. Quelle est la situation à Dinant, Ciney et Beauraing ?

Comment se portent nos centres-villes ? Il y a quelques jours, l'AMCV (l'association du management de centre-ville), a sorti son traditionnel baromètre sur la dynamique commerciale des centres-villes wallons. 

Chez nous, Beauraing, Dinant et Ciney ont été analysés. Le taux de cellules vides y est plutôt stable, mais, du moins pour les deux premiers cité, reste à un niveau supérieur à la moyenne wallonne.

Erwan Leliveld, un des auteurs de l'étude, qui a particulièrement travaillé sur notre région, est l'invité du « Journal sur pause ».  

Erwan Leliveld 

Il y a 15 ans, on comptait 12,6 % de cellules vides dans les centres-villes wallons. Aujourd'hui, on est à 21,3 % pour la Wallonie. En 15 ans, on est donc à presque 10 % de cellules vides supplémentaires. Quelles sont les causes de cette érosion ? 

Erwan Leliveld : Il y a eu beaucoup de développement périphérique, surtout en Wallonie. Quand on compare avec d'autres régions, ça a été beaucoup moins dur. Et du coup, ce développement périphérique a vidé les centres-villes, principalement des enseignes. L'offre commerciale en centres-villes reste très bonne, mais il y a beaucoup de cellules vides parce qu'en fait, le commerce se trouve maintenant à l'extérieur. Donc, on est plus maintenant sur un problème d'urbanisme que commercial. Les commerces sont présents, mais ils sont dispersés et les cellules sont trop nombreuses.

Pour vous, la première cause, c'est le développement de la périphérie ? On a l'habitude d'accuser le web, le shopping en ligne. Pour vous, la cause principale de la désertification – le mot est peut-être un peu fort – des centres-villes, c'est avant tout les périphéries ?

Forcément, l'e-commerce y est aussi pour quelque chose. Tout le monde achète sur Internet. Les dernières données de Comeos annoncent plus de 80 % des personnes qui avaient réalisé un achat sur Internet durant l'année. C'est quand même énorme, avec le développement en plus de ces enseignes qui font des prix très attractifs sur le web, ça perturbe effectivement l'achat des chalands en centres-villes.

 

Mais pour vous, ça vient après le fait qu'on a développé à l'extérieur des villes, des petits ou des gros centres commerciaux ou des gros centres commerciaux ?

Il y a 15 ans, en 2010, l'e-commerce n'était pas aussi développé que maintenant. Donc je pense qu'au départ, il y a eu cette extension en périphérie, à laquelle, ensuite, sont venus s'ajouter l'e-commerce et forcément les crises successives qui ont aussi éliminé pas mal de commerces des centres-villes.

 

L'horeca et le commerce de proximité se portent bien

Il y a quand même des secteurs qui se portent bien : l'horeca et les commerces de proximité. Pourquoi est-ce que ces deux secteurs-là résistent mieux dans les centres-villes ?

En fait, maintenant la fréquentation des centres-villes tient plus de la balade. Les gens viennent s'y promener, prendre du plaisir, passer un moment. Avant, les personnes et les chalands venaient vraiment acheter, ils se baladaient, allaient de magasins de vêtements, puis ils allaient dans un petit magasin de décoration. Maintenant, le centre-ville est vraiment là pour un moment agréable que ce soit en soirée ou en journée. Et donc tous les magasins d'équipement de la personne et de la maison, ont laissé place à l'horeca et à des commerces de proximité.

 

Ça voudrait dire que les pouvoirs locaux qui veulent redynamiser leur centre-ville, l'objectif ne devrait pas être d'aller chercher de nouveaux magasins de vêtements ou de chaussures, mais plutôt de proposer une animation dans le centre-ville. C'est par là qu'on fera revivre les centres-villes ?

En fait, la qualité de vie du centre-ville, le fait que ce soit agréable, de la verdurisation, les bâtiments qui sont beaux avec une belle architecture, ça rend le cadre très agréable. Et quand le cadre est attractif, les gens viennent s'y promener et s'il y a du passage, des commerçants vont sûrement revenir dans ces rues-là. Il ne faut pas exclure, surtout pas exclure tout ce qui est équipement de la personne et de la maison, mais ça doit être des commerçants de niche qui sont vraiment spécialisés dans certaines choses. Ce commerce-là pourra ramener aussi du monde dans le centre-ville, mais c'est plus compliqué qu'avant de toute façon.

 

Est-ce que finalement il n'y a pas trop de cellules commerciales dans nos centres-villes ? Est-ce qu'on ne gagnerait pas à changer l'affectation de certains bâtiments pour en faire autre chose, peut-être du logement, plutôt que d'absolument mettre une affiche "commerce à remettre"?

Tout à fait, et c'est pour ça qu'on parle de problème d'urbanisme. Ça veut dire que certaines cellules commerciales doivent être envisagées comme autre chose que du commerce, que ce soit pour des associations ou du logement. Surtout, que s'il y a des personnes qui vivent dans le centre-ville, ça va ramener du commerce parce que les personnes qui vivent en centre-ville achètent souvent au centre-ville. Donc c'est sûr qu'il faut redensifier le périmètre commercial et les cellules dans lesquelles on ne peut plus remettre de commerce, il faut les laisser et surtout les transformer, les reconvertir.

 

C'est quelque chose que les pouvoirs publics communaux entendent facilement ? Accepter que le centre doit être plus petit et que la périphérie du centre, si je puis dire, doit être affectée à autre chose. 

Ils l'entendent. Après, il faut vraiment garder du commerce en centre-ville. Si on enlève toutes ces cellules qui ont un potentiel commercial, on ne va plus savoir redensifier le commerce.

 

Pour vous, ce n'est pas grave, s'il y a 10 ou 15 % de cellules vides ? Cela fait partie de la dynamique, il faut les garder pour pouvoir laisser des projets éclore. Le danger serait de tout transformer et de ne plus avoir la possibilité de rouvrir d'autres choses.

Il faut en garder, mais ça doit être fait d'une façon vraiment précise, donc il faut effectuer un périmètre de densification dans lequel on va remettre des commerces à l'intérieur et tout ce qui est extérieur à ce périmètre, il faut le reconvertir.

 

Dinant : numéro 1 wallon de l'horeca

Ce qui est assez remarquable à Dinant c'est la proportion d'horeca. C'est le centre-ville numéro 1 en Wallonie sur la proportion d'horeca : 41 % d'horeca. C'est évidemment l'effet ville touristique qui joue là.

Oui, tout à fait parce qu'on regarde ce classement les villes en tête après Dinant. Il y a Mons, Liège, Tournai aussi qui est une ville très touristique. Donc c'est sûr que Dinant joue la carte touristique à fond et c'est très bien.

 

Est-ce que ce n'est pas un problème pour les Dinantais ? On voit que certains commerces n'existent presque plus en centre-ville. Il n'y a plus qu'une seule boucherie par exemple dans le centre de Dinant. Il y a aussi un équilibre à trouver ?

C'est sûr que l'équilibre entre le tourisme et les habitants est essentiel. Les habitants sont toujours les premiers à se plaindre des touristes, notamment quand il n'y a plus de place de parking etc. Donc c'est sûr que c'est un équilibre à trouver et si cet équilibre est trouvé ça peut tout à fait servir les commerces du centre-ville.

 

L'échevin du commerce, Niels Adnet, ou la responsable  de l'ADL de Dinant affirment que Dinant est dans une phase ascendante. Est-ce que vous le ressentez aussi ? 1,3 % de cellules vides en moins, ce n'est pas encore vraiment une tendance mais qu'il y a une nouvelle dynamique de ce côté-là ?

En tout cas, on sent que ça bouge. La commune est derrière ces commerçants et ça c'est hyper important pour eux de le savoir. Après, à Dinant, le développement périphérique sur les hauteurs a fait pas mal de dégâts. Il y a aussi un léger problème de parking. 30 minutes de gratuité pour faire ses courses en ville c'est très peu. Il suffit d'avoir 2-3 personnes devant soi, les 30 minutes sont vite dépassées. C'est bien d'avoir du parking gratuit mais il faudrait que ça soit un petit peu plus étendu. Quand on regarde tout le bas de Dinant, tout est payant, à part les zones rouges où il y a 30 minutes de gratuité.

 

Ciney : "un beau potentiel d'attractivité"

A Ciney, le taux de cellules vides est de 20,8%, donc un peu mieux qu'à Dinant. Par contre, là, on est plutôt en phase descendante, il y a 2,8 % de cellules vides en plus par rapport à 2024. Ce n'est pas encore alarmant du côté de Ciney selon vous ?

Non, Ciney reste dans la moyenne et a un beau potentiel d'attractivité. Ici depuis 15 ans, ils ont pris 5 % de cellules vides supplémentaires, ce qui est encore très raisonnable par rapport à d'autres situations. 

 

Et là contrairement à Dinant, on a vraiment un focus sur le commerce de proximité. Ça veut dire le commerce qui est fréquenté par ceux et celles qui vivent tout près. 

La spécialisation du centre-ville de Ciney est bien entendu la proximité qui est très forte. Et là, au contraire, le développement périphérique a été assez maîtrisé. Ce qui permet aussi de garder des enseignes en centre-ville.

 

Beauraing : deux menaces pèsent sur le centre-ville 

Dernière commune que vous avez analysée chez nous, Beauraing et ses 25 % de cellules vides. Là, on est dans les derniers du classement puisqu'on est à +3,4 % de cellules vides supplémentaires par rapport à 2024. Mais il faut faire attention entre les pourcents et les chiffres absolus : Beauraing c'est un tout petit centre-ville, on a donc vite des hausses ou des baisses de nombre de cellules vides. 

Oui tout à fait. C'est-à-dire que sur un périmètre de 100 cellules potentiellement commerciales, 3 cellules vides représentent 3 %. 

 

Beauraing, c'est même 66 cellules commerciales recensées, donc on n'est même pas à 3.

Oui c'est ça. 

 

Donc on ne s'inquiète pas spécialement pour Beauraing, il ne faut pas mettre ce chiffre-là en épingle… 

Trois cellules vides en plus c'est quand même un chiffre. Beauraing a une situation délicate: ils sont situés juste à la frontière. Avec la perte du pouvoir d'achat des habitants, ils traversent très vite la frontière vers la France. Et il y a aussi pas mal de développement périphérique. 

 

Beauraing cumule un peu deux inconvénients, la proximité de Givet et le fait qu'il y a pas mal de commerces qui sont hors du centre-ville ? 

Oui tout à fait. 

 

Ce qui nous a un peu étonnés en lisant votre étude c'est qu'on n'y retrouve pas Rochefort. Pourquoi est-ce que cette ville ne fait pas partie de votre panel ?

Pour le panel, on a choisi 35 grands centres-villes wallons, enfin des grands, des moyens, des petits. Et Rochefort n'en faisait pas partie.

 

Ce n'est pas parce que vous ne considérez pas qu'il n'y a pas un centre-ville avec des commerces à Rochefort ?

Non, pas du tout. Il y a un centre-ville avec des commerces et certainement aussi des cellules vides. Mais non ils ne font pas partie du panel tout simplement. Par contre s'ils veulent pouvoir se situer ils peuvent toujours nous contacter, il n'y a aucun souci.

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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